D’estoc et de taille

Jeanne1reduitDeux ans après le traité de Troyes, tout avait changé. Le nouveau roi d’Angleterre, Henri VI, proclamé roi de France, était un enfant en bas âge… dont on allait se rendre compte qu’il était fou, comme son grand-père Charles VI ! Quant au dauphin, violant le traité pourtant ratifié par les états généraux, il se proclama roi lui aussi, sous le nom de Charles VII.

Se proclamer roi, c’est bien. Encore faut-il être reconnu. Charles VII le fut par toutes les provinces au sud de la Loire. Henri VI par celles du nord, mais aussi par la Guyenne.

Le duc de Bedford mit en 1428 le siège devant Orléans. Si la ville tombait, Charles VII, ayant déjà perdu la Seine, perdrait aussi la Loire. C’est alors que l’équipée de Jeanne aboutit à la victoire de Patay et au couronnement de Charles VII à Reims (1429). L’espoir changea de camp.

Henri VI fut sacré à son tour en 1431, à Paris, qui restait imprenable. Mais le duc de Bourgogne se rallia à Charles VII en 1435, par le traité d’Arras. Presque aussitôt, Paris ouvrit ses portes. Paris rallié, et non pas libéré car, sous la régence de Bedford, on n’y comptait que trente soldats anglais !

Chose étonnante, Charles VII était devenu un autre homme, bien secondé par Jacques Cœur, le connétable de Richemont et les frères Bureau. En 1444, une trêve permit d’organiser quinze compagnies d’ordonnance de six cents hommes chacune. Quand la guerre reprit en 1449, Richemont soumit la Normandie en quelques semaines et remporta les victoires de Formigny (1450) et de Castillon (1453). La guerre de Cent Ans était finie.

La Guyenne cessa donc d’être non pas anglaise, mais vassale du roi d’Angleterre. Sans joie : il fallut encore conquérir Bordeaux, où l’on bâtit deux solides forteresses, non pour la défendre contre une invasion, mais pour en tenir la population en respect. Quant aux villes flamandes, par qui tout avait commencé, elles se soumirent, mais restèrent jalouses de leurs libertés. Il y avait de bonnes raisons à cela : la Guyenne et la Flandre tenaient leur prospérité de leurs liens avec l’Angleterre. Les mers sont des frontières, mais elles sont aussi des moyens de communication !

Ailleurs, on n’a pas agité de petits drapeaux fleurdelisés. Si la Normandie s’était ralliée à la cause de Charles VII, c’est parce qu’Henri V y avait levé de lourds impôts. Mais choisir le roi de France pour échapper à l’impôt, était-ce une bonne idée ?

Et que se serait-il passé si Henri VI d’Angleterre était devenu Henri II de France ? La Guyenne serait entrée dans le domaine royal, mais dans la joie. Le roi aurait été fou, mais ce n’aurait pas été la première fois. C’est le parlement de Londres qui aurait fait grise mine : il craignait que l’union des couronnes (qui avait failli se faire sur la tête de Louis VIII) ne se fît au détriment de l’île, moins riche et moins peuplée que le continent. Et, dans une France ravagée et dépeuplée, le grand vainqueur ne fut ni le peuple, ni la nation, mais le pouvoir royal.

Pour faire la guerre, le roi avait levé une armée et un impôt : la taille. La Guerre cessa. L’armée et les impôts restèrent. Ils sont toujours là (surtout les impôts).

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