Formez vos bataillons !

ReveillonLors du refus du parlement de Bretagne d’enregistrer les édits fiscaux, en 1788, et lors de la journée des bricoles de 1789, le meneur des étudiants était un certain Moreau (1763-1813). Etudiant en droit depuis huit ans (mais il n’a pas encore sa licence), il a été élève de Lanjuinais, Le Chappelier, Gohier, futurs acteurs de la révolution. Son frère sera membre du tribunat et lui-même deviendra un fameux général de la révolution.

Il avait organisé les étudiants en milice – qui, en 1789, se transforma en garde nationale dont il devint capitaine. En mai 1789, il fut initié en franc-maçonnerie. « Malheur à la nation quand les partis opposés voudront s’étayer de troupes ! » écrivait l’abbé de Véri en 1775, ajoutant : « On en est plus voisin qu’on ne pense. » C’est ainsi en effet que se formèrent les troupes de la révolution, nullement issues de rassemblements populaires spontanés qui ne seront que des occasions, et non des causes, de la révolution.

Les « chaleurs populaires » que l’abbé de Véri avait prévues étaient pourtant bien là. En avril 1789, la manufacture de papiers peints Réveillon, au faubourg Saint-Antoine, fut mise à sac. On avait répandu la fausse nouvelle que Reveillon préconisait une baisse des salaires. Qui avait agi ainsi ? Le marquis de Bombelles fait remarquer dans ses mémoires que l’émeute ne fut pas le fait des ouvriers de la manufacture, mais d’une cinquantaine de fauteurs de troubles que Réveillon avait renvoyés, alors même qu’il entretenait par charité cent cinquante ouvriers en surnombre.

Bombelles note aussi la mauvaise volonté des gardes-françaises et des suisses à intervenir. Ces mêmes gardes qui resteront l’arme au pied le 14 juillet, illustrant cette autre observation de l’abbé de Véri : « Le Soldat raisonne et n’obéit plus. »

Les véritables mots d’ordre, en ce mois d’avril 1789, n’étaient pas la cherté de la vie ou l’excès des impôts : les Parisiens étaient d’ailleurs exempts de la taille… tout comme les nobles ! La grande affaire était de se déclarer en faveur du tiers état, et ceux qui ne le faisaient pas risquaient d’être molestés. Car c’était le temps de l’élection des députés aux états généraux, et, comme on l’observera tout au long de la révolution : les émeutes étaient fomentées pour intimider les électeurs. De fait, à cause de cette agitation, les élections n’eurent lieu à Paris que dans les tous derniers jours, et pour le tiers état à peine plus d’un électeur sur cinq vota (11 500 sur 50 000).

Par ailleurs, les robins ou futurs robins qu’on a vus à l’œuvre à Rennes s’occupaient d’introduire dans les cahiers de doléances toutes sortes de revendications qu’ils avaient apprises dans les clubs et les cafés où les gens désœuvrés s’initiaient aux idées « philosophiques ». Comme les élections étaient à deux degrés, la synthèse des cahiers de doléance par bailliage fut l’occasion d’introduire à loisir ces idées dont le petit peuple n’avait cure.

De plus, comme Cochin l’a démontré, les élections furent l’occasion pour les membres des sociétés de pensée ostensibles ou invisibles de s’élire les uns les autres, au détriment des hommes sages et expérimentés. Car rien n’est plus contraire à la révolution que la sagesse et l’expérience.

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