Dans de beaux draps d’or

Francois ier 1Comme il se doit, le bon roi Louis XII a disparu des programmes scolaires et du souvenir des Français. Dès sa mort, il fut l’objet des calomnies de son successeur : François Ier l’accusa de sénilité et même d’impuissance… reproche d’ailleurs piquant de la part d’un gendre !

Il faut dire que François Ier, adulé et gâté par sa mère Louise de Savoie, pensait qu’il ne pouvait pas exister de meilleur roi, en France ou ailleurs, que lui-même. Il n’imita son beau-père en rien, sauf dans ses erreurs. Et, voyant que Charles VIII et Louis XII n’avaient récolté que des déboires en Italie, il n’eut rien de plus pressé que d’y retourner.

Surprenant les Suisse, il remporta la célèbre victoire de Marignan. A vrai dire, il a fallu l’active propagande du roi pour faire passer ces deux jours de massacre pour une brillante victoire, qui ne fut obtenue in extremis que par l’arrivée opportune d’une armée vénitienne, et au prix de 16 000 morts (l’armée française, très puissante, en comptait 33 000).

Quoi qu’il en soit, l’empereur et le roi d’Espagne reconnurent au roi de France la possession du Milanais par le traité de Noyon, en échange du renoncement définitif à Naples. Profitant de l’occasion, François Ier rencontra le pape Léon X à Bologne, d’où il sortit le concordat de 1516 qui accordait au roi de France le droit de nommer les évêques et les abbés. Ce droit exorbitant, source de nombreux abus et désordres ultérieurs dans le clergé français, ne fut concédé que par crainte de voir le roi de France se proclamer chef d’une église gallicane, à l’instar d’Henri VIII.

A défaut de se proclamer pape, François Ier eut l’idée de se porter candidat à la couronne impériale, devenu vacante à la mort de Maximilien en 1519. Elective en principe, cette couronne n’était pas sortie de la famille des Habsbourg depuis le début du XVe siècle. Pour l’obtenir, François Ier répandit l’argent sans compter. L’archiduc Charles aussi mais, soutenu par un syndicat de banquiers, il eut la sagesse de ne donner l’argent qu’une fois l’élection acquise. Devenu empereur, Charles V garda de cette tentative une solide rancune, qui n’était pas pour lui faire oublier que le roi de France lui avait chipé une part notable de l’héritage de sa grand’mère Marie de Bourgogne.

L’affrontement étant prévisible, François Ier eut la bonne idée de chercher des alliés. C’est pourquoi il invita le roi d’Angleterre au camp du drap d’or, entre Ardres, en Artois, et Guînes, alors possession anglaise. Par malheur, Henri VIII, qui était lui aussi solide un gaillard de six pieds de haut, rivalisait avec n’importe qui, même François Ier, en matière de prétention et d’enflure. Et celui-ci oublia que le premier devoir d’un hôte est de mettre en valeur ses invités, et non soi-même. Piqué du luxe insolent qu’on déploya pour l’impressionner, vexé d’avoir été battu au tournoi par son hôte, Henri VIII rassembla ses petites affaires, fila à l’anglaise et se rendit tout droit à Gand, qui avait l’avantage d’être proche, où il signa aussitôt avec l’empereur l’alliance que François Ier avait espérée.

Ce dernier s’en passa et, après ce désastre mondain, l’un des plus éclatants de l’histoire diplomatique, il s’apprêta à essuyer l’une des défaites militaires les plus cuisantes.

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