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Les moulins de Valmy

Valmy reduitLa justification que les conventionnels donnèrent à la terreur était que la patrie était en danger, et que l’envahisseur trouvait des complicités chez les aristocrates et dans la personne même du roi, ainsi que dans le clergé, apparemment, puisque c’est lui qui fut la cible des plus ardentes persécutions.

Or, chose curieuse, la victoire de Valmy fut remportée par deux généraux appartenant à la noblesse : Kellermann et Dumouriez. Ce dernier, qui venait d’être successivement ministre des affaires étrangères et de la guerre, était partisan, tout comme La Fayette, de la monarchie constitutionnelle, et non pas de la république. Monarchie constitutionnelle qu’il caressera l’espoir de restaurer en 1793, avant de faire défection et de passer dans le camp impérial avec tout son état-major.

Mais pour l’heure, ce général ne s’opposa pas moins avec succès à l’avance des Prussiens qui, sous le commandement du duc de Brunswick, avaient pris Longwy et Verdun. Dumouriez et Kellermann les firent reculer jusqu’au plateau de Valmy, où, confrontés au feu nourri des troupes françaises et de leur artillerie, les Prussiens, qui avaient amorcé leur assaut, y renoncèrent et firent demi-tour.

Précisons encore que, sur cent trente bataillons ou escadrons en ligne du côté français, quatre-vint-treize étaient issus de régiments de l’armée royale (dont la totalité de la cavalerie) ; trente-quatre seulement se composaient de volontaires. Et tous les lieutenant généraux étaient nobles.

Tout cela montre qu’en dépit de la présence, au côté des Prussiens, d’un corps d’émigrés recrutés par le prince de Condé, ni l’armée ni le roi qui en était le chef ne comptaient sur l’entrée de troupes étrangères en France pour rétablir leur situation. Pour proclamer « la patrie en danger », les révolutionnaires avaient instrumentalisé à plaisir le fameux « manifeste de Brunswick », opportunément publié dans le Moniteur le 3 août, ce qui avait servi de prétexte à l’assaut contre les Tuileries le 10 août 1792.

En fait, le duc de Brunswick, qui n’avait rien d’une brute ni d’un fieffé réactionnaire, nia toujours avoir signé ce manifeste, qui d’ailleurs, en promettant à Paris une « exécution militaire » au cas où il serait fait violence au roi, ne traduisait guère l’état d’esprit des souverains d’Europe. Ceux-ci, quoique inquiets pour leur propre dynastie de la tournure des événements, sans parler de l’attaque qui avait déjà eu lieu contre la Belgique impériale, restaient d’une grande prudence. Prussiens, Autrichiens et Russes allaient d’ailleurs finir par se désintéresser des événements de France pour s’en aller dépecer tranquillement ce qui restait de la Pologne.

L’un des inspirateurs du manifeste fut sans doute le comte de Fersen, et la vérité oblige à dire qu’il fut sans doute trompé par les lettres de la reine, qui lui avaient laissé croire que le roi accueillerait avec gratitude une intervention étrangère. En quoi elle se trompait, comme sur bien d’autres choses.

Quoi qu’il en soit, après cette bataille plus fumeuse qu’enfumée à l’ombre de moulins rappelant à point nommé ceux de Don Quichotte, l’apparence était que l’armée révolutionnaire avait repoussé les souverains coalisés. En temps de révolution, c’est-à-dire de mensonge, les apparences suffisent.

 
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