Les p’tits bateaux qui vont sur l’eau

Normands 1Sous le nom de Francie occidentale, Charles le Chauve avait hérité un assemblage de royaumes dont celui qu’on appelle la Francie va de Paris à la Frise ; il faut y ajouter la Neustrie, l’Aquitaine, la Gascogne, la moitié de la Bourgogne, la Septimanie, les marches de Navarre et de Catalogne. Et toutes ces grandes provinces se divisaient encore en pays qui avaient d’abord été le territoire de tribus gauloises, puis des entités romaines.Par conséquent, une fois partagé, l’empire ne forma pas trois blocs qu’on a appelés plus tard Francie, Lotharingie et Germanie. Cette mosaïque de patries avait été réunie sous une seule couronne, et, au IXe siècle, Charles le Chauve, puis Charles III le Gros, fils de Louis le Germanique, ceignirent de nouveau à la fois la couronne de Francie et la couronne impériale. La réunification de l’empire, que l’Église appelle de ses vœux, restait donc possible, sous l’égide d’un souverain aussi bien « français » que « germanique ».

Les luttes incessantes entre les rois et les grands ne facilitaient certes pas la chose, mais, en réalité, les grands du royaume ne se prenaient pas pour des rois. Seule l’Armorique eut (un temps) son propre roi, Nominoë. Mais l’Europe subit au Xe siècle une nouvelle vague d’invasions. Dans le Midi, ce furent les Sarrazins venus d’Afrique. Les Hongrois, établis au siècle précédent dans la plaine du Danube, poussèrent jusqu’en Aquitaine (en 926 et 937). Mais surtout, les Normands, qui depuis le règne de Charlemagne faisaient des coups de mains sur les villages et les monastères proches de la côte, se mirent à remonter les fleuves pour attaquer les villes, y compris par le Rhône en passant par la Méditerranée (ils atteignirent la mer Noire et Constantinople). Puis, au lieu de rentrer chez eux après chaque saison, ils établirent des bases près de l’embouchure des fleuves.

Au contraire d’une invasion terrestre qu’on peut arrêter en rase campagne, ces incursions rapides rendaient impossible la mobilisation d’une armée, rendirent nécessaire la défense des localités et des populations incomba par les seigneurs locaux. Cela n’est pas très nouveau. Rappelons-nous que les barbares qui pénétraient dans l’empire étaient justement chargés d’en défendre les frontières. De même, Charlemagne établit des marches aux frontières de l’empire. Ce qui est nouveau, c’est que cette fois l’invasion est partout ! Partout, donc, le pouvoir civil prend un caractère militaire.

Mais le royaume n’est pas éparpillé façon puzzle, ruinant un mouvement de centralisation appelé par la nécessité, la providence, la dialectique historique ou le progrès. L’empire était foncièrement décentralisé. La féodalité n’est pas l’émiettement du pouvoir, mais l’organisation des relations entre ses différents échelons. Une hiérarchisation à géométrie variable, en quelque sorte, et garantie par le serment féodal. Et tous reconnaissent un seul roi (ou un seul empereur).

Les historiographes des rois capétiens appelèrent le Xe siècle le « siècle de fer ». C’est que quand on arrive au pouvoir, il faut montrer à quel point ceux qui vous ont précédé s’étaient montrés incapables. Mais une chose est à noter, c’est que c’est au cours de ce siècle de fer, dans ce pays ravagé par les invasions et en proie au chaos dynastique, que la langue française est apparue. Étonnant, non ?

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