La défaite en chantant

Tuileries 1792 reduitDumouriez, ministre de la guerre, espérait que la guerre permettrait de restaurer la discipline dans l’armée, dont le roi était le chef, et de recouvrer quelque prestige. Burke avait prédit que la révolution finirait « par le sabre ». Si l’opération avait réussi, ce sabre aurait pu être dans la main d’un général fidèle à son roi, plutôt que dans celle d’un parvenu dévoré d’ambition.

Aux yeux des brissotins, l’avantage de la guerre était qu’elle permet de punir de mort la trahison, trahison dont ils accusaient les émigrés mais aussi les prêtres réfractaires. Autrement dit, tous ceux qui n’approuvaient pas les persécutions dont ils étaient victimes étaient considérés comme des traîtres !

Le 20 avril 1792, l’assemblée vota par acclamation la déclaration de guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », signifiant par là qu’elle s’attaquait aux tyrans qui les gouvernaient et non aux peuples de l’empire, dont elle espérait le soulèvement. Il n’en fut rien et l’offensive contre la Belgique se solda par la déroute d’une armée dont beaucoup d’officiers avaient émigré.

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Les brissotins en déduisirent qu’il était urgent de voter la déportation des prêtres réfractaires, dont on voit mal en quoi ils avaient provoqué la défaite, la dissolution de la garde du roi (un certain Murat prétendit que cette garde de 1 800 hommes préparait un massacre général des patriotes) et la concentration à Paris de 20 000 gardes nationaux de province.

Ces mesures n’avaient qu’un but : forcer le roi à leur opposer son veto, ce qui, dans cette constitution délirante où l’organe législatif votait des décrets en lieu et place du chef de l’exécutif, était à peu près son seul droit. Et il en usa. Pour l’intimider, le 20 juin, 20 000 personnes envahirent les Tuileries. Mais le roi (ce roi si faible et indécis), acculé contre l’embrasure d’une fenêtre, leur opposa un tel sang-froid que la horde rugissante finit par se retirer en couinant, la queue entre les jambes.

Voilà qui ne faisait pas l’affaire des Jacobins et des Cordeliers. Où allait-on, si l’on ne pouvait plus compter sur la canaille ? Le 5 juillet, l’assemblée, toujours serviable, proclama « la patrie en danger ». Mais quel danger ? Les armées étrangères, ou bien ce roi qui n’en finissait pas de durer ? Ne fut-ce pas pour l’abattre, et non pour repousser l’envahisseur, qu’on concentra à Paris, déjà plein à craquer de gardes nationaux et de sectionnaires de tous poils, les « volontaires » qui affluaient de province ?

Tant d’hommes contre un roi qui n’avait plus de garde ! Dans la nuit du 9 au 10 août, les sectionnaires s’assemblèrent au son du tocsin et du tambour et imposèrent une nouvelle municipalité à l’Hôtel de Ville, qui était aussi le siège du gouvernement. Le roi se réfugia auprès de l’assemblée, dont le président eut ces nobles paroles : « L’assemblée nationale connaît tous ses devoirs. Elle regarde comme un de ses plus chers le maintien de toutes les autorités constituées. Elle demeurera ferme à son poste. Nous saurons tous y mourir. » Quelques heures plus tard, tandis que les suisses se faisaient massacrer aux Tuileries, cette assemblée suspendit le roi de ses pouvoirs et décida l’élection d’une convention nationale qui rédigerait une nouvelle constitution. Quel gaspillage : l’ancienne avait à peine servi !

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