L’oncle à héritages

Duc de bretagne reduitLa mort de Charles le Téméraire devant Nancy, en 1477, mit un terme à ce qu’on appelle le rêve Bourguignon. Le duc de Bourgogne n’en laissait pas moins une héritière légitime : sa fille Marie. Dont Louis XI était l’oncle et le tuteur attentionné. Autant dire que l’héritage était en de bonnes mains !

Le mari que le roi destinait à sa nièce n’était autre que son propre fils, le futur Charles VIII. Mais celui-ci n’avait que sept ans, tandis que Marie en avait déjà vingt. Le roi n’en considérait pas moins que l’affaire était dans le sac, et (sous prétexte d’un crime de lèse-majesté de la part du feu duc) s’empara derechef d’une partie du magot. Marie, furieuse, épousa alors Maximilien de Habsbourg.

L’affaire était manquée de ce côté. Mais de l’autre, il restait la Bretagne, elle aussi « tombée en quenouille » en la personne d’Anne. La jeune duchesse redoutait l’hégémonie du roi de France et en 1490, pour protéger l’autonomie de son duché, elle épousa à son tour Maximilien (veuf de Marie de Bourgogne depuis 1482).

Depuis la mort de Louis XI, en 1483, c’est sa fille Anne de Beaujeu qui exerçait la régence au nom de Charles VIII. Et elle ne l’entendait pas de cette oreille, car, après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier qui avait conclu la « guerre folle » de 1488, le duc de Bretagne avait accepté par le traité du Verger de ne pas marier sa fille sans le consentement du roi de France. Elle fit donc envahir le duché et maria Anne à Charles VIII, bien qu’elle fût déjà mariée à Maximilien, mais par procuration seulement. Le contrat de mariage prévoyait une donation au dernier vivant et, en l’absence de descendance mâle, obligeait la duchesse à épouser le successeur du roi (c’est ce qui se passera : elle épousera Charles XII).

Ainsi la Bretagne fut-elle rattachée au royaume de France. C’est du moins ce qu’on dit, car elle en faisait déjà partie en dépit de son destin à part. Et, devenue un fief de Maximilien, elle n’en aurait pas moins continué à faire partie du royaume de France dont elle était un apanage : Marie de Bourgogne était une Valois, et Anne était elle aussi une Capétienne.

Ce qu’il faut toutefois souligner, c’est que les Bretons n’avaient pas grande envie d’être sous la tutelle directe du roi de France et que, tout comme un royaume dans son roi, les provinces se reconnaissaient dans les princes, les ducs ou les comtes qui les gouvernaient.

De même, c’est pressée par ses sujets flamands que Marie de Bourgogne avait épousée Maximilien : Louis XI venait de s’emparer de la Picardie et de l’Artois et ils craignaient de connaître le même sort. Par des manœuvres diplomatiques douteuses, Louis XI s’était aussi emparé du Roussillon. Où l’on ne parlait pas plus français qu’en Flandre ou en Bretagne. Ce roi est célébré comme l’un des bâtisseurs de l’« état-nation ». On voit bien où est l’état, mais on a du mal à mettre le mot « nation » au singulier.

En revanche, l’Anjou fut légué au roi de France par son oncle René. Voilà un héritage bienvenu, et qui ne souleva aucune question. Malheureusement, il contenait aussi des droits sur le royaume de Naples, ce qui allait entraîner les interminables déboires des guerres d’Italie.

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