Trois fils de leur père

MarignyComme leur père, les trois fils de Philippe IV le Bel manquèrent cruellement d’argent, la première cause étant l’armée pléthorique que le roi entretenait pour tenir ses vassaux en respect.

En deux ans, Louis X le Hutin eut le temps de faire revenir les juifs chassés par son père, non sans leur faire payer au passage les frais de son sacre, et de faire pendre son ministre des finances pour apaiser ses vassaux mécontents des impôts. Il eut l’idée ingénieuse de revendre leur servage aux serfs, qu’il aimait tendrement. Mais comme beaucoup n’en avaient pas les moyens, il les y força… Faire payer les pauvres, c’était une riche idée. Mais, privés de leurs moyens d’existence, ceux-ci errèrent en bandes à travers le royaume. Son successeur trouva la solution : il les fit exterminer. Louis X n’eut qu’une fille, mais aussi un fils posthume. Celui-ci ne vécut que cinq jours, juste le temps de porter le nom de Jean Ier.

Devenu roi en 1317, Philippe V le Long passe pour bonhomme, même s’il laissa massacrer les juifs et les lépreux, accusés d’avoir empoisonné les puits. Les biens des lépreux ne lui rapportèrent guère, mais ceux des juifs, oui. Il ne laissait que quatre filles, et son frère Charles IV le Bel lui succéda en 1322. Il n’eut pas besoin de faire pendre le ministre des finances, car celui-ci mourut sous la torture. Il répudia sa femme (sous prétexte qu’elle était sa cousine) pour en épouser une autre, non sans avoir fait enfermer la première, pour plus de sûreté, à Château-Gaillard. Devenu veuf, il se maria une troisième fois et, cette fois, ne vit nul inconvénient à épouser… une autre de ses cousines. Son frère ayant déjà fait main basse sur les biens des juifs, il se contenta de ceux des Lombards. Ce qui ne l’empêcha pas de faire frapper de la fausse monnaie, tout comme son père. En dépit de ses trois mariages, il ne laissa qu’une fille posthume.

Or, dès la succession de Louis X, une entorse avait été faite au droit féodal. En effet, Jean Ier avait une sœur, Jeanne, âgée de huit ans. En principe, les droits à la couronne auraient dû lui revenir. Mais on craignait que sa légitimé ne fût mise en question, étant donné l’inconduite notoire de sa mère. C’est ce que prétendait Philippe V (qui s’était déjà imposé comme régent), dont l’avènement souleva de vives protestations, y compris celles du futur Charles IV, si bien que le sacre eut lieu à Reims dans une ville aux portes closes. Philippe V, il est vrai, était soutenu par le pape. Mais les papes d’Avignon n’avaient rien à refuser au roi de France, et surtout pas Jean XXII, qu’au moment de la mort de son frère, le futur Philippe V était justement occupé à faire élire !

De même, après la mort de Charles IV, sa femme avait accouché d’une fille, qu’on écarta aussi du trône en exhumant cette fois la fameuse loi salique, qui ne contient pourtant aucun article relatif à la couronne. Jeanne épousa le roi de Navarre et fut la mère de Charles le Mauvais, qui avait donc sur la couronne des droits encore plus grands que ceux d’Edouard III. Celui-ci était fils d’Edouard II et d’Isabelle de France, et donc petit-fils de Philippe le Bel, dont Philippe de Valois n’était que le neveu.

Mais, dans un premier temps, aucun des deux prétendants ne fit valoir ses droits et Philippe VI de Valois monta sur le trône en 1328. La guerre de Cent Ans allait éclater, oui, mais neuf ans plus tard, et pas seulement pour des raisons dynastiques.

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