La journée des bricoles

Journee des bricoles reduitEn 1788, les mauvaises récoltes ont entraîné la cherté du prix du pain. D’autre part, un traité de commerce en 1786 a permis l’irruption de produits anglais et provoqué du chômage. Voilà des motifs de révolte, mais une suite de révoltes ne fait pas une révolution.

Les historiens ont l’habitude de désigner tout attroupement de gens en armes sous le nom de « peuple », pourvu qu’il se compose de partisans de la révolution. L’abus de ce mot rend les événements presque incompréhensibles, car il désigne, pour les besoins de la cause, tantôt les démagogues qui prétendent parler au nom du peuple, tantôt les escouades de sans-culottes, stipendiés par les clubs ou par le duc d’Orléans, qui répandent la terreur dans les rues. Tantôt aussi, plus rarement, les véritables gens du peuple, ouvriers et paysans. Mais qui n’agissent pas toujours dans le sens qu’on attendrait.

Les présupposés marxistes ont si bien imprégné l’historiographie qu’on fait comme si les classes sociales étaient des corps agissant comme un seul homme, sous une impulsion unique (qui ne saurait être que son intérêt de classe). Conception problématique, car on n’est pas membre du peuple comme on peut l’être de la noblesse, moins encore du parlement ou d’une association quelconque. De même, comme le dit Monnerot, « les faits sociaux ne sont pas des choses », et les événements ne sont pas des faits matériels, mais des construction de l’esprit, ce qui rend impossible toute lecture matérialiste de l’histoire.

On dit que la révolution fut la révolte du peuple contre les abus commis par les privilégiés. La journée des journée des tuiles, le 7 juin 1788 à Grenoble, en fut un des premiers actes. Mais que se passa-t-il ce jour-là ? On peut admettre que ceux qui montèrent sur les toits pour faire pleuvoir les tuiles sur les soldats du roi n’aient ni des nobles, ni les ecclésiastiques. Jusqu’ici, tout va bien. Mais qui ces gens du peuple défendaient-il ? Le parlement. Autrement dit, des privilégiés. Et contre qui ? Contre le roi qui entendait lui ôter ses privilèges !

Rendons-nous maintenant à Rennes. Comme les Dauphinois, les Bretons ont défendu leur parlement et ses privilèges contre l’armée royale. C’est lorsque les états de Bretagne furent réunis au siège du parlement qu’eut lieu la « journée des bricoles » : les portefaix marchèrent sur le parlement. Le peuple marchant contre les abus et les privilèges, sans doute ? Au contraire ! Ces ouvriers allaient soutenir les députés de la noblesse, qui voulaient faire baisser le prix du pain et accorder des secours, ce que ceux du tiers état refusaient au nom du « laissez faire, laissez passer » des philosophes – et peut-être aussi de leurs intérêts propres… car des intérêts, les privilégiés n’étaient pas les seuls à en avoir !

Et ceux qui vinrent affronter les ouvriers furent les étudiants en droit à la tête farcie d’idées « philosophiques », qui avaient appelé à la rescousse quelques centaine de leurs semblables venus de Nantes. Chateaubriand raconte dans les Mémoires d’outre-tombe comment il a vu couler « les premières gouttes de sang que la révolution devait répandre ». Ce sang ne fut pas celui du « peuple » versé par un tyran, mais le sang d’un noble défendant le peuple. Contre qui ? Contre le tiers état.

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