Ça va mal, mes aïeux !

Philosophes2Ce que les rois et les gouvernements en général font le mieux, c’est la guerre : ils ont été inventés pour ça (ce qui ne veut pas dire qu’ils la fassent toujours bien). Louis XIV avait été en guerre incessante à l’étranger, mais aussi contre son propre peuple : le Boulonnais s’était révolté en 1662, la Gascogne (révolte des Audijos) en 1663-1665, le Berry en 1664, le Roussillon en 1666-1670 (révolte des Angelets contre l’annexion de la province), la région de Montpellier (révolte du Roure) en 1670, la Guyenne et tout l’Ouest en 1674, la Bretagne (révolte des bonnets rouges) en 1675, le Quercy et le Périgord en 1707-1709, la Normandie et le Midi en 1713-1715, Lyon en 1714.

Toutes ces révoltes (sans parler de la guerre des camisards, ni de la résistance de la Franche-Comté) avaient eu pour cause les hausses d’impôts, dues aux dépenses de la guerre et de la cour. Lors de la répression, Colbert recommandait les galères, au détriment de la pendaison, afin de garnir les bancs de la magnifique marine qu’il développait. Mais les exploits des troupes envoyées pour mater la canaille ne font pas partie des scènes de bataille qui ornent les murs du palais de Versailles. Quel dommage !

L’extension du pouvoir royal ne s’est donc pas faite dans la joie et la bonne humeur, mais en dépit d’oppositions qui ne se sont jamais éteintes : celle du parlement est plus résolue que jamais, depuis la tentative de suppression dont il a fait l’objet.

Par contre, au XVIIIe siècle, les révoltes étaient devenues rares. Une seule notable sous Louis XV, en 1749. Il est vrai que le pays s’était enrichi prodigieusement : la valeur du commerce extérieur fut multipliée par cinq et la population passa d’un peu plus de vingt millions en 1715 à vingt-huit millions en 1790. Les guerres avaient été moins fréquentes et plus courtes. Mais l’armée, magnifiquement réformée par Choiseul, coûtait plus cher que jamais. Sans parler de la cour ! Alors qu’Henri IV n’avait qu’un seul attelage, et Louis XIII quatre, Louis XIV possédait six cents chevaux, et Louis XV deux mille trois cents.

Il n’existait ni contre-pouvoir, ni assemblée délibérative, qui auraient pu s’opposer au monarque absolu, mais sur lequel il aurait pu s’appuyer en retour. Or, quand il n’y a pas de lieu où délibérer des choses sérieuses, on parle quand même, mais dans les salons. Où l’on commence par causer, et l’on finit par raconter n’importe quoi, et par prendre les élucubrations littéraires de Voltaire et Rousseau pour des idées politiques. On préfère une république chimérique aux institutions réelles et réformables.

Pourtant, à l’inverse de ses prédécesseurs, Louis XVI avait conscience qu’il fallait créer des institutions. Il s’y emploiera jusqu’au bout. Mais n’était-il pas déjà trop tard ? En 1775, l’abbé de Véri écrivait dans son journal : « Ce règne sera agité par les intrigues de cour et plus encore par le chaleurs populaires dont je vois les germes se fortifier chaque jour. »

Et il ajoutait : « Le peuple ne remonte pas à leur cause plus réelle : savoir le faste politique, guerrier et domestique de Louis XIV ; les guerres et les négociations humiliantes de Louis XV ; lesquels excès ont formé la masse énorme de la dette nationale. Le peuple ne voit que le souverain actuel, auquel il rapporte toutes ses plaintes. »

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