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Pyramides de cadavres

Jaffa reduitSous le directoire, deux personnalités émergèrent : le vicomte de Barras et Bonaparte, tous deux nobles soit dit en passant. Barras, jouisseur cynique et corrompu, rallié à la révolution par intérêt, fut le seul directeur à durer jusqu’à la fin du régime. Il fit la carrière de Bonaparte, qu’il expédia en Italie afin de pouvoir entretenir plus à son aise la femme de ce dernier, qui était sa maîtresse.

Ce protégé de Robespierre s’était distingué dès 1793 en assiégeant Toulon défendu par la marine anglaise venue soutenir l’insurrection de la population contre un régime honni. Il avait confirmé ses talents en 1795 lors de l’insurrection de vendémiaire. Or, le directoire avait besoin de soldats pour mater le peuple français, mais aussi pour porter la bonne parole dans les pays voisins et les mettre en coupe réglée, car partout le déficit et la ruine régnaient.

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L’adversaire le plus résolu était l’Angleterre, et si les révolutionnaires avaient appris l’histoire, ils auraient su que, depuis 1337, toute mainmise sur la côte flamande entraînait à coup sûr l’entrée en guerre de l’Angleterre. Mais la révolution avait repris à son compte la fumeuse théorie des « frontières naturelles » élaborée par Richelieu et responsable d’innombrables guerres. Mais, comme chacun le sait depuis Orwell, « la guerre, c’est la paix ».

L’Angleterre étant hors d’atteinte, Carnot dirigea ses coups contre l’Autriche. Au printemps de 1796, Moreau et Jourdan convergèrent vers Vienne, mais l’archiduc Charles les battit séparément et leur fit repasser le Rhin. Contre toute attente, c’est Bonaparte, envoyé en Italie faire diversion, qui remporta les victoires de Lodi, Castiglione, Bassano, Arcole (où il tomba dans la boue du marais sans brandir le moindre drapeau) et Rivoli. Après la capitulation de Mantoue, il approcha à cent kilomètres de Vienne, et l’Autriche signa le traité de Campoformio (1797).

A son retour, la popularité de Bonaparte porta ombrage au directoire, qui l’envoya en Egypte. La bataille des pyramides lui livra le pays, mais la flotte française fut détruite par Nelson en rade d’Aboukir. Alors, se prenant pour Alexandre, Bonaparte se dirigea contre la Syrie.

La révolte du Caire avait donné l’occasion d’une belle hécatombe (en dépit de la reddition des insurgés), mais ce fut encore mieux à Jaffa : trois mille prisonniers qui s’étaient rendus contre la garantie d’avoir la vie sauve furent massacrés à la baïonnette (par souci d’économie), ce qui prit trois jours. « C’est la preuve que le prophète est avec moi ! » proclama Bonaparte à l’adresse de la population, à qui pillages et viols fournirent une preuve de plus. Dans leur correspondance, des soldats ayant pris part à ce fait d’armes écrivirent : « En Egypte, on s’est retrouvé comme en Vendée. »

A Jaffa encore, l’armée fut atteinte de la peste. Bourienne, son secrétaire, certifie que Bonaparte n’a jamais touché du bout du doigt le moindre pestiféré. Par contre, il ordonna à Desgenettes de donner du laudanum aux malades pour abréger leurs souffrances, ce que le médecin refusa. La demande fut réitérée sans plus de succès au pharmacien Royer.

Bonaparte consentit à laisser une garnison prendre soin des malades, et, après son échec devant Saint-Jean-d’Acre, il fit retraite, abandonnant ses rêves d’Orient. Il ne serait pas Alexandre ; mais il n’allait pas tarder à se prendre pour César.

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