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On n’est jamais si bien élu que par soi-même

Directoire1Après thermidor, les conventionnels, toujours au pouvoir, veillèrent jalousement sur l’héritage de la révolution. Héritage spirituel pour la nation, sans doute, mais aussi et surtout héritage matériel pour les députés eux-mêmes, comme pour le glacis oligarchique et ploutocratique qui s’était constitué autour d’eux sous forme d’une administration de plus en plus pléthorique. En 1800, le nombre de fonctionnaires des finances était trente fois plus élevé que prévu par la constituante… et les impôts alourdis d’un cinquième depuis 1789.

Le point de bascule de cette évolution fut la loi du 4 décembre 1793, qui plaça toutes les activités politiques locales sous la direction de la convention. Peu à peu, les sans-culottes vieillissants se reconvertirent dans le terrorisme bureaucratique et policier, tandis qu’une bonne partie des plus remuants étaient absorbés par la levée en masse qui, moins qu’un grand élan populaire, marqua le passage des massacreurs amateurs à la catégorie professionnelle (il y en eut 23 000 rien qu’à Paris).

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Tout le monde y trouvait son compte, mais encore fallait-il rémunérer tout ces philanthropes. Les lois de février-mars 1794 permirent de mettre sous séquestre les biens des suspects, désignés arbitrairement au gré des rivalités politiques ou personnelles (Vadier, notamment, était connu pour ça), au profit des nouveaux maîtres. Jouir d’un bien convoité par les potentats locaux pouvait être plus dangereux que de professer des idées royalistes !

Bref, la convention restait garante du maintien des acquis de ce conglomérat de fonctionnaires de l’ancien régime et de sans-culottes reclassés, qui tous avaient profité des spoliations et de la terreur grâce aux biens nationaux. Mais la conservation de ces biens mal acquis supposait de perpétuer le discours démocratique. Or, les conventionnels conventionnels, qui n’ignoraient pas être issus d’une élection truquée, savaient bien qu’une élection loyale les balaierait. Pour survivre, ils allaient faire preuve d’une grande ingéniosité.

Longtemps, l’intimidation avait suffi à maintenir le nombre de votants aux alentours de dix pour cent des électeurs. La respectabilité du régime nécessitait désormais des moyens plus subtils et non moins scélérats. La convention avait été élue en 1792 à un suffrage « universel » si bien assaisonné qu’il n’y eut que 700 000 votants. Mais le chef-d’œuvre de l’ingéniosité électorale fut atteint en 1795 par la constitution de l’an III, qui établit le directoire.

Le suffrage redevint ouvertement censitaire, et resta à deux degrés, si bien que le nombre de véritables électeurs était inférieur à trente mille. Ils s’élisaient pour ainsi dire eux-mêmes ! Mais cela ne suffisait pas. Comme la nouvelle assemblée devait être renouvelée par tiers, il fut décrété que les deux tiers des 750 nouveaux députés ne seraient autres que des conventionnels purement et simplement reconduits dans leurs fonctions. Cela sous prétexte d’éviter l’erreur commise par l’assemblée dite constituante, puis législative, qui avait au contraire interdit la réélection des ses membres.

Le meilleur endroit où cacher un cadavre, c’est dans un tas de cadavres. Une vilenie, sous une autre vilenie. Plus subtilement ici, sous couvert de réparer une faute passée, on commit une ignominie.

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