Un ami qui vous veut du bien

Richard coeur de lionPhilippe II Auguste (1180-1223) régna aussi longtemps que son père. Au cours de ces quarante-trois années, il ne laissa pas passer deux printemps sans faire la guerre aux Plantagenêts, ce dont Lavisse le félicite chaudement car « un vassal aussi puissant était dangereux pour le roi de France. » Henri II, qui venait d’épouser Aliénor d’Aquitaine, était en effet devenu roi d’Angleterre en 1154. Et ses descendants allaient hériter de l’Aquitaine.

Ce que le roi des Francs, qu’on commençait à peine à appeler roi de France, n’avait pas eu par droit, il allait le prendre de force. Pour que le vassal ne nuise pas au suzerain, le plus simple est que le suzerain le dépouille de ses droits. Mais Philippe II se servit d’abord d’Henri II pour secouer la tutelle de sa mère et de ses oncles, et pour mater une coalition de grands féodaux. Ce qu’Henri II fit en toute loyauté.

Pour l’en remercier, Philippe entreprit alors de dresser le fils aîné du roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, contre son père. Il ne lui ménagea ni son soutien, ni les déclarations publiques d’une amitié… qui se révélera toute politique. Quand Richard devint roi d’Angleterre, en 1189, ils partirent pour la croisade bras dessus, bras dessous. Mais Philippe prétexta une maladie pour rentrer bien vite à la maison, non sans promettre à Richard de protéger ses possessions « avec le même soin qu’il mettrait à défendre sa propre ville de Paris ». Ce qu’il fit, mais à sa façon !

Il s’acoquina en effet aussitôt avec le frère cadet de son cher ami, Jean sans Terre. Puis Richard, qui s’en revenait de croisade, fut arrêté par le duc d’Autriche et livré à l’empereur, qu’il aurait insulté. Et le roi de France ne ménagea pas ses efforts (ni son or) pour que Richard restât en prison aussi longtemps que possible. Quand il finit par en sortir, en 1194, celui-ci entreprit de prendre sa revanche. Après cinq ans de guerre, Philippe II, aux abois, implora le pape de proclamer une trêve. Mais, coup de chance pour lui, Richard trouva la mort devant le château de Châlus, en Limousin. Jean sans Terre lui succéda.

Mais Philippe II, toujours fidèle en amitié, défendit les droits du jeune Arthur de Bretagne sur toutes les possessions du roi d’Angleterre sur le continent. L’affaire manqua, mais Philippe II obtint que Jean sans Terre se reconnût vassal du roi de France pour tous ses fiefs français. Puis il en profita pour le faire citer devant sa cour, sous prétexte qu’il aurait détourné la fiancée d’un seigneur du Poitou. On voit qu’à l’occasion, le roi de France avait l’honneur chatouilleux. Mais Jean sans Terre refusa de se rendre à la convocation de son suzerain sous un prétexte aussi futile.

C’est bien sur quoi Philippe II comptait : le roi d’Angleterre fut déclaré félon, et condamné à perdre tous ses fiefs. Philippe II, esclave du devoir, s’empara donc de la Normandie, de l’Anjou, de la Touraine, du Maine et du Poitou. On voit que l’honneur d’un seigneur poitevin n’a pas de prix. Notons que le surnom Auguste n’évoque pas la grandeur d’âme de ce roi, mais découle du verbe latin augere, qui veut dire « augmenter ».

Bizarrement, les méchants voisins de ce gentil roi finirent par concevoir une légère irritation de ces agissements. Ce qui conduira à la bataille de Bouvines, qui allait faire mentir le proverbe : « Bien mal acquis ne profite jamais. »

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