Vocations et révocation

Revocation 2Bien qu’elle ait eu lieu après la révocation de l’édit de Nantes, l’affaire de la bulle Unigenitus viendra ici en premier, pour rappeler que les protestants ne furent pas les seuls à subir les persécutions du règne de Louis XIV : les catholiques en eurent leur large part.

Bien malin qui pourrait définir le jansénisme dans son principe. En tout cas, il se traduit pas une conception austère et même sévère de la religion, à laquelle un roi qui vivait en concubinage public avec une ou plusieurs maîtresse à la fois ne pouvait adhérer. De plus, le jansénisme rencontrait un vif succès parmi la gent parlementaire, espèce séditieuse qui prétendait borner son pouvoir absolu.

Soucieux de se rabibocher avec le pape, le roi se montra pour l’occasion le plus zélé des ultramontains. Les jésuites ayant obtenu la condamnation des trois propositions de Jansénius, il fit disperser les religieux de Port-Royal et raser l’abbaye en 1710. En 1713, il obtint une nouvelle condamnation de cette doctrine : la bulle Unigenitus, qu’il fit, non sans mal, enregistrer par le parlement. Ceux qui n’y souscrivaient pas s’exposaient à l’exil ou à la prison.

Quant à la révocation de l’édit de Nantes, elle devrait plaire aux démocrates puisqu’elle fut la décision la plus populaire du règne. D’autre part, l’existence officielle d’une seconde confession était une anomalie : l’identité de religion entre le souverain et son peuple était la règle partout. Et s’il est vrai que les protestants des pays voisins protestèrent (c’est une seconde nature chez eux), il ne leur vint pas à l’idée d’accorder eux-mêmes l’égalité des droits aux catholiques. En Angleterre, ils ne l’obtinrent qu’en 1887. Le luthéranisme n’a cessé d’être religion d’état en Norvège qu’en 2012, en Suède en 2000. Et les spoliations et persécutions durèrent en Allemagne tout au long du XIXe siècle.

La révocation de l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau, en 1685, entraîna l’exil d’au moins deux cent mille personnes et une perte de forces vives certaine. Toutefois, ces exils ne sont pas la seule raison, loin de là, des difficultés économiques de la fin du règne. On leur a par exemple attribué la ruine de l’industrie de la dentelle en Normandie, mais cette ruine est due à bien d’autres causes.

La révocation, qui apparut vite comme une erreur, découle en partie de l’illusion que la politique de conversion était en passe d’être achevée, soutenue par l’offre de primes en argent pour les nouveaux convertis, et l’usage (inventé par Louvois) des dragonnades. Mais il n’en était rien et la révocation déclencha dans les Cévennes la guerre des camisards (1702), dont les troubles durèrent jusqu’en 1710.

Toutefois, le mouvement de conversion avait été bien réel. D’abord sous l’impulsion de missionnaires comme St Louis-Marie Grigion de Montfort dans le Poitou et St François Régis dans le Vivarais, régions qui devaient devenir des pôles de résistance à la révolution de 1789. Ensuite, certains protestants se détournaient peu à peu de la réforme parce qu’ils y voyaient un obstacle à leur loyauté envers le roi, en raison de liens avec des puissances étrangères à qui l’on faisait la guerre. Mais les brutalités qui accompagnèrent la révocation ne firent, au bout du compte, que radicaliser ceux qui restèrent fidèles à la religion réformée.

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