Il pleut des tuiles !

Journee des tuiles reduitToutes les questions qui étaient pendantes à la mort de Louis XV le demeuraient. Que faire pour refermer l’abîme ouvert par Necker ? Etablir un impôt sur tous les revenus, proposa Calonne, ce qui était plus intelligent que l’impôt sur le capital foncier proposé par Turgot.

Mais la réforme fiscale pouvait-elle aller sans réforme politique ? Les parlements s’opposaient à toutes les tentatives d’établir une certaine égalité devant l’impôt. Ou, plus exactement, ils voulaient quelque chose en échange : des institutions politiques susceptibles de consentir à l’impôt. Calonne reprit le projet de Turgot, et voulut constituer une pyramide d’assemblées locales élues sans ternir compte de la distinction des trois ordres.

Pour contourner l’obstruction des parlements, intraitables depuis les attaques qu’ils avaient subies sous Louis XV, Calonne fit une dernière tentative : il réunit à Versailles, en février 1787, cent quarante-quatre notables. Peine perdue : cette assemblée fit montre, elle aussi, d’une opposition irréductible.

Le roi dut renvoyer Calonne et le remplaça par Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, qui s’était signalé comme un des chefs de l’opposition. Brienne reprit l’œuvre de Calonne. En mai 1787, les notables furent renvoyés, mais dès le mois de juin parut un édit instituant des assemblées provinciales et des municipalités élues, dans lequel la distinction des ordres était maintenue mais avec un doublement du tiers état et le vote par tête. Ces deux derniers points seront l’une des premières revendications des futurs états généraux.

Mais qu’importaient les réformes : l’opposition des parlements restait systématique, et d’autant plus qu’on venait de tenter, une fois de plus, de se passer d’eux. Le parlement de Paris refusa donc d’enregistrer l’énorme emprunt que Brienne lui soumettait, à moins que le roi ne réunît les états généraux. Brienne exila le parlement à Troyes, mais les parlements des provinces se déclarèrent solidaires.

En échange de son rappel, le parlement de Paris accepta l’augmentation du vingtième. Mais, le 3 mai 1788, affirmant son rôle politique, il publia un manifeste des droits de la nation face à la monarchie. Le garde des sceaux, Lamoignon, fut alors chargé de reprendre la réforme Maupeou. Cette mesure aurait pu être efficace si les assemblées que, depuis une quinzaine d’années, on avait tenté de mettre en place, avaient pu prendre le relais. Mais ce n’était pas le cas… par la faute des parlements, justement.

Une tempête de protestation accueillit donc les édits royaux. C’est en Dauphiné que l’agitation fut la plus vive. Le roi ayant exilé le parlement de cette province, les habitants de Grenoble firent pleuvoir sur les soldats une pluie de tuiles (7 juin 1788). En juillet, les représentants des trois ordres de la province se réunirent au château de Vizille et appelèrent toutes les provinces à refuser le paiement de l’impôt tant que le roi n’aurait pas convoqué les états généraux.

Ce que le roi aurait voulu à tout prix éviter était devenu inévitable : le 8 août, il convoqua les états généraux pour le 1er mai 1789. Et Necker fut rappelé aux affaires. Comme ce ministre avait été le moins capable de tous sous le règne de Louis XVI, il fut naturellement accueilli par des cris de joie.

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