La guerre des dentelles

Colbert reduitPour remplir les caisses, Colbert appliqua une doctrine élaborée par Laffémas de Beausemblant, qui lui a donné son nom : le mercantilisme, et mise en œuvre sous Henri IV. Le principe en est simple : faire entrer l’or et l’argent dans le pays grâce aux exportations ; l’empêcher d’en sortir en évitant d’importer autre chose que des matières premières. C’est l’origine de l’« économie politique », qui consiste à considérer toute richesse comme une masse imposable et taxable, et demeure à peu près la seule science économique qu’on enseigne aux futurs commis de l’état.

Pour remplir les caisses, Colbert appliqua une doctrine élaborée et mise en œuvre sous Henri IV par Laffémas de Beausemblant, qui lui a donné son nom : le mercantilisme. Le principe en est simple : faire entrer l’or et l’argent dans le pays grâce aux exportations ; l’empêcher d’en sortir en évitant d’importer autre chose que des matières premières. C’est l’origine de l’« économie politique », qui consiste à considérer toute richesse comme une masse imposable et taxable, et demeure à peu près la seule science économique qu’on enseigne aux futurs commis de l’état.

Avant la révolution industrielle, les biens de consommation courante étaient produits de façon artisanale ; seuls la draperie et les objets de luxe étaient l’objet du grand commerce. Les épices et les produits exotiques étaient soumis au monopole colonial. Colbert fonda donc des compagnies coloniales… qui firent presque toutes faillite de son vivant. Quel talent ! Pour les produits soumis à la concurrence, il releva les droits de douane ou les prohiba. L’ennui, c’est que les pays voisins firent la même chose, et tout le monde marcha vers la ruine.

Le monopole, autre nom de la prohibition, est un moyen tout aussi sûr de ruiner l’économie. Colbert fonda des manufactures pour fabriquer en France ce qu’on importait auparavant. (Le titre de « manufacture royale » voulait dire que le roi avait le droit de puiser dans les caisses.) Les manufactures des Gobelins, de Beauvais, de Saint-Gobain, firent l’admiration de toute l’Europe. C’est ce qu’on voit. Mais, en économie, il y aussi ce qu’on ne voit pas.

Ainsi, Alençon tirait profit de la dentelle à point coupé, assez rustique pour que les vieillards à la vue basse y travaillent au coin du feu, ou les petites bergères dans les champs. Or, une certaine Mme Barbot de la Perrière inventa le point d’Alençon, qui imitait le point de Venise qui faisait fureur à la cour malgré les sept édits qui l’avait interdit, et grevait le commerce extérieur. Les ateliers de point d’Alençon ouvrirent partout, employant 8 000 personnes.

Sautant sur l’aubaine, Colbert s’appropria l’invention et fonda une manufacture à qui il accorda un privilège, c’est-à-dire un monopole ; de plus, le vulgaire point coupé, fut interdit. Mais des émeutes furent près d’éclater et l’intendant écrivit : « Dans toutes les paroisses, la taille ne se paye que par ce moyen parce qu’aussitôt que l’ouvrage est fait, ils en trouvent le débit et sont payés. C’est ce qui fait à présent crier miséricorde, parce que… tous ceux qui s’y gagnent leur vie et subsistance ne pourront jamais y parvenir, étant accoutumés au gros point dont ils ont à présent le débit. »

La manufacture cherchait 8 000 employés, elle n’en trouva que 700 à embaucher. Mais des ateliers clandestins ouvrirent jusque dans les châteaux et les couvents. Et la dentelle est un produit de contrebande idéal : les douaniers visitèrent même le cercueil du duc de Devonshire, qui était mort en France, pour s’assurer qu’on n’y avait pas caché pas de ballots de dentelle ! Vers la Belgique, on les dissimulait sous le faux pelage de chiens…

Les consuls du Puy dissuadèrent Colbert, et pour les mêmes raisons, d’agir de même chez eux. Mais la question fut finalement réglée car l’argent récolté par Colbert servit à financer des guerres… qui ruinèrent le commerce de la dentelle.

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