Considérations helvétiques

NeckerIl était fini, le temps où un froncement de sourcils de la favorite du moment faisait et surtout défaisait les ministres. Aux affaires étrangères, Louis XVI nomma Vergennes, qui resta en place jusqu’en 1787. Il ne renia pas l’alliance autrichienne issue du « renversement des alliances », et défendue avec passion par la reine. Mais il fit en sorte qu’elle n’entraînât pas la France dans de nouvelles aventures militaires.

Joseph II eut beau venir en personne à Versailles et offrir à la France la cession de la Belgique, rien n’y fit : Vergennes refusa de soutenir ses projets de conquêtes en Allemagne et en Orient. Cette politique d’équilibre et ce refus de toute ambition territoriale lui attirèrent la confiance de tous les états secondaires, effrayés des ambitions de l’Autriche et de la Prusse, qui s’étaient notamment manifestées par le premier partage de la Pologne (1772).

Au ministère de la guerre, le comte de Saint-Germain (1775-1777) poursuivit l’œuvre de Choiseul. L’armée acheva de se relever des désastres de la guerre de Sept Ans, et Gribeauval la dota d’une artillerie qui resta inchangée pendant quarante ans. La discipline fut rétablie, le recrutement et l’instruction des officiers s’améliorèrent, avec la fondation d’écoles telles que celle de Brienne, où un certain Bonaparte fit ses études aux frais du roi. C’est en fait à cette époque que l’armée des aventures de Napoléon prit naissance. A la marine, c’est Sartine qui acheva l’œuvre de Choiseul.

En ce qui concerne la fiscalité, le programme du jeune roi, énoncé par Turgot, était simple : « Point de banqueroute, point d’augmentations d’impôts, point d’emprunts. » Mais ce fut Necker, autre enfant chéri des philosophes, qui succéda à Turgot en 1776. « Parvenu au ministère, écrivit Sénac de Meilhan, Necker ne s’occupa que des moyens d’éblouir le public et d’exciter l’enthousiasme. ». Necker eut soin de prendre toutes sortes de mesures humanitaires propres à lui attirer la sympathie des philosophes, que sa femme recevait dans son salon où sa fille, la future baronne de Staël, fit ses premiers pas. On lui sut gré aussi de ne pas lever de nouvel impôt.

Mais on s’aperçut bientôt que Necker ne respectait pas le dernier point du programme, pourtant sans doute le plus important, et que la situation ne perdurait qu’au prix d’un endettement toujours croissant, et non pas le résultat de la lutte contre les abus, abus qu’il devait imprudemment exposer au grand jour.

En quittant le ministère, en 1781, Necker crut en effet nécessaire de publier, en dépit des effort de Maurepas pour l’en dissuader, un Compte rendu au roi exposant les recettes et les dépenses de l’état. Ce document était sans doute fort utile pour la gloire personnelle dont Necker était assoiffé, mais on en discerne mal l’utilité politique. Il exaspéra les attaques de ceux dont les abus étaient exposés, et devint en même temps la source de documentation et d’inspiration de toute opposition. « Dès ce moment, il y eut en France un parti animé contre le gouvernement, et déterminé à ruiner toutes ses opérations », écrit Sénac de Meilhan.

Pourtant, l’augmentation de la dette était le résultat de la guerre d’Amérique, follement acclamée par les philosophes, derrière heure de gloire de la monarchie qui fut en même temps l’un de ses premiers pas vers sa chute.

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