L’oncle d’Amérique

Lafayette1La cause des emprunts de Necker fut la guerre d’Amérique. La nouvelle de la déclaration d’indépendance des treize colonies anglaises (1776) fut accueillie en France avec enthousiasme. Aussitôt, un jeune franc-maçon, La Fayette, alla mettre son épée de Washington, son frère en maçonnerie. Celui-là même qui, en 1757, avait provoqué la guerre de Sept Ans ! Le roi donna l’ordre d’arrêter La Fayette avant qu’il ne prît la mer, mais cet ordre, transmis avec une lenteur calculée (et peut-être fraternelle), fut inutile.

Par malheur, l’arme et la marine, sagement administrées sous le règne du nouveau roi, paraissaient en état de soutenir une guerre, et le désir de revanche sur l’Angleterre était grand. Franklin, représentant officieux des treize colonies révoltées, chauffait habilement l’opinion.

Toutefois Vergennes, ministre des affaires étrangères, rechignait à se mêler de l’affaire. La victoire de Washington à Saratoga (1777) le décida à signer un traité avec Franklin en 1778. La déclaration de guerre suivit bientôt. La Motte-Piquet, Suffren et d’Estaing allongèrent la liste des exploits glorieux et vains de la marine française sur toutes les mers du monde. C’est sur terre que le sort de la guerre se joua : Rochambeau et l’amiral de Grasse, firent capituler Cornwallis à Yorktown (1781).

Pour remercier la France de ses bons et loyaux services, Washington s’empressa de traiter séparément avec l’Angleterre, faisant fi de tous ses engagements. Il signa notamment en 1782 un solide traité de commerce avec son ancienne mère patrie. Le traité signé à Versailles en 1783 permit tout de même au roi de France de récupérer quelques îlots perdus au traité de Paris de 1763, les plus notables étant… Saint-Pierre et Miquelon, qui, aujourd’hui encore, fait la fortune et la gloire de la mère patrie.

La France ne s’était donc guère agrandie, si tant est qu’elle en eût besoin. Mais la dette, elle, avait crû de manière impressionnante. Car c’est par l’emprunt que Necker, ce grand truqueur, avait financé la guerre.

Cette méthode aurait pu se justifier si, profitant de ce trucage qui permettait d’éluder (provisoirement) la question budgétaire et fiscale, Necker avait progressé dans la réforme des institutions qui était désormais à l’ordre du jour. Mais il échoua en cela comme dans le reste. Il reprit bien l’idée de Turgot de constituer des assemblées délibératives. Cette fois, il maintint la distinction entre les trois ordres, ce qui était peut-être plus habile, mais moins novateur. Mais, au lieu de commencer, comme Turgot, par des « municipalités », il partit de l’échelon provincial. Si bien que ces nouvelles assemblées expérimentales se heurtèrent aussitôt à l’opposition des états et des parlements provinciaux. De ce fait, seules les assemblées de Berry à Bourges (1778) et de haute Guyenne à Villefranche-de-Rourgue (1779) parvinrent à siéger.

Au départ de Necker, en 1781, on se retrouvait au statu quo ante, sauf que la dette avait crû d’un milliards et demi de livres ! En 1788, elle s’lèvera à quatre milliards, soit 80 % de la richesse du pays. Mais pourquoi Necker aurait-il eu peur de la dette ? Il était sans doute un mauvais homme d’état, mais un excellent banquier.

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