Pierre de Laubier

  • Localisation : Paris

Billets de pierredelaubier

Il pleut des tuiles !

Journee des tuiles reduitToutes les questions qui étaient pendantes à la mort de Louis XV le demeuraient. Que faire pour refermer l’abîme ouvert par Necker ? Etablir un impôt sur tous les revenus, proposa Calonne, ce qui était plus intelligent que l’impôt sur le capital foncier proposé par Turgot.

Mais la réforme fiscale pouvait-elle aller sans réforme politique ? Les parlements s’opposaient à toutes les tentatives d’établir une certaine égalité devant l’impôt. Ou, plus exactement, ils voulaient quelque chose en échange : des institutions politiques susceptibles de consentir à l’impôt. Calonne reprit le projet de Turgot, et voulut constituer une pyramide d’assemblées locales élues sans ternir compte de la distinction des trois ordres.

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L’oncle d’Amérique

Lafayette1La cause des emprunts de Necker fut la guerre d’Amérique. La nouvelle de la déclaration d’indépendance des treize colonies anglaises (1776) fut accueillie en France avec enthousiasme. Aussitôt, un jeune franc-maçon, La Fayette, alla mettre son épée de Washington, son frère en maçonnerie. Celui-là même qui, en 1757, avait provoqué la guerre de Sept Ans ! Le roi donna l’ordre d’arrêter La Fayette avant qu’il ne prît la mer, mais cet ordre, transmis avec une lenteur calculée (et peut-être fraternelle), fut inutile.

Par malheur, l’arme et la marine, sagement administrées sous le règne du nouveau roi, paraissaient en état de soutenir une guerre, et le désir de revanche sur l’Angleterre était grand. Franklin, représentant officieux des treize colonies révoltées, chauffait habilement l’opinion.

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Considérations helvétiques

NeckerIl était fini, le temps où un froncement de sourcils de la favorite du moment faisait et surtout défaisait les ministres. Aux affaires étrangères, Louis XVI nomma Vergennes, qui resta en place jusqu’en 1787. Il ne renia pas l’alliance autrichienne issue du « renversement des alliances », et défendue avec passion par la reine. Mais il fit en sorte qu’elle n’entraînât pas la France dans de nouvelles aventures militaires.

Joseph II eut beau venir en personne à Versailles et offrir à la France la cession de la Belgique, rien n’y fit : Vergennes refusa de soutenir ses projets de conquêtes en Allemagne et en Orient. Cette politique d’équilibre et ce refus de toute ambition territoriale lui attirèrent la confiance de tous les états secondaires, effrayés des ambitions de l’Autriche et de la Prusse, qui s’étaient notamment manifestées par le premier partage de la Pologne (1772).

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Ça va mal, mes aïeux !

Philosophes2Ce que les rois et les gouvernements en général font le mieux, c’est la guerre : ils ont été inventés pour ça (ce qui ne veut pas dire qu’ils la fassent toujours bien). Louis XIV avait été en guerre incessante à l’étranger, mais aussi contre son propre peuple : le Boulonnais s’était révolté en 1662, la Gascogne (révolte des Audijos) en 1663-1665, le Berry en 1664, le Roussillon en 1666-1670 (révolte des Angelets contre l’annexion de la province), la région de Montpellier (révolte du Roure) en 1670, la Guyenne et tout l’Ouest en 1674, la Bretagne (révolte des bonnets rouges) en 1675, le Quercy et le Périgord en 1707-1709, la Normandie et le Midi en 1713-1715, Lyon en 1714.

Toutes ces révoltes (sans parler de la guerre des camisards, ni de la résistance de la Franche-Comté) avaient eu pour cause les hausses d’impôts, dues aux dépenses de la guerre et de la cour. Lors de la répression, Colbert recommandait les galères, au détriment de la pendaison, afin de garnir les bancs de la magnifique marine qu’il développait. Mais les exploits des troupes envoyées pour mater la canaille ne font pas partie des scènes de bataille qui ornent les murs du palais de Versailles. Quel dommage !

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Les plans de Turgot

Guerre des farinesMaurepas fit nommer à la surintendance des finances Turgot, qui recueille tous les éloges, on ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi car il échoua comme les suivants. Il est vrai que sa retraite prématurée lui permit d’exposer à loisir ses projets avortés, si beaux sur le papier, qui fait oublier le défaut de sens politique de l’auteur !

Il y a une autre raison, c’est que Turgot était l’enfant chéri du parti philosophique. Il était donc ardent partisan de l’école physiocratique de Quesnay, dont le mot d’ordre était : « Laissez faire, laissez passer ». Cette doctrine reposait sur le postulat que la seule source de richesse est la terre. Pour les physiocrates, l’industrie est « stérile ». Il faut en déduire que la révolution industrielle qui prenait naissance sous leurs yeux, permise par la machine à vapeur, échappait à la sagacité de ces économistes !

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Les attributs du roi

Louis xvi reduitDe gros volumes ont été écrits en vue de réhabiliter Louis XV ou plutôt, à travers lui, la monarchie absolue. Aucun n’est tellement convaincant. Par contre, nul ne songe à réhabiliter Louis XVI, auquel on reproche tous les défauts de caractère bien connus de son grand-père, notamment l’indécision et la faiblesse, désastreux pour sa politique, et que le scandale permanent de sa vie privée peine à racheter.

Mais que ne reprochera-t-on pas au nouveau roi ! D’abord d’être impuissant, ou presque. C’est oublier un peu vite qu’il se maria en 1770, à l’âge de seize ans, tandis que l’archiduchesse Marie-Antoinette n’en avait que quatorze ! Finalement, le couple royal aura quatre enfants, ce qui n’est pas si mal. On lui reproche aussi d’être glouton, en oubliant qu’il s’agit d’un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt treize, qui va à la chasse presque tous les jours.

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Les hermines se rebiffent

Lachalotais2reduitOn présente volontiers le roi comme un réformateur, dont le bon vouloir se heurtait à la mauvaise grâce des privilégiés. Mais il était lui-même un privilégié, investi d’un pouvoir héréditaire, qui cherchait, à l’instar de presque tous ses prédécesseurs depuis Philippe le Bel et Charles VII, à dépouiller les autres de leurs privilèges.

Le gouffre du déficit était, en fait, le seul souci du roi. Il était d’ailleurs la plaie de la monarchie depuis des siècles ! Dans l’esprit du roi, la question de la répartition et de l’équilibre des pouvoirs n’était pas à l’ordre du jour. Mais elle était présente dans bien d’autres esprits, par exemple dans celui de Montesquieu lorsqu’il écrivit De l’esprit des lois. Et pourquoi, au lieu de traiter la question en général, ce magistrat n’écrivit-il pas plutôt un traité de droit constitutionnel ? C’est simple : parce que la France n’avait point de constitution.

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Le parlement dérobé

Lit de justice reduitChoiseul avait œuvré à l’expulsion des jésuites pour se concilier les parlements, qui s’étaient au contraire enhardis après cette victoire. En 1770, le roi finit par renvoyer son ministre, que remplaça un « triumvirat », composé de l’abbé Terray, du duc d’Aiguillon et du chancelier Maupeou, tous trois résolument hostiles aux parlements. Ceux-ci avaient eu raison des jésuites. Le roi allait-il à son tour avoir raison d’eux ?

Dans cette querelle qui devenait une lutte, qui avait raison, et qui avait tort ? On affirme souvent que le bon roi cherchait à établir la justice fiscale (comme l’instauration du vingtième par Machault d’Arnouville l’avait prouvé), tandis que les méchants parlements se cramponnaient à leurs privilèges. Mais, de la part du roi, la recherche de la justice fiscale n’était qu’un moyen, le but véritable étant l’augmentation des recettes. Or, l’autre moyen de combler le déficit aurait été d’endiguer les dépenses (qui n’étaient pas toutes consacrées au soulagement des misères du peuple, loin s’en faut), ce que le roi et ses ministres se montraient incapables de faire.

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Cherchez l’infâme

Jesuites1Au siècle précédent, les jésuites avaient été les plus fermes auxiliaires du roi dans sa longue lutte contre le jansénisme, lutte couronnée d’un tel succès… que les jansénistes étaient toujours là ! Ils l’étaient d’autant plus que cette version grise et tatillonne de la religion allait comme un gant aux parlementaires : elle seyait d’autant mieux aux magistrats austères que l’afficher était une manière de plus de s’opposer au roi.

Pour le malheur de la compagnie de Jésus, le P. de Sacy, général des jésuites, eut la funeste idée d’en appeler au parlement dans un procès intenté au P. Lavalette pour des opérations commerciales aventureuses aux Antilles, malgré l’interdiction de ses supérieurs. Les magistrats sautèrent sur l’occasion pour découvrir que la compagnie de Jésus « nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse ».

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Louis XV le bien-aimé

BoucherSi l’on a appelé Louis XV le « bien-aimé », c’est en raison de ses nombreuses et même innombrables amours, si toutefois on peut appeler ainsi la foule de ses maîtresses bénévoles ou mercenaires.

Pourtant, le roi fut aussi aimé de ses peuples, avant d’en être haï au point qu’on l’enterra nuitamment, au bout de vingt jours, par crainte d’émeutes. Lorsqu’il se rendait à Paris, escorté de milliers de gardes, cela paraissait un acte de courage : il était devenu dangereux pour lui de se rendre dans sa propre capitale ! Comment en était-on arrivé là ?

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