Allons enfants de la Bourgogne

Charles le temeraire5reduitA partir du règne de Louis XI, au terme de cent cinquante ans de guerre du roi contre ses propres vassaux, le domaine royal se confond avec le royaume tout entier. Toutefois, les grands féodaux possesseurs des fiefs placés sous la suzeraineté du roi, ont été remplacés par des apanages. En 1374, Charles V avait en effet délégué le gouvernement des provinces à des princes du sang, de manière qu’elles conservent une autonomie, Chacune ayant ses lois, ses coutumes, ses langues. En somme, il y avait plusieurs nations en France. Cette solution ressemblait d’ailleurs furieusement à ce qui se passait sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

Le seul prince apanagé qui causa des ennuis à Charles VII fut le futur Louis XI, qui se comporta comme un souverain, épousant d’ailleurs la fille de son voisin (et « compatriote » au sein de l’empire) le duc de Savoie. Il entra en guerre contre son propre père, Charles VII, qui mourut en 1461 dans la certitude d’avoir été empoisonné par son fils ! Celui-ci s’était réfugié auprès de son bon oncle le duc de Bourgogne, ce qui faisait dire au roi : « Mon cousin a donné asile à un renard qui mangera ses poules. »

A peine sur le trône, Louis XI se fit l’artisan infatigable de la conception centralisée et absolue du pouvoir qu’il avait combattue depuis la « praguerie » de 1440. L’opposition à ces prétentions prit la forme des trois « ligues du bien public », marquées par la bataille de Montlhéry (1465), l’entrevue de Péronne (1468), à la suite de laquelle le cardinal Balue finit dans une cage de fer, et le siège de Beauvais (1472), où s’illustra Jeanne Hachette.

La mort du duc d’Orléans, frère du roi, mit fin aux espoirs de contrebalancer l’autorité du roi, mais pas à la rivalité avec le duc de Bourgogne, l’un des acteurs principaux de ces ligues. Car Charles le Téméraire, héritier des deux Bourgognes et de la Flandre, nourrissait l’ambition d’unir ses domaines en acquérant la Lorraine et l’Alsace. Louis XI redoutait la constitution d’un tel domaine : il ne tenait pas à avoir à l’est un voisin aussi puissant, vassal à la fois du roi de France et de l’empereur, comme l’était autrefois le roi d’Angleterre à l’ouest.

L’empereur n’était pas de cet avis. A la conférence de Trèves (1473), Frédéric III se montra disposé à lui accorder une couronne pour toutes ses possessions en terre d’empire, en y incluant les duchés de Lorraine et de Savoie, les évêchés d’Utrecht, Liège, Toul et Verdun. Ces états correspondent peu ou prou à l’ancienne Lotharingie, née du partage de l’empire sous Louis le Pieux au terme d’un découpage qui tenait grand compte des logiques territoriales, et aussi des routes commerciales qui, par le Rhône, remontaient d’Italie vers la Flandre.

Mais Louis XI soudoya l’empereur pour qu’il n’en fît rien (celui-ci quitta Trèves en pleine nuit). Il fomenta aussi des révoltes en Suisse, en Lorraine et en Alsace, sans oublier la Flandre. Pourtant, la constitution d’un état tampon entre la France et l’empire, avec sur le trône un Valois, n’aurait sans doute pas été une catastrophe. Mais les ambitions du duc de Bourgogne prirent fin devant Nancy en 1477. L’héritage bourguignon allait revenir aux Habsbourg. La rivalité avec cette dynastie allait commencer, et ne plus jamais cesser.

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