Octobre rouge

Octobre 1789 reduitTout était prêt pour mener à bien la persécution des prêtres et du peuple français lui-même. L’ordre juridique ancien avait été remplacé par par un chiffon de papier. A travers toute la France, des municipalités s’étaient proclamées, dotées de gardes nationaux et de sectionnaires, et elles prenaient leurs ordres auprès des clubs de Paris.

Toutefois, le roi et l’assemblée, qui se trouvaient toujours à Versailles, jouissaient encore d’une certaine liberté. En septembre, le roi hésitait encore à sanctionner les décrets issus de la nuit du 4 août. A l’assemblée elle-même, un parti conservateur commençait à se former. Cependant, Paris connaissait une disette que La Fayette a qualifié dans ses Mémoires de « moitié réelle, moitié factice ».

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La récolte ayant été bonne, on ne voit pas pourquoi Paris aurait manqué de pain. Mais, au matin du 5 octobre, une foule s’assembla place de Grève et finit par envahir l’Hôtel de Ville. Une foule de mécontents, c’est dangereux. Mais, si l’on sait s’en servir, cela peut être fort utile. Un appel fut donc lancé pour réclamer du pain directement au roi et à l’assemblée. On se demande en quoi le roi était mieux à même de ravitailler Paris que la municipalité ! Toujours est-il qu’un cortège se mit en route pour Versailles, mais dans un étrange appareil. Encadrant solidement quelques femmes sans barbe pour faire plus vrai, les sans-culottes s’étaient eux-mêmes déguisés en femmes, sans pour autant oublier de se munir de leurs armes. Et même de quelques canons !

En fait, le roi avait eu vent qu’il existait un projet de le faire venir à Paris. C’est pour l’empêcher que, fin septembre, le régiment de Flandre avait été cantonné à Versailles. Le 1er octobre, les gardes du corps lui avaient offert un banquet de trois cents couverts, qui fut rendu par ce régiment le 3 octobre. Un banquet ! En temps disette ! C’était pain béni pour la propagande révolutionnaire.

Tout cela n’avait rien de spontané. D’ailleurs, le 5 octobre, au moins dix mille gardes nationaux, dont il est peu probable que la mission ait été de porter les paniers, suivirent le premier cortège à quelques heures d’écart. Afin de protéger le roi ? Le régiment de Flandre était là pour ça. Par contre, avec cinq mille hommes, il ne faisait pas le poids face aux gardes nationaux.

L’Assemblée, envahie la première, fit preuve du courage habituel aux parlementaires, et vota dans l’affolement tout ce qu’on voulut. Quant au roi, il reçut une délégation de femmes et promit de faire donner des vivres. Mais aussi de ratifier la déclaration des droits. Ces femmes affamées avaient décidément la tête bien politique. La foule, calmée, coucha sur place. Mais le lendemain, au lever du jour, quelques-uns de ces brigands forcèrent l’entrée du palais et parvinrent jusqu’aux appartements de la reine, qui se sauva de justesse. La Fayette, à la tête de gardes nationaux, fit évacuer le palais.

Mais la foule assemblée dans la cour réclamait à présent ce qu’on l’avait envoyé chercher : le roi. Celui-ci parut au balcon et annonça qu’il consentait à se rendre à Paris. Le soir même, au milieu d’un cortège ignoble et grotesque (car ces dames n’avaient pas eu le loisir de se faire la barbe), la famille royale gagna Paris et s’installa au palais des Tuileries.

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