Courage, fuyons !

Varennes reduitQui exerçait le pouvoir avant l’adoption de la constitution, en septembre 1791 ? Les députés aux états généraux s’étaient proclamés assemblée nationale, puis constituante, sans mandat des électeurs. Toutefois, le roi avait entériné le fait accompli, ce qui donnait à cette assemblée une certaine légitimité. Légitimité à rédiger une constitution. Pas à gouverner elle-même.

L’objet d’une constitution de borner le pouvoir, afin de protéger tout un chacun contre les entreprises de la puissance publique (ce que les parlements et les états provinciaux, supprimés par l’assemblée, s’efforçaient de faire, au grand dam des rois). Que pouvait-on donc attendre d’une constitution rédigée par une assemblée qui s’était au préalable proclamée nationale, c’est-à-dire détentrice unique de toute souveraineté et de toute légitimité, alors même que le roi était encore su le trône ? Rien, sinon qu’elle s’arrogeât la totalité du pouvoir ; car un pouvoir qui fixe ses propres bornes est totalitaire par essence. Même, et peut-être surtout, s’il est ou se dit démocratique.

  • Nom du fichier : 125 varennes
  • Taille : 557.35 Ko

Télécharger

De fait, sans attendre qu’une constitution rédigée par elle-même ne lui en donne le droit, cette assemblée se permit de voter toutes sortes de décrets ou de lois qui renversaient l’ordre juridique et social. Notamment la constitution civile du clergé.

Or le roi, qui l’avait d’abord entérinée, fut pris de remords. Certes, l’empiétement du pouvoir royal sur le pouvoir religieux et l’instrumentalisation du clergé par le biais du gallicanisme n’avaient rien de nouveau. Mais cette fois le pape avait fermement condamné l’entreprise, et une grande partie du clergé avait refusé ou renié le serment à cette constitution, ce qui avait aussitôt entraîné des persécutions. La question religieuse allait jouer un rôle décisif dans la révolte populaire de 1793. Elle joua aussi un rôle décisif dans la réaction du roi.

Cette réaction fut-elle trop tardive ? Lors des journées d’octobre 1789, le conseil des ministres avait conseillé au roi de partir pour Metz. Celui-ci avait refusé. Que serait-il en effet advenu, alors que Paris était aux mains des factions armées, relayées par les municipalités insurrectionnelles à travers tout le pays, où nul ne relayait plus l’autorité royale ? Une guerre civile, et une guerre que le roi, dont la propre garde s’était retournée contre lui, était loin d’être sûr de gagner. La faiblesse du roi était évidente. Mais ce n’était pas une faiblesse de caractère.

La fête de la Fédération, organisée au champ de Mars le 14 juillet 1790, deux jours après le vote de la constitution civile du clergé, avait été, en même temps qu’une grandiose manifestation d’unité nationale, une démonstration de force dont La Fayette, commandant des gardes nationaux, avait été le héros. Les fédérés, qui défilèrent drapeaux en tête, n’étaient pas moins de cent mille ! Au cours de cette fête, tous, le roi compris, prêtèrent serment à une constitution… qui n’existait pas encore !

Finalement, le roi se décida à profiter d’un retournement de l’opinion. Mais il s’agissait d’abord de fuir, car les Tuileries et Paris étaient devenus pour lui une prison. Le 20 juin 1791, la famille royale parti donc en direction de Montmédy, où les troupes du marquis de Bouillé l’attendaient.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire