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Opération nuit et brumaire

Brumaire reduitComme on l’a vu, Bonaparte avait fait ses preuves pour prétendre au titre de sauveur de la république. Burke avait prévu que la révolution finirait par le sabre ; il s’avérait que ce sabre serait celui d’un artilleur : n’était-il pas temps de remplacer la guillotine, appareil triste et monotone, par le canon, plus gai et plus héroïque ?

Comme l’équipée d’Egypte commençait à tourner mal, Bonaparte fit ce qu’aurait fait n’importe quel chef : il abandonna ses troupes à leur triste sort, sous le commandement de Kléber (qui fut assassiné peu après) et rentra en France en secret. Après une capitulation humiliante, ce qui restait de l’expédition fut rapatrié par la marine britannique (on peut lui dire merci).

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Pendant ce temps, après le traité de Campoformio, la république fraternelle avait mis hors d’état de nuire des voisins aussi menaçants que les états pontificaux (Pie VI mourut en détention à Valence en 1799) et la Suisse (c’est la seule invasion que ce pays ait connue du XVe siècle à nos jours).

En octobre 1799, ayant échappé par miracle aux croisières anglaises, Bonaparte débarqua à Fréjus. Pas pour sauver la France car, en dépit de la perte de l’Italie, les victoires de Masséna à Zurich et de Brune en Hollande avaient rétabli la situation militaire. Mais pour sauver le régime, dont la situation politique était critique.

Les oppositions royalistes et jacobines reprenant vigueur, la solution, pour sauver cette dictature camouflée, ne fut pas de renoncer à la dictature, mais de lui retirer son camouflage. Ce coup d’état ne renversa le régime que pour le sauver. Le 18 brumaire (9 novembre), deux des directeurs, Sieyès et Ducos, se démirent, et Barras les imita, apportant un concours involontaire mais décisif au coup d’état. Les deux chambres furent mises « à l’abri » à Saint-Cloud pour échapper à une fantomatique conspiration, et Bonaparte fut nommé gouverneur de Paris.

Mais le 19 brumaire, les jacobins des Cinq-Cents parlèrent de le mettre hors la loi et le sommèrent de s’expliquer. Celui-ci cherchait ses mots, quand les grenadiers du corps législatif firent irruption, à la demande du président de cette assemblée, qui n’était autre que Lucien Bonaparte. L’arrivée des soldats chargés de les protéger fournit aux députés toutes les explications qu’ils réclamaient : empêtrés dans leurs toges, ils s’égaillèrent comme ils purent, quelques-uns en sautant par la fenêtre.

Bonaparte devint syndic général des intérêts réunis des profiteurs de la révolution, autrement dit premier consul (c’est beau comme l’antique), les deux autres consuls étant Sieyès et Ducos. Il dicta aussitôt la nouvelle constitution, en tant que docteur honoris causa en droit constitutionnel, comme tout officier d’artillerie se doit de l’être.

Une constitution ayant pour objet de limiter les prérogatives du pouvoir, le plus simple n’est-il pas de la faire rédiger par celui qui l’exerce ? C’est ce qui fut fait (selon une méthode qui sera imitée en 1958). Quand le plébiscite destiné à entériner le fait accompli eut lieu, cette constitution était déjà en vigueur depuis deux mois. Sur sept millions d’électeurs, trois seulement approuvèrent le coup d’état. Les quatre autres millions, plus lucides ou plus prudents (car le vote n’était pas secret), se contentèrent de s’abstenir.

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