Louis XIV, emplumé et plumitif

Louis xiv reduitLe 10 mars 1661, lendemain même de la mort de Mazarin, Louis XIV convoqua le chancelier Séguier et tout son conseil à sept heures du matin, et déclara : « Je vous ai fait assembler avec mes ministres et mes secrétaires d’état pour vous dire que jusqu’à présent j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu monsieur le cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m’aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. »On est bien loin du « roi en son conseil » du temps de Louis IX ! Les partisans de la monarchie absolue tentent d’expliquer que le mot « absolu » ne veut pas dire absolu, mais impartial : ne dépendant de personne, le roi ne serait aux mains d’aucune faction. Mais l’idée de Louis XIV est moins subtile. Ce qui n’est pas étonnant car, adulé dès son plus jeune âge, le roi a reçu une instruction négligée qui ne l’a pas ouvert aux conceptions les plus nuancées.

Mais laissons-lui la parole. Quelques passages des Instructions au dauphin sont éclairantes. Le roi se fait d’abord théologien : « Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu’on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à lui seul le droit d’examiner leur conduite. Sa volonté est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. » C’est la fameuse (et fumeuse) théorie de la monarchie de droit divin, théorie d’ailleurs toute politique et pas du tout théologique.

« Vous devez être persuadé que les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés aussi bien par les gens d’Église que par les séculiers, pour en user en tout temps comme de sages économes. » Le raisonnement qui suit est d’une simplicité confondante : « Comme la vie de ses sujets est son propre bien, le prince doit avoir bien plus de soin de le conserver. » On est proche du syllogisme ! Du reste, les guerres incessantes et le gouffre budgétaire permettent de douter de ces qualités de « sage économe » que le roi s’attribue à lui-même. Pour ma part je ne connais pas d’économe plus soucieux de ma propre vie et de mes propres biens que… moi-même. Serais-je mégalomane, moi aussi ?

Les origines électives de la monarchie sont bien oubliées ; on entre dans l’ère de la bureaucratie d’apparence nobiliaire, mais en réalité foncièrement vénale : « Il était important que le public connût par le rang de ceux dont je me servais que je n’étais pas en dessein de partager mon autorité et qu’eux-mêmes, sachant ce qu’ils étaient, ne connussent pas de plus haute espérance que celle que je voudrais leur donner. »

J’ai gardé pour la fin une déclaration de mégalomanie qui est, je crois, sans égale, dans sa naïveté, dans l’histoire des monarques, pourtant riche en délires de ce genre : « Il me semble qu’on m’ôte ma gloire, quand sans moi on en peut avoir. »

Cette conception du pouvoir unique, central, tout-puissant, libre de disposer de la vie et des biens de tous, cet état qui s’est arrogé le monopole de l’attribution des mérites et de la distribution des ressources a connu de nombreuses et tenaces oppositions jusqu’à la chute de la monarchie. Mais le régime qui l’a remise à l’honneur, l’a exaltée et lui a donné une ampleur dont Louis XIV lui-même n’avait pas idée, c’est la république.

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