Sans-culottes avec des bottes

Sans culottes reduitLa garnison de Paris ne se composait que des gardes-françaises et des gardes suisses. Ces derniers, jusqu’au massacre des Tuileries en 1792, ne jouèrent aucun rôle, hormis le malheureux détachement chargé de défendre la Bastille. Celui des gardes-françaises fut au contraire décisif. C’est un détachement de ce régiment qui avait interdit l’accès des députés à l’hôtel des états généraux le 20 juin 1789, jour du serment du jeu de Paume. Ce fut leur dernier acte d’obéissance au roi.

N’ayant pris part à aucune campagne depuis la fin de la guerre de Sept Ans (1762), les gardes vivaient mêlés à la population de Paris, exerçant toutes sortes de professions dont, comme je l’ai signalé, celle de souteneur. Depuis 1788, le régiment se trouvait en état de rébellion latente, devenue ouverte le 12 juillet 1789. Et il prit part, avec ses canons, à la prise de la Bastille.

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La prise de cette prison vide n’eut aucun sens symbolique, mais elle marque la date à partir de laquelle Paris échappa à l’autorité du roi et aussi à celle de l’assemblée, l’un et l’autre à Versailles. Le 13 juillet, la ville de Paris s’était dotée de sa propre armée : la garde nationale, dont le commandant en chef fut La Fayette. Fin juillet, les gardes en service à Versailles désertèrent pour rejoindre Paris, entraînant une partie des suisses. Le 31 août, le régiment fut licencié, mais les gardes-françaises furent incorporée à la garde nationale de Paris. Celle-ci comptait 31 000 hommes pour 650 000 habitants, soit un soldat pour vingt habitants ! Pour comparaison, l’armée britannique tout entière ne comptait que 51 000 hommes en 1783.

La seule autorité qui régnait à Paris, disposant de cette grosse armée, c’était la commune, constituée précisément… le 14 juillet ! Car cette journée riche en événements dont la prise de la Bastille n’est que le plus voyant mais le moins significatif avait fait une autre victime : le prévôt des marchands, Flesselles, dont la tête fut portée au bout d’une pique en même temps que celle du gouverneur de la Bastille. Le 22 juillet vint le tour de Foullon, surintendant des finances à la suite de Necker, qui fut décapité en présence de Bailly, maire de Paris, et de La Fayette, commandant de la garde nationale. Bertier de Sauvigny, gendre de Foullon mais surtout intendant de Paris, partagea ce triste sort.

Flesselles et Foullon ne sont pas des victimes choisies au hasard : ce sont les deux représentants de l’autorité du roi à Paris. Tant que Bailly fut maire de la ville, la commune reste néanmoins qualifiée par les historiens de « légale ». Elle reçut d’ailleurs le roi le 17 juillet.

Paris était, à l’époque, enclos de murs. Ces soldats contrôlaient les entrées et les sorties, patrouillaient dans les rues, faisaient des visites domiciliaires baïonnette au canon, expédiant les gêneurs en prison, c’est-à-dire à l’échafaud, s’emparant de leur biens et s’installant dans leurs maisons.

Les exactions et les massacres n’étaient pas le fait d’une foule en délire tenaillée par la faim ou la colère. Dans une ville qui comptait plus d’un soldat sur dix hommes, une chose pareille ne pouvait exister. Ceux que les historiens appellent « le peuple », par euphémisme ou antiphrase, n’étaient jamais une foule anonyme. C’était une troupe organisée, qui agissait sur ordre et choisissait ses victimes.

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