Les attributs du roi

Louis xvi reduitDe gros volumes ont été écrits en vue de réhabiliter Louis XV ou plutôt, à travers lui, la monarchie absolue. Aucun n’est tellement convaincant. Par contre, nul ne songe à réhabiliter Louis XVI, auquel on reproche tous les défauts de caractère bien connus de son grand-père, notamment l’indécision et la faiblesse, désastreux pour sa politique, et que le scandale permanent de sa vie privée peine à racheter.

Mais que ne reprochera-t-on pas au nouveau roi ! D’abord d’être impuissant, ou presque. C’est oublier un peu vite qu’il se maria en 1770, à l’âge de seize ans, tandis que l’archiduchesse Marie-Antoinette n’en avait que quatorze ! Finalement, le couple royal aura quatre enfants, ce qui n’est pas si mal. On lui reproche aussi d’être glouton, en oubliant qu’il s’agit d’un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt treize, qui va à la chasse presque tous les jours.

On lui reproche même de s’être écrié, à la mort de son grand-père : « Nous régnons trop jeunes ! » Mais il avait en effet vingt ans, et la reine dix-huit. Il ne faisait preuve que de bon sens. Néanmoins, la plupart des historiens sont d’accord pour prendre de haut ce malheureux Louis XVI, à qui l’on concède, du bout des lèvres, des vertus personnelles, mais aucune qualité de souverain. De celles qu’on ne refuse pas à lui XIV, qui a fait saigner ses sujets à blanc par les collecteurs d’impôts, et pendre à tour de bras quand ils avaient l’audace d’en montrer quelque déplaisir. Ça, c’est un roi !

De fait, les historiens royalistes n’ont aucun intérêt à défendre Louis XVI, car s’il a été un bon roi, mais qu’on lui a tout de même coupé la tête, c’est que le système monarchique absolu, tel qu’il s’était établi, n’était pas viable. Et les républicains ne viennent pas à leur secours, sans quoi ils seraient contraints d’avouer que les révolutionnaires ont fait couper la tête à un bon roi.

La première décision de Louis XVI (inspirée par Maurepas) fut de rappeler les parlements. C’était une défaite, mais c’était la défaite de Louis XV, qui n’avait trouvé comme remède à la monarchie absolue que de la rendre plus absolue encore. Peut-être, au fond, la révolution avait-elle déjà eu lieu. La question fiscale – ou, pour mieux dire, budgétaire – demeurait, si brûlante, mais elle masquait la vraie question, qui était celle des institutions.

A propos d’institutions, qu’allait faire le roi après avoir rappelé les parlements ? Composer avec eux, et leur déléguer quelque pouvoir ? Tâche ardue en l’occurrence, car ces événements les avaient ancrés dans un esprit d’opposition difficile à réduire ; tâche ardue en général, car s’il est facile de centraliser le pouvoir (notamment à la faveur des guerres), il est difficile de faire le chemin inverse. Louis XIV s’était servi de la noblesse pour mater le parlement, puis s’était appuyé sur la robe pour écarter la noblesse du pouvoir. Mais au moment de la restitution, tout le monde réclame son dû en même temps. Contre le parlement, sur qui le roi pouvait-il désormais s’appuyer ?

Le jeune Louis XVI, représentant d’une monarchie gélifiée dans le splendide isolement de Versailles, croyait encore au pouvoir absolu. Malheureusement pour lui, il était le seul.

 
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