Les plans de Turgot

Guerre des farinesMaurepas fit nommer à la surintendance des finances Turgot, qui recueille tous les éloges, on ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi car il échoua comme les suivants. Il est vrai que sa retraite prématurée lui permit d’exposer à loisir ses projets avortés, si beaux sur le papier, qui fait oublier le défaut de sens politique de l’auteur !

Il y a une autre raison, c’est que Turgot était l’enfant chéri du parti philosophique. Il était donc ardent partisan de l’école physiocratique de Quesnay, dont le mot d’ordre était : « Laissez faire, laissez passer ». Cette doctrine reposait sur le postulat que la seule source de richesse est la terre. Pour les physiocrates, l’industrie est « stérile ». Il faut en déduire que la révolution industrielle qui prenait naissance sous leurs yeux, permise par la machine à vapeur, échappait à la sagacité de ces économistes !

Turgot proclama dès 1774 la liberté totale de circulation des grains. Il faut avouer qu’il n’eut pas de chance, car la récolte de l’année suivante fut mauvaise, et l’augmentation du prix du pain déclencha la guerre des farines, dirigée contre les « accapareurs » réels ou supposés. Sans doute plutôt supposés, car il faudrait être idiot pour refuser de vendre son blé au moment même où les cours sont au plus haut !

Turgot abolit les corporations (il était grand temps : cette mesure était réclamée depuis le règne d’Henri IV), et supprima la corvée royale pour la remplacer par un impôt prélevé directement sur tous les propriétaires fonciers. Le but final étant d’établir une « subvention territoriale » unique fondée sur la propriété du sol.

Ne l’oublions pas, Turgot était physiocrate. Le sol, cryait-il, est la seule source de richesse. Il visait certes l’égalité devant l’impôt, mais le but final restait son augmentation. Et le moyen employé serait un impôt sur le capital, sans se soucier de la rentabilité ni de l’emploi de ce capital (en ce qui concerne les biens de l’Église par exemple, qui finançaient le culte mais aussi les hospices et les écoles). Or, l’impôt sur le capital est la pire calamité qui puisse s’abattre sur un pays ; que dire alors d’un impôt unique basé uniquement sur le capital ?

Tous les propriétaires (et les privilégiés l’étaient naturellement plus que les autres), la reine en tête, obtinrent donc dès 1776 le renvoi de Turgot et ses réformes furent abolies.

Toutefois, la question des institutions, tout aussi importante (et sans doute plus) que celle de la fiscalité, n’avait pas échappé à Turgot. Il avait ainsi eu l’idée de « municipalités » électives, ouvertes aux propriétaires à proportion de leur revenu, sans distinction d’ordre. Ces assemblées étaient destinées à former des municipalités provinciales et enfin une municipalité générale. Autrement dit, une assemblée représentative à qui on transférerait les attributions des intendants en matière de répartition des impôts.

Ces assemblées étaient certes plutôt administratives que politiques, mais, n’en doutons pas, elles n’auraient pas tardé à acquérir un poids politique. L’idée fut reprise par Necker (qui revint toutefois à la distinction entre les trois ordres) en 1778, puis par Calonne, enfin par Brienne en 1787. Mais ces projets se heurtèrent à l’opposition résolue des parlements, qui, depuis la réforme Maupeou, campaient désormais dans une opposition obstinée.

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