Qui t’a fait roi ?

Hugues capet 1Nous sommes au « siècle de fer », ce Xe siècle qui verra le remplacement des Carolingiens par les Capétiens. Cette France dans laquelle naît la féodalité, on la présente souvent comme une mosaïque de seigneuries grandes ou petites, recroquevillées autour d’un château d’où un seigneur, brute ignorante et cupide, rançonne le voisinage.

S’il en était ainsi, on comprendrait que mettre sur le trône d’une dynastie digne de ce nom ait paru une nécessité. Mais on ne comprend pas comment cela aurait pu être possible ! L’avènement des Capétiens a été possible parce que le royaume, ou plutôt les royaumes des descendants de Charles le Chauve sont restés un tout, au point que c’est au cours du Xe siècle que la langue française s’est formée. Cette unité a perduré grâce aux liens féodaux : la féodalité n’est pas un morcellement, c’est un remède au morcellement, que les grands du royaume, la noblesse (dont les évêques font partie), ont empêché.

Ceux qui élurent Hugues Capet, en 987, n’étaient pas une horde de brutes épaisses. C’était un corps constitué, hiérarchisé, et parfaitement conscient du droit dynastique. Si Hugues Capet fut choisi, c’est parce qu’il était le meilleur, n’en doutons pas (c’est la magie de toute élection). Mais c’est surtout parce que la dynastie précédente s’est éteinte ! Depuis Charles le Chauve, huit de ses successeurs ont en effet régné. Avec des interruptions : à Charles le Simple, trop jeune, fut en effet préféré Charles le Gros (descendant de Louis le Germanique), puis Eudes, comte de Paris.

Eudes, c’est le défenseur de Paris contre les Normands, en 887. Le récit du siège de Paris par Abbon, moine de Saint-Germain des Prés, est destiné à magnifier le rôle d’Eudes, et il fut quelque peu enjolivé au XIIe siècle… Charles le Gros, lui, préféra payer un tribut aux Normands (ce n’était pas la première fois et ce ne fut pas la dernière). Si bien que les grands le déposèrent en 888 et mirent Eudes à sa place. Mais à la mort de ce dernier, en 898, c’est Charles le Simple qui régna.

En 923, le voilà évincé à son tour par le duc de Bourgogne, Raoul, neveu d’Eudes (par alliance). Mais en 936, Louis IV d’Outremer, fils de Charles le Simple, est rappelé. Louis IV lutte, non sans succès, contre la tutelle du régent, Hugues, autre neveu d’Eudes. Cet Hugues est duc de France, de Bourgogne et d’Aquitaine. Mais Louis IV meurt accidentellement en 954. Son fils Lothaire (954-986) et son petit-fils Louis V (986-987) sont sous la coupe d’Hugues le Grand.

La fin des Carolingiens ressemble étrangement à celle des Mérovingiens. Et de même, ce ne fut qu’après la mort de Louis V, en 987, qu’Hugues Capet fut élu roi de France. Les historiens opposent l’incapacité des derniers Carolingiens à l’énergie des premiers Capétiens. Si Hugues fut élu, c’est en effet parce qu’il descendait d’Eudes, qui avait défendu Paris, oui, mais… c’était un siècle plus tôt ! Il y avait donc belle lurette que l’urgence avait disparu.

Il fut élu en raison de sa force, mais aussi de sa faiblesse. Car, loin d’être l’un des plus puissants seigneurs du royaume, Hugues ne possédait directement que l’Ile de France, qui s’étendait de Compiègne à Orléans. Qui l’a fait roi ? La noblesse, les pairs du royaume, dont il était le primus inter pares.

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