Les ordres dans le désordre

Jeu de paumeAprès l’élection des députés parisiens, sous la surveillance de la troupe, voici enfin les états généraux prêts à se réunir. La cérémonie d’ouverture eut lieu le 5 mai 1789. Necker, dans sa suffisante naïveté, s’imaginait que les 1 154 députés allaient s’empresser d’accepter les mesures fiscales, que le budget serait rétabli sans douleur et qu’il serait le sauveur de la France. L’enfant chéri des philosophes était en fait un niais politique.

Il oubliait ou ignorait que des forces puissantes étaient en marche, et depuis longtemps. « Les magistrats y auront leur part », disait l’abbé de Véri en 1775, parlant des troubles à venir. La plus solide des grandes institutions, le parlement, jouissait d’une grande popularité tant qu’il s’opposait en tout point au gouvernement et œuvrait en faveur de la convocation des états généraux.

Or, les parlements n’étaient pas des salons où l’on cause, mais des cours de justice qui se souciaient du droit. Et ils imposèrent de s’en tenir aux formes de la dernière réunion des états, en 1614. Depuis ce temps-là, le monde avait bien changé, mais quelles formes adopter si l’on ne s’en tenait pas aux formes d’alors ?

Le parlement trancha dont en faveur du maintien du vote par ordre et non par tête, ce qui rendait sans objet le doublement du tiers accepté par le roi en décembre 1788. Cette décision provoqua une vague d’hostilité contre eux et les mit hors jeu. Cette question du vote fut d’ailleurs le premier sujet des débats, et les occupa tout entiers jusqu’au 17 juin, le tiers refusant la vérification des pouvoirs tant qu’elle ne serait pas tranchée.

Ce jour-là, les députés du tiers état, considérant qu’ils représentaient la nation, se proclamèrent « assemblée nationale ». Le roi fixa au 23 juin une séance solennelle au cours de laquelle il devait indiquer les limites des concessions qu’il pourrait faire au tiers état. Si bien que le 20 juin, les députés du tiers trouvèrent la salle des Menus-Plaisirs fermée. Ils errèrent sous la pluie, sous les railleries des passants, puis s’abritèrent dans la salle du jeu de Paume, où ils firent le serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution au royaume. Les jours suivants, une partie des députés de la noblesse et du clergé se joignirent à eux. Le 27 juin, le roi avalisa les faits accomplis. Et le 9 juillet, l’assemblée se proclama « constituante ».

Cet événement capital marqua le passage de l’état de révolte à celui de révolution : c’était le refus de toute légalité, de tout mandat. On était entré dans le style proclamatoire, dans le ton du style déclamatoire répandu dans les clubs et les salons. Mais cette assemblée pléthorique ne formait pas un tout sous prétexte que les ordres avaient disparu. Elle allait être prise en main par des activistes qui disposaient de clubs, de journaux, mais aussi de troupes.

Face à cette assemblée autoproclamée, il ne restait plus que le roi. Ce roi si indécis, si faible… mais qui allait rester sur le trône encore trois années ! Il comptait prendre des mesures de fermeté, mais Necker s’y opposait. Il le renvoya donc le 11 juillet et fit rassembler des troupes autour de Paris et de Versailles. C’est cette nouvelle qui provoqua la prise de la Bastille.

  • Nom du fichier : 116 etats generaux
  • Taille : 518.22 Ko
yes /

Télécharger

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire