Les malappris de la Bastille

Gardes francaises 12 juilLa popularité de Necker, quoique appuyée par les journaux qu’il soudoyait, était paradoxale. Dès l’ouverture des états généraux, le 5 mai, ce ministre s’était montré impolitique. Il n’avait parlé que de la question financière (mais n’était-il pas banquier avant tout?), déclarant dans son discours inaugural : « Quel pays, messieurs, que celui où, sans impôt, et avec de simples objets inaperçus, on peut faire disparaître un déficit qui a fait tant de bruit en Europe ! »

Etranges propos ! Si réduire le déficit était si facile, pourquoi avoir réuni les états généraux ? C’est en raison du refus des parlements d’enregistrer les impôts nouveaux qu’on y avait eu recours ! Necker ignorait donc délibérément la question des institutions. S’il avait tort, pourquoi le rappeler à cor et à cris ? Mais s’il avait raison, ses paroles sont une accusation contre les révolutionnaires qui, au lieu d’adopter ses remèdes, spolièrent les biens de l’Église et des émigrés.

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En fait, Necker n’était qu’un instrument contre le régime, et son renvoi servit de prétexte aux forces subversives pour mettre en branle les forces en présence. Ces forces, quelles sont-elles ? D’un côté, les troupes royales, et de l’autre… les troupes royales ! Mais pas n’importe lesquelles : les gardes-françaises. Ce régiment cantonné à Paris avait la réputation d’être composé d’un grand nombre d’homosexuels, lesquels exerçaient à leurs moments perdus la profession de souteneur… Or, l’un des hauts lieux de la prostitution, à l’époque, était le quartier des cafés et des théâtres : le Palais-Royal, résidence du duc d’Orléans.

Un premier affrontement eut lieu entre un détachement de gardes-françaises et le régiment Royal-Allemand, commandé par le prince de Lambesc, qui avait quitté Valenciennes le 28 juin et campait à la chaussée de la Muette depuis le 7 juillet. Le 12 juillet, il fut chargé de disperser la foule de la place Louis XV (place de la Concorde), ce qui fut fait avec sang-froid.

Mais de folles rumeurs circulèrent, propagées par une certain Gonchon, agent du duc d’Orléans, surnommé le Mirabeau des faubourgs : « L’atroce Lambesc a sabré des promeneurs inoffensifs ! Lui-même a égorgé de sa main un vieillard à genoux qui demandait grâce ! » Le soir, un détachement de gardes-françaises qui s’était joint aux émeutiers tira sur les dragons, qui se replièrent sur les Champs-Elysées, puis sur le Champ-de-Mars.

Les nouvelles de ces événements ne parvenaient à Versailles qu’avec retard, ce qui mettait le roi, isolé dans son palais de beurre frais, dans une grande faiblesse tactique. D’autant plus que, ayant été alertés, les officiers des gardes suisses refusèrent d’intervenir ; quant à ceux des gardes-françaises, leurs hommes ne leur obéissaient plus.

Le surlendemain, les gardes-françaises firent en effet partie de la foule de bourgeois mêlés de brigands qui prit d’assaut la Bastille. Ces insurgés n’attribuaient aucune valeur symbolique à cette prison vide : ils espéraient seulement y trouver des armes. Le gouverneur, Jourdan de Launey, finit par ouvrir les portes. Mal lui en prit : il fut massacré, et on ne retrouva jamais son corps. Il avait été dévoré.

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