Thermidor, tout le monde descend

ThermidorPourquoi la convention, élue en 1792 et qui siégea jusqu’en octobre 1795, qui accepta, organisa et théorisa les crimes commis au nom de la liberté, se retourna-t-elle contre ses chefs en les accusant de ces mêmes crimes ? On peut penser que les acteurs eux-mêmes n’y comprirent rien.

La réaction de thermidor, qui, à l’issue de la séance du 27 juillet 1794, envoya à l’échafaud Robespierre et sa clique, ne fut pas l’œuvre de modérés mais des dernières factions survivantes au sein de l’assemblée. En mars, Robespierre s’était débarrassé des « enragés » d’Hébert, qui avaient établi le culte de la raison, mais pour proclamer le culte de l’être suprême dont il apparut comme le grand prêtre en une fête solennelle. En avril, ce fut le tour de Danton et des « indulgents », qui ne l’étaient que relativement mais estimaient, dans leur naïveté, que la fin du péril militaire justifiait celle de la terreur. Ceux qui restaient craignaient donc pour leur vie !

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On a beaucoup discuté des origines intellectuelles de la révolution. Elle doit beaucoup à l’esprit des « lumières », mais cet esprit marqua presque autant les acteurs de la contre-révolution, sans compter que les idées de Rousseau et de Voltaire, dont les bustes ornaient les murs de l’assemblée, étaient fort contradictoires, malgré leur point commun la sottise.

Le rôle des sociétés de pensée, fut de former des réseaux de connivences plutôt que de fournir une doctrine, et pour cause : ces pensées étaient tout aussi creuses que celles des soi-disant philosophes des prétendues lumières. Elle portèrent néanmoins au pouvoir une ribambelle de beaux parleurs épris d’une littérature superficielle et enflés de leur importance. Pour s’en faire une idée, il suffit de fréquenter une fois (et une seule de préférence) une assemblée de normaliens ou de polytechniciens.

Ces deux écoles furent en effet fondées par la convention, et on n’y entrait qu’à condition de prêter un serment de « haine à la royauté ». Matrice du système scolaire français tel qu’il existe de nos jours, elles étaient destiné à pétrir l’esprit de jeunes gens, recrutés à l’issue d’un bachotage qui les rendait à peu près idiots, puis à les convaincre qu’ils étaient la crème de la société et qu’il leur appartenait de la façonner à leur guise. Enflure et présomption étaient les qualités requises pour réussir au temps d’une révolution qui n’avait pas besoin de savants.

Mais cette sociologie élémentaire du bon républicain n’explique pas tout. Pour comprendre les luttes des factions, il faut renoncer à analyser en politologue des courants dont le contenu intellectuel est nul. Mieux vaut se faire criminologue, car les querelles au sein de la convention ne sont autres que des guerres de clans au sein du syndicat du crime. Le crime originel partagé étant moins l’exécution du roi que la confiscation des biens nationaux, question clef qui hantera la vie politique jusqu’en 1848.

Cette question de la corruption est centrale. Ainsi, lors de la journée du 9 thermidor, Robespierre eut la mauvaise idée de brandir une liste de députés corrompus. Bien entendu, tous se sentirent visés, et l’unanimité se fit contre le renégat. Robespierre périt, mais la convention perdura. Elle conserva le pouvoir, mais ce pouvoir allait désormais de pair avec d’énormes intérêts.

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