Etre roi, c’est divin !

Louis xiv apollon1reduitLe mercantilisme, qui vise à importer les denrées brutes et exporter les produits manufacturés, est une doctrine de bon sens. Le grand vice de Colbert est d’avoir organisé la vie économique au service non pas de la nation, mais de l’état. La confusion (fâcheuse) entre ces notions se résume dans l’expression « état-nation », dont on ne sait pas trop si elle décrit une réalité ou désigne un but, ou dans la phrase : « L’état, c’est moi. »

Quiconque est assis sur un trône se plaît à considérer que la richesse du roi et celle de la nation sont une seule et même chose. Mais le drainage des ressources vers les caisses du roi, comme la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains, devaient recevoir une justification élégante. C’est la théorie du « droit divin », élaborée au profit des Valois à l’occasion de la guerre de Cent Ans. De fait, Charles VII fut sacré en 1429, mais Henri VI le fut à son tour en 1431. Lequel était le bon ?

Bossuet développa cette théorie dans Politique tirée des écritures saintes. (1709). Ce grand écrivain (et immense courtisan) en appelle à saint Paul, qui dit que « toute autorité vient de Dieu ». En effet, Pilate demande à Jésus : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te faire relâcher ou condamner ? » Et Jésus répond : « Tu n’aurais aucun pouvoir si tu ne le tenais de mon père. » Faut-il en conclure que Pilate était gouverneur « de droit divin » ? Non, seulement qu’il répondrait un jour de ses actes devant Dieu. Ce qui ne l’empêchait nullement d’en répondre le scas échéant, à l’empereur, ou même à la foule qui grondait à sa porte.

Si toute autorité vient de Dieu, la respecter est en effet un devoir du chrétien. Bossuet se rapproche ainsi de Thomas d’Aquin, mais il oublie les réflexions de ce dernier sur les bornes de cette obéissance, qui peuvent aller jusqu’au tyrannicide.

Bossuet parle d’or quand il dit des rois : « Qu’ils respectent donc leur puissance, parce que ce n’est pas leur puissance, mais la puissance de Dieu, dont il faut user saintement et religieusement. » Mais sa justification du caractère absolu du pouvoir ne repose sur rien. Le pouvoir est dévolu à toutes sortes de souverains ; de plus, toute autorité n’est pas royale, ni même politique. Les rois ne sont pas plus les « lieutenants de Dieu sur terre » que n’importe quelle créature humaine qui détient une parcelle quelconque d’autorité.

L’origine du pouvoir du roi n’était autre que l’élection d’Hugues Capet et la légitimité dynastique qui en découlait. Le sacre ne donnait pas au roi de droits supplémentaires, mais des devoirs supplémentaires. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument », a dit lord Acton. Le sacre était là, sans doute, pour prévenir cette corruption. Mais l’existence de contre-pouvoirs peut avoir aussi une certaine efficacité dans ce sens.

Les Instructions de Louis XIV et la Politique de Bossuet étaient destinées au dauphin, mort en 1711. Or, le duc de Bourgogne, devenu dauphin à son tour, ne parut pas convaincu par les leçons que son père avait reçues. Il estimait, peut-être d’après l’exemple de son grand-père, que régner était peu compatible avec les devoirs du chrétien. Il n’a pas régné non plus. Qu’aurait-il fait une fois sur le trône ? Nul ne le sait, mais l’ennui, avec le pouvoir absolu, c’est qu’il n’est difficile d’en sortir.

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