Le club des cinq au pouvoir

Vendemiaire reduitLa réaction thermidorienne avait abattu un tyran, afin d’en délivrer non pas le peuple, mais le système tyrannique lui-même, en protégeant les membres de la nouvelle oligarchie de la folie d’un des siens. Le système, verrouillé et centralisé plus que jamais, se donna en conseil d’administration composé de cinq directeurs.

Tous les cinq étaient d’anciens conventionnels, et tous régicides : Barras, La Revellière-Lépeaux, Reubell et Letourneur et Sieyès – mais ce dernier se retira et fut remplacé par Carnot. Ce directoire obéissait à deux assemblées, le conseil des Cinq-Cents et le conseil des Anciens, chambres en réalité jumelles, élues selon le même procédé fait pour assurer non pas l’expression de la volonté populaire, mais la pérennité du système.

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Dès 1795, la décision de réserver les deux tiers des sièges des deux chambres à d’anciens conventionnels, présentée par Baudin des Ardennes parmi les « moyens de terminer la révolution », provoqua l’insurrection royaliste dite de vendémiaire. Les sections royalistes, renforcées par une partie des gardes nationaux, soit 25 000 hommes, marchèrent sur les Tuileries, siège de la convention.

Barras, nommé commandant des troupes de Paris, commanda d’ouvrir le feu, et le général Bonaparte (secondé par deux de ses futurs compagnons d’aventure, Murat et Brune) fit mitrailler les insurgés sur les marches de l’église Saint-Roch. Le boulet de canon prouva ce jour-là sa supériorité sur le bulletin de vote.

Malheureusement, ni les boulets ni les bulletins ne sont comestibles. Or, si les confiscations à grande échelle avaient enrichi follement les nouveaux ploutocrates, qui faisaient un étalage scandaleux de leurs biens mal acquis, elles n’avaient pas réglé le problème des finances, si bien que les fonctionnaires, toujours plus nombreux, se payaient par la corruption, la concussion et les trafics.

Les famines, inconnues depuis la fin du règne de Louis XIV, avaient fait leur retour. Mais le clergé, qui autrefois soulageait les pauvres (plus du tiers de la population en recevait des secours), avait été dépouillé, et pas au profit des pauvres, apparemment. Sans oublier qu’en 1793, les biens des émigrés et du clergé n’ayant pas suffi à assouvir les appétits, une loi avait imposé la cession des biens communaux à des particuliers.

Comment l’attachement au roi, que les cahiers de doléances de 1789 avaient manifesté à toutes les pages, aurait-il pu diminuer, après ces dix années de terreur, de guerre, de corruption et de misère ? Si bien qu’en dépit de tout, les élections de 1797 virent l’élection d’une majorité de députés royalistes ! Qu’à cela ne tienne : les députés non conformes furent arrêtés et déportés par un autre futur compagnon de Bonaparte : Augereau. Ce fut le coup d’état de fructidor. Au même moment, le directoire envoya à l’échafaud Babeuf, chef de la « conspiration des égaux ». L’année suivante, le coup d’état de floréal visa, par une opération analogue, les jacobins.

Il y en avait pour tous les goûts. Dès lors, pourquoi se gêner ? Déportations et arrestations arbitraires reprirent, comme au bon vieux temps, et le clergé fut victime de nouvelles persécutions.

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