Le carnaval des assassins

Representant reduitDès les premiers instants, la révolution s’est imposée par l’intimidation et la terreur, sauf à ceux dont les discours ampoulés et délirants suffisaient à faire tourner la tête. Néanmoins, il est convenu de faire débuter la véritable terreur de la dictature de Robespierre.

A l’issue du simulacre d’élection de la convention, dont les arguments électoraux furent écrits en lettres de sang, l’assemblée se composait des brissotins ou girondins, extrémistes devenus modérés (par comparaison uniquement) ; des montagnards, surtout originaires de Paris et efficacement secondés par les escouades de sans-culottes ; enfin des députés du marais qui, dans l’espoir de sauver leur tête au sens propre, la perdirent souvent au figuré, ce qui explique les étonnants revirement de la convention.

La première mesure prise par cette association de malfaiteurs, le 21 septembre 1792, lendemain même de la victoire de Valmy, remportée par l’armée royale commandée par des généraux nobles et un général en chef monarchiste (quoique constitutionnel), fut d’abolir la monarchie.

Cette abolition, après celle de toutes les autres institutions, fit de la convention le seul organe du pouvoir – et quel pouvoir ! La constitution de 1791 (déjà bien chiffonnée avant même d’avoir servi) ayant été mise à la corbeille en raison des « circonstances » créées par les révolutionnaires eux-mêmes, cette assemblée disposait d’un pouvoir totalitaire dont les rois absolus n’avaient pas osé rêver.

Bien entendu, aucune assemblée de presque 750 membre ne saurait débattre utilement, encore moins gouverner. De fait, les députés n’eurent d’autre rôle que de voter les décrets rédigés par les vingt et un comités qui tenaient lieu de gouvernement. Mais vingt et un, c’est encore trop : deux d’entre eux, le comité de salut public et le comité de sûreté générale, prirent toutes les décisions et donnèrent tous les ordres, avec pour bras armés le tribunal révolutionnaire. En province, les agents nationaux, désignés par ces comités et assistés (ou surveillés) par les filiales du club des Jacobins, supplantèrent les administrations locales, tandis que les représentants en mission, affublés de costumes dignes d’une marche des fiertés révolutionnaires, allaient semer la terreur dans les départements et auprès des armées.

Le roi fut accusé de crimes, dont ceux de collusion avec l’ennemi et de trahison dont on a vu qu’il n’existait aucun indice, et son procès, si l’on peut ainsi appeler sa comparution devant la convention elle-même, fut fatalement suivi de sa condamnation à mort, et de son exécution le 21 janvier 1793.

Cet acharnement n’était pas, de la part des montagnards, une méchanceté gratuite. Méchanceté, certes, mais qui avait pour but de rendre impossible tout retour en arrière, ainsi que de déclencher une réaction qui justifierait les mesures les plus atroces. Pour faire croire que les crimes de la révolution furent les fruits de la colère spontanée et donc légitime des damnés de la terre, bien des historiens désignent sous le nom de code de « peuple » les compagnies d’hommes de mains stipendiés.

Mais le vrai peuple, opposé dès l’origine à la révolution, allait se manifester. Si bien que la terreur, jusqu’alors expérimentée en petit contre les élites, allait désormais se déchaîner en grand.

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