Vive le son du canon !

Vend c3 a9e 20r c3 a9duitOn distingue d’ordinaire les guerres extérieures de la révolution et les guerres intérieures. Mais, en examinant le calendrier, on s’aperçoit qu’elles sont une seule et même opération, tantôt contre l’ennemi extérieur, réel ou supposé, tantôt contre le peuple français lui-même. Mais toujours au service de la junte au pouvoir.

Celle-ci a réussi à faire croire que les guerres extérieures avaient pour but le salut de la patrie : de même qu’on avait fait croire que l’assemblée était la « nation », on fit comme si le comité de salut public incarnait la « patrie ». La ficelle était grosse, mais reste assez solide, aujourd’hui encore, pour ligoter certains esprits (qui ne demandent qu’à l’être).

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Les guerres avaient commencé, dès 1791, par l’agression manquée contre la Belgique, renouvelée en 1792, avec plus de succès, grâce à la victoire de Dumouriez à Jemappes, précédée de l’invasion de Nice et de la Savoie, de la Rhénanie, sans oublier le Comtat venaissin et même le paisible canton suisse de Bâle, territoires qui furent annexés en vertu de l’hilarante (ou désolante) théorie des « frontières naturelles » imaginée par Richelieu pour justifier des entreprises belliqueuses qui ne seyaient guère à l’habit qu’il portait.

Là encore, les révolutionnaires ne firent que réaliser ce que les rois avaient rêvé de faire, à l’exception de saint Louis… et de Louis XVI. Mais si les acteurs de la révolution avaient appris l’histoire, au lieu de se gorger des élucubrations de Rousseau, ils auraient su que, depuis 1337, toute tentative de s’étendre vers le Rhin avait provoqué la guerre avec l’Angleterre. Qui n’eut d’ailleurs pas besoin de la déclarer puisque la France s’en chargea. Et comme le comité de salut public proclamait haut et fort sa volonté d’exporter la révolution, et joignait le geste à la parole, force est de constater que la première coalition qui unit toute l’Europe fut défensive.

La levée en masse de 1793, destinée à fournir de la chair à canon à ces coupables entreprises, déclencha une autre guerre défensive, celle du peuple contre l’oligarchie qui s’était emparée du gouvernement et qui, non contente de persécuter ses prêtres, voulait lui enlever ses enfants.

L’état de guerre extérieur justifiait-il les atrocités dont les provinces de l’Ouest furent victimes ? En fait, les opérations contre les Vendéens, loin de s’adoucir lorsque le péril extérieur s’éloignait, gagnaient en férocité. Certes, on ne peut pas faire deux choses à la fois. Mais un gouvernement, face aux revendications populaires, a parfois d’autres choix que d’en exterminer les auteurs !

Ainsi, en septembre 1793, quand la situation aux frontières fut rétablie par les victoires d’Honschoote et de Wattignies, les troupes disponibles furent envoyées en Vendée, où elles infligèrent en décembre les défaites du Mans et de Savenay. Fin décembre, Turreau fut nommé commandant en chef et les colonnes infernales écumèrent le pays. Il ne fut rappelé qu’en mai 1794, à cause non pas de ses cruautés, mais de son échec. En juin, après la victoire de Jourdan à Fleurus, tout péril extérieur fut écarté, mais le traité de la Jaunaie ne fut conclu qu’en février 1795.

Si la patrie était « en danger », le seul péril qui la menaçait – elle et l’Europe entière – était le gouvernement révolutionnaire.

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