Le Dauphiné libéré

Dauphine reduitLa guerre de Cent Ans a été une guerre civile, dont l’un des protagonistes se trouvait être en même temps roi d’Angleterre. L’affrontement des armagnacs et des bourguignon, la jacquerie, la révolte d’Etienne Marcel, la « praguerie », en sont les épisodes principaux, et les grandes batailles les épisodes spectaculaires, mais secondaires. La cause de cette guerre est dynastique, mais elle a un autre enjeu : l’étendue du pouvoir du roi et son partage.

Cette guerre a-telle vraiment pris fin en 1453 ? Dès 1456, elle reprit, avec l’invasion du Dauphiné par le roi en guerre… contre son propre fils, le futur Louis XI. Dès 1440, alors dauphin, celui-ci avait pris part à la « praguerie » des grands seigneurs contestant l’exercice solitaire du pouvoir par le roi. Le résultat fut qu’il avait été exilé en Dauphiné, qu’il administra comme un royaume indépendant.

Indépendant, le Dauphiné ne l’était pourtant pas. Mais il n’était pas non plus une province du royaume de France, pour la simple et bonne raison qu’il faisait partie du Saint-Empire. Il avait été acheté par le roi de France en 1349, et le premier fils aîné du roi qui porta le titre de dauphin fut le futur Charles V. Et, en 1357, celui-ci se rendit à Metz pour rendre hommage du Dauphiné à l’empereur Charles IV (qui lui accordera son soutien dans la guerre civile entre armagnacs et bourguignons). En 1435, le traité d’Arras (que Charles VII ne respecta pas, mais c’est une habitude de la part des rois de France) parlait de bannir les assassins du duc de Bourgogne « hors du royaume et du Dauphiné », ce qui prouve que les deux sont bien distincts. Ce n’est qu’en 1560 que le Dauphiné devint une simple province du royaume.

Autrement dit, le roi de France se trouvait, en ce qui concerne le Dauphiné, dans la même position que le roi d’Angleterre l’avait été vis-à-vis de lui en Guyenne, ou encore que le duc de Bourgogne, dont les états étaient à cheval entre le royaume de France et l’empire. L’empereur ne voyait aucun inconvénient à avoir le roi de France pour vassal en Dauphiné, et n’en concluait pas qu’il devait s’emparer de force de cette province. Il ne tirait pas non plus cette conclusion en ce qui concerne les possessions du duc de Bourgogne dans l’empire, qui englobaient pourtant de riches provinces : le comté de Hainaut, le duché de Brabant, le duché de Luxembourg et le comté de Bourgogne (appelé plus tard Franche-Comté).

De plus, ce duc était un Valois, membre de la famille royale et parent le plus proche du roi. Si Charles VII n’avait pas vécu, il aurait été l’héritier de la couronne. Pourtant, au moment du traité de Troyes notamment, le duc de Bourgogne soutint les prétentions du roi d’Angleterre et ne fit pas valoir les siennes. Et l’empereur ne parut pas s’inquiéter.

De même, la maison d’Albret possédait à la fois les comtés de Foix et de Bigorre, en France, et le royaume Navarre, à cheval sur les Pyrénées.

En somme, le passage du régime féodal de suzeraineté au régime de souveraineté nationale n’avait rien d’évident. Ce que défendait le roi de France n’était pas l’intégrité du royaume. C’était l’intégralité de son pouvoir. Maître absolu à l’ouest, il se tourna désormais vers l’est et continua la guerre civile, cette fois contre son cousin de Bourgogne.

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