Vox populi

Lyon 1793Depuis le début, le petit peuple paysan et ouvrier – bien différent des commerçants et artisans des villes, tel que Duplay, qui hébergeait Robespierre mais n’admettait pas ses ouvriers à sa table – n’avait été qu’un instrument au service des minorités agissantes. Les émeutes de la faim ou du chômage avaient servi de couverture aux opération de subversion et d’intimidation.

Or nulle part, depuis la rédaction des cahiers de doléances, la dislocation de l’ordre social ou l’établissement d’une constitution n’avaient fait partie des revendications populaires. Mieux : la révolution n’avait fait qu’alourdir la centralisation et la pesanteur fiscale qui, elles, étaient l’objet de plaintes.

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A la veille de la révolution, les livres de piété se vendaient mieux, et bien mieux, que tout autre genre de littérature, et surtout que la prétendue littérature dite « philosophique ». Les violences contre l’Église furent donc, contre le bas peuple, des violences indirectes. Qui n’allaient pas tarder à devenir directes.

De Philippe le Bel à Richelieu, en passant par Louis XI et François Ier, les rois n’avaient eu de cesse que de priver la noblesse de ses droits à prendre part au gouvernement, qu’elle tenait des origines de la monarchie qui, dans son principe, était élective et participative. Sous Louis XIV, cette sujétion avait pris l’allure d’une domestication.

Pourquoi donc, en 1789, la noblesse se serait-elle soudain sentie, plus que n’importe quel autre corps, solidaire du roi ? Elle ne le fut pas, et nombre d’acteurs de la révolution y appartenaient : le cardinal de Brienne, le duc de la Rochefoucauld, le marquis de Mirabeau, le vicomte de Barras, et tant d’autres. En 1792, la plupart des officiers étaient encore nobles ; dans la marine, ils l’étaient même dans une proportion bien plus forte qu’en 1789 !

Les cahiers de doléances de 1789 avaient manifesté au contraire le vif attachement au roi de l’immense majorité des Français. Mais la faiblesse des majorités est d’être nombreuses et, qui plus est, silencieuses. En 1793, l’écrasante majorité des Français restait catholique et royaliste, et plus profondément à mesure qu’on descendait l’échelle sociale.

Lyon, où vivaient 40 000 canuts, était plus ouvrière que Paris. Lors de la fête de la Fédération, qui y eut lieu le 30 mai 1790, les gardes nationales des divers quartiers déployèrent leurs drapeaux. Le quartier de Louis-le-Grand déploya le drapeau blanc, mais aussi – ô surprise ! – tous les quartiers ouvriers ; seuls les quartiers des riches négociants, comme les Terreaux, arboraient les trois couleurs.

Depuis le début, le petit peuple s’était opposé à la révolution. Les ouvriers, mais aussi les paysans, comme les vendangeurs qui s’étaient mis en grève en 1792. La levée en masse de février 1793 sonna l’appel à la résistance active, dans l’Ouest, mais aussi à Lyon, qui soutint un siège du 9 août au 9 octobre 1793 et que Fouché et Collot d’Herbois soumirent à une atroce répression. Couthon, envoyé sur place, préconisa la déportation de 60 000 personnes : plus de la moitié de la population ! Pendnt le siège de Toulon, les combattants royalistes les plus actifs furent les débardeurs du port.

La république n’avait pas besoin de savants. Ni d’ouvriers, semble-t-il.

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