Massacre électoral

Massacres de septembre reduitLes brissotins avaient reproché au roi d’opposer son veto aux décrets de l’assemblée, et, après tout, de leur point de vue, il pouvait sembler anormal qu’on eût laissé sur le trône un roi qui ne tenait sa légitimité que du fait de descendre de ses ancêtres, qui n’étaient qu’une longue suite de tyrans. Mais tel n’était pas le cas de l’assemblée, élue conformément à une constitution si longtemps désirée, dit-on. Mais les révolutionnaires ne faisaient pas plus grand cas de cette assemblée « nationale », en qui résidait « toute souveraineté », que du tyran lui-même.

Une fois la constitution mise à la poubelle, conseil exécutif de six membres exerça provisoirement le gouvernement, mais c’est la commune et ses cohortes qui prit les choses en mains. Détenus quatre nuits aux Feuillants, le roi et sa famille furent enfermés dans la tour du Temple. Mais ils ne furent pas les seuls, car les prisons se remplissaient de suspects. Non pas, comme on pourrait le croire, en vue de sauver la patrie, mais pour préparer les élections.

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La convention devait être élue au suffrage universel. Mais un pouvoir qui avait fait s’égayer la précédente assemblée comme une volée de moineaux ne pouvait considérer la démocratie, et l’extension du suffrage en particulier, que comme un moyen de faire avancer la révolution, autrement dit, de conforter son pouvoir arbitraire et totalitaire, jusqu’ici dirigé contre les élites. Jusqu’alors, le petit peuple avait été non pas acteur, mais spectateur des agissements révolutionnaires, dirigés d’abord contre les élites. Il allait en devenir la victime à son tour.

En fait de suffrage universel, il s’agissait d’un vote étendu aux chefs de famille de plus de vingt et un ans, tel qu’il se pratiquait d’ailleurs depuis longtemps (sous le règne des tyrans) pour l’élection des municipalités, mais qui excluait les domestiques. Néanmoins, le nombre d’électeurs doubla. Or, dès lors que le suffrage devenait ou se prétendait universel, la terreur, elle aussi, se devait d’être universelle. Quoi de plus naturel ?

Les massacres, loin d’être commis au hasard par un « peuple » ou une « foule » en colère, allaient être une forme nouvelle – et fort efficace – de campagne électorale. Le 2 septembre, des équipes d’égorgeurs envahirent les prisons et exterminèrent avec méthode les détenus. L’opération dura jusqu’au 5 septembre ; et la province, à l’invitation de Marat, suivit cet exemple avec civisme.

Les élections commencèrent elles aussi, et ce n’est pas une coïncidence, le 2 septembre. Les bureaux de vote étaient placés sous la protection des sans-culottes, dont le zèle bénévole fit que le taux de participation ne dépassa douze pour cent. A Paris, c’est pour ainsi dire le club des Jacobins qui dressa la liste des vingt-quatre élus, dont deux seulement était des modérés. Comme le constate l’historien marxiste Lefebvre, « la convention ne pouvait être l’image fidèle du pays », puisue, explique-t-il suavement, « la révolution du 10 août en excluait nécessairement les royalistes, complices de l’étranger et suspects de complaisance pour la trahison ».

Le résultat fut que les jacobins l’emportèrent sur les brissotins, jusqu’ici extrémistes, mais devenus « modérés » sous le nom de girondins. On n’arrête pas le progrès !

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