Les cabales de Tartufe

Louis xiv messe2La compagnie du Saint-Sacrement fut fondée en 1630, année de la « journée des dupes » qui aboutit à l’exécution du maréchal de Marillac, figure du parti dévot. Pourtant, Richelieu approuva la fondation par le duc de Ventadour de cette association charitable dont près de la moitié des membres étaient des prêtres, tels St Vincent de Paul, Olier et Bossuet. Cette société était dans l’esprit de la réforme catholique et de l’essor de la piété domestique prônée par Bérulle.

C’est à Louis XIV qu’il reviendrait de la dissoudre en 1666, après la mort de la reine mère, autre figure du parti dévot. La raison de cette dissolution fut la prétendue « cabale des dévots » qui s’opposait au Tartuffe de Molière, que le roi ne permit de jouer en public qu’après la mort de sa mère, en 1669. Entre-temps, Molière avait écrit pour le consoler Amphitryon, où l’on voit Jupiter prendre la place du mari de la jeune Alcmène, et qui se termine par l’affirmation qu’il n’est pas déshonorant d’être cocufié par le premier des dieux.

Voilà qui plut fort au roi. Après mademoiselle de La Vallière, pour qui il avait fait donner en 1664 les Plaisirs de l’île enchantée, première fête de Versailles, il avait en effet jeté son dévolu en 1667 sur la marquise de Montespan, dont il avait envoyé le mari combattre opportunément dans les Pyrénées. Trouvant sa femme grosse après onze mois de campagne, le mari exprima hautement son déplaisir. Sommé de quitter Paris, il orna sa berline de grands bois de cerfs et harangua la foule aux carrefours. Le roi fit jeter en prison puis exila en Guyenne le mari récalcitrant. En 1683, il se rangea en épousant la marquise de Maintenon. Mais comme ce mariage était secret, il n’éteignit pas le scandale public dont le roi aurait, sa vie durant, donné le spectacle.

Le fait que le pape ait, lui aussi, approuvé la société du Saint-Sacrement n’est peut-être pas étranger à sa dissolution. Depuis le concordat de Bologne (1516), le roi nommait les évêques, ce qui avait été accordé de crainte que François Ier ne fondât une église gallicane. Cette tentation demeurait, comme l’illustre l’affaire du droit de régale, qui permettait au roi d’empocher les bénéfices d’un évêché vacant jusqu’à l’installation d’un nouvel évêque. En 1673, le roi décida de l’étendre à une soixantaine de diocèses du Midi où il n’était pas en vigueur

Cette décision ayant été condamnée par le pape, le roi réunit en 1682 une assemblée extraordinaire du clergé qui adopta les « quatre articles » énonçant les libertés gallicanes, dont le second dit que « l’autorité du pape ne peut abolir celle des conciles universels ». Non seulement cette affirmation est fausse, mais il est curieux de voir un souverain absolu, et absolu parce qu’il se dit lieutenant de Dieu sur terre, placer l’autorité du pape au-dessous de celle d’une assemblée ! Innocent XI refusa l’investiture aux évêques qui avaient souscrit aux quatre articles, si bien qu’à sa mort (1689) trente-cinq évêchés étaient vacants. Le roi céda en 1693, mais la régale fut étendue à tout le royaume. Pour faire la guerre, l’argent de la quête n’était pas de trop !

Après toutes ces misères infligées au pape et aux catholiques, il était grand temps que le roi très chrétien se rattrapât. Ce qui allait conduire à la persécution des jansénistes et des protestants.

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