La liberté ou la mort

Constitution civile reduitL’abolition des privilèges avait remplacé les droits ancestraux par d’autres qui n’avaient pas plus de valeur que les futurs assignats. Et la constitution politique à laquelle la déclaration des droits de l’homme était censée servir de préambule fut tout naturellement précédée d’une constitution religieuse qui prouva que la volonté des constituants n’était pas d’affranchir, mais d’asservir.

Ainsi, dès novembre 1789, un décret mit les biens du clergé « à la disposition de la nation ». Etrange application du principe selon lequel la propriété était « inviolable et sacrée » ! Il faut dire que, depuis mai 1789, et en dépit des naïves déclaration de Necker, la situation financière n’avait fait qu’empirer. L’assemblée espérait tirer de la vente de ces biens de quoi combler le gouffre.

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Comme tout vendre d’un coup aurait provoqué l’effondrement des prix, on imprima des assignats à valoir sur les ventes à venir, et – pourquoi se priver ? – en quantité qui excédait la valeur des biens correspondants. Les cours plongèrent, ce qui précipita le peuple dans une misère qu’il n’avait pas connue depuis longtemps, mais permit aux profiteurs d’acquérir ces biens pour presque rien. Des deux partis siégeant à l’assemblée, celui des imbéciles leva les bras au ciel, et celui des fripouilles se frotta les mains.

La promesse d’entretenir les ecclésiastiques et les institutions dont ils avaient la charge eut pour contrepartie leur transformation en fonctionnaires, dociles par définition. Pour forcer la main aux récalcitrants, on exigea d’eux un serment de fidélité, puisque les « droits imprescriptibles », exigent que chacun soumette à ce qui le libère. Avant d’imposer ce serment obligatoire, l’assemblée abolit les vœux religieux, prononcés librement, comme « contraires aux libertés fondamentales de l’homme ».

Ne nous attardons pas sur les massacres, exécutions et déportations qui frappèrent les religieux qui ne goûtaient pas à leur juste valeur les « libertés fondamentales » qui s’abattaient sur eux. Signalons plutôt qu’un des quatre évêques seulement qui ratifièrent cette constitution fut Loménie de Brienne, que le pape n’avait consenti à faire cardinal, en dépit de sa « grande répugnance », que sur l’insistance de la reine. Ce prélat qui, à en croire le roi lui-même, ne croyait pas en Dieu, avait fait ses débuts sous la houlette de Choiseul, artisan de la suppression des jésuites qui avait fait s’écrier à son ami Voltaire : « La partie est gagnée ! » Poursuivant l’œuvre de son maître, il avait fait supprimer les ordres réguliers qui passaient à sa portée, fidèle au préjugé des « lumières » à l’encontre de la vie monastique.

Celle-ci, au cours des vingt ans qui précédèrent la révolution, avait connu un vif renouveau, tandis que les livres de piété se vendaient mieux, et même beaucoup mieux que les bluettes ricanantes des philosophes illuminés. Tout cela montre que le peuple n’était pas disposé à se plier de lui-même à la liberté déclaratoire. Il fallait donc l’y contraindre.

La constitution civile du clergé fit aboutir ce que les rois avaient rêvé de faire, du concordat de Bologne sous François Ier aux « quatre articles » du gallicanisme sous Louis XIV. Le préalable avait été de proclamer des droits qui, loin de borner le pouvoir absolu, l’avait rendu totalitaire.

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