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L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Le droit est mort

Nuit du 4 aout reduitPendant ce temps, à Versailles, l’assemblée débattait de la future constitution. Dans un sens qui allait conduire non pas à un partage ou à un équilibre des pouvoirs, mais à leur concentration. Car si « la souveraineté réside essentiellement dans la nation », comme l’affirmera la déclaration des droits de l’homme, c’est que le pouvoir à une source unique ; pourquoi, dans ce cas, aurait-il des organes divers ?

La même déclaration, qui n’est pas à une contradiction près, dira que « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ». Toutefois, les constituants, qui avaient applaudi aux remontrances et aux grèves des parlements tant que ceux-ci s’opposaient au roi, n’entendaient pas voir leurs décrets contestés. L’assemblée avait beau siéger en vertu d’un mandat qu’elle s’était décernée à elle-même et dont la légalité, justement, était douteuse, elle ne s’en considérait pas moins comme étant la nation elle-même.

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Fais-moi peur !

Sans culottes reduit 1Le 17 juin 1789, les députés du tiers état s’étaient proclamés « assemblée nationale », et le roi avait avalisé le fait accompli. Le 27 juin, les trois ordres réunis s’étaient proclamés « assemblée constituante ». Le 11 juillet, le roi avait renvoyé Necker et constitué un nouveau gouvernement, tout en plaçant des troupes sûres autour de Paris.

Mais dès le 12 juillet la garnison de Paris attaqua ces troupes et, le 14, pilla les armes des Invalides et de la Bastille. Le même jour, le prévôt des marchands fut massacré, et le 22 ce fut le tour de l’intendant de Paris et du principal ministre du nouveau gouvernement – crimes dont la conséquence fut le retour au pouvoir de l’éternel et incapable Necker. Le 14 juillet, toujours, la commune de Paris fut proclamée et Bailly en devint maire.

Ce même Bailly qui avait répondu le 17 juin au marquis de Dreux-Brézé : « La nation assemblée n’a d’ordre à recevoir de personne. » Naturellement, c’est la réplique célèbre mais imaginaire de Mirabeau que l’histoire a retenue. Pourtant, celle de Bailly illustre à merveille la confusion, issue de l’idéologie de Rousseau et entretenue par les historiens de la révolution, entre représenter la nation et être la nation, illusion dont les esprits hallucinés des députés se sont trouvés saisis.

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Sans-culottes avec des bottes

Sans culottes reduitLa garnison de Paris ne se composait que des gardes-françaises et des gardes suisses. Ces derniers, jusqu’au massacre des Tuileries en 1792, ne jouèrent aucun rôle, hormis le malheureux détachement chargé de défendre la Bastille. Celui des gardes-françaises fut au contraire décisif. C’est un détachement de ce régiment qui avait interdit l’accès des députés à l’hôtel des états généraux le 20 juin 1789, jour du serment du jeu de Paume. Ce fut leur dernier acte d’obéissance au roi.

N’ayant pris part à aucune campagne depuis la fin de la guerre de Sept Ans (1762), les gardes vivaient mêlés à la population de Paris, exerçant toutes sortes de professions dont, comme je l’ai signalé, celle de souteneur. Depuis 1788, le régiment se trouvait en état de rébellion latente, devenue ouverte le 12 juillet 1789. Et il prit part, avec ses canons, à la prise de la Bastille.

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Les malappris de la Bastille

Gardes francaises 12 juilLa popularité de Necker, quoique appuyée par les journaux qu’il soudoyait, était paradoxale. Dès l’ouverture des états généraux, le 5 mai, ce ministre s’était montré impolitique. Il n’avait parlé que de la question financière (mais n’était-il pas banquier avant tout?), déclarant dans son discours inaugural : « Quel pays, messieurs, que celui où, sans impôt, et avec de simples objets inaperçus, on peut faire disparaître un déficit qui a fait tant de bruit en Europe ! »

Etranges propos ! Si réduire le déficit était si facile, pourquoi avoir réuni les états généraux ? C’est en raison du refus des parlements d’enregistrer les impôts nouveaux qu’on y avait eu recours ! Necker ignorait donc délibérément la question des institutions. S’il avait tort, pourquoi le rappeler à cor et à cris ? Mais s’il avait raison, ses paroles sont une accusation contre les révolutionnaires qui, au lieu d’adopter ses remèdes, spolièrent les biens de l’Église et des émigrés.

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Les ordres dans le désordre

Jeu de paumeAprès l’élection des députés parisiens, sous la surveillance de la troupe, voici enfin les états généraux prêts à se réunir. La cérémonie d’ouverture eut lieu le 5 mai 1789. Necker, dans sa suffisante naïveté, s’imaginait que les 1 154 députés allaient s’empresser d’accepter les mesures fiscales, que le budget serait rétabli sans douleur et qu’il serait le sauveur de la France. L’enfant chéri des philosophes était en fait un niais politique.

Il oubliait ou ignorait que des forces puissantes étaient en marche, et depuis longtemps. « Les magistrats y auront leur part », disait l’abbé de Véri en 1775, parlant des troubles à venir. La plus solide des grandes institutions, le parlement, jouissait d’une grande popularité tant qu’il s’opposait en tout point au gouvernement et œuvrait en faveur de la convocation des états généraux.

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Formez vos bataillons !

ReveillonLors du refus du parlement de Bretagne d’enregistrer les édits fiscaux, en 1788, et lors de la journée des bricoles de 1789, le meneur des étudiants était un certain Moreau (1763-1813). Etudiant en droit depuis huit ans (mais il n’a pas encore sa licence), il a été élève de Lanjuinais, Le Chappelier, Gohier, futurs acteurs de la révolution. Son frère sera membre du tribunat et lui-même deviendra un fameux général de la révolution.

Il avait organisé les étudiants en milice – qui, en 1789, se transforma en garde nationale dont il devint capitaine. En mai 1789, il fut initié en franc-maçonnerie. « Malheur à la nation quand les partis opposés voudront s’étayer de troupes ! » écrivait l’abbé de Véri en 1775, ajoutant : « On en est plus voisin qu’on ne pense. » C’est ainsi en effet que se formèrent les troupes de la révolution, nullement issues de rassemblements populaires spontanés qui ne seront que des occasions, et non des causes, de la révolution.

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La journée des bricoles

Journee des bricoles reduitEn 1788, les mauvaises récoltes ont entraîné la cherté du prix du pain. D’autre part, un traité de commerce en 1786 a permis l’irruption de produits anglais et provoqué du chômage. Voilà des motifs de révolte, mais une suite de révoltes ne fait pas une révolution.

Les historiens ont l’habitude de désigner tout attroupement de gens en armes sous le nom de « peuple », pourvu qu’il se compose de partisans de la révolution. L’abus de ce mot rend les événements presque incompréhensibles, car il désigne, pour les besoins de la cause, tantôt les démagogues qui prétendent parler au nom du peuple, tantôt les escouades de sans-culottes, stipendiés par les clubs ou par le duc d’Orléans, qui répandent la terreur dans les rues. Tantôt aussi, plus rarement, les véritables gens du peuple, ouvriers et paysans. Mais qui n’agissent pas toujours dans le sens qu’on attendrait.

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usus et abusus

Justice localeIl est d’usage de faire précéder tout récit de la révolution d’une longue litanie des abus qui en auraient été la cause. Mais quels étaient ces abus réels ou supposés, et qui, au juste, voulait les supprimer ? D’abord le roi, car, du point de vue du gouvernement, il n’y avait qu’un seul abus : les exemptions fiscales dont jouissaient les privilégiés.

A l’ouverture de l’assemblée des notables, Calonne déclara : « C’est dans les abus même que se trouve ce fonds de richesses que l’état a le droit de réclamer. » Il en ressort que l’état estimait avoir en principe tous les droits sur les biens des particuliers. Sauf que les privilèges l’en empêchaient.

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Il pleut des tuiles !

Journee des tuiles reduitToutes les questions qui étaient pendantes à la mort de Louis XV le demeuraient. Que faire pour refermer l’abîme ouvert par Necker ? Etablir un impôt sur tous les revenus, proposa Calonne, ce qui était plus intelligent que l’impôt sur le capital foncier proposé par Turgot.

Mais la réforme fiscale pouvait-elle aller sans réforme politique ? Les parlements s’opposaient à toutes les tentatives d’établir une certaine égalité devant l’impôt. Ou, plus exactement, ils voulaient quelque chose en échange : des institutions politiques susceptibles de consentir à l’impôt. Calonne reprit le projet de Turgot, et voulut constituer une pyramide d’assemblées locales élues sans ternir compte de la distinction des trois ordres.

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L’oncle d’Amérique

Lafayette1La cause des emprunts de Necker fut la guerre d’Amérique. La nouvelle de la déclaration d’indépendance des treize colonies anglaises (1776) fut accueillie en France avec enthousiasme. Aussitôt, un jeune franc-maçon, La Fayette, alla mettre son épée de Washington, son frère en maçonnerie. Celui-là même qui, en 1757, avait provoqué la guerre de Sept Ans ! Le roi donna l’ordre d’arrêter La Fayette avant qu’il ne prît la mer, mais cet ordre, transmis avec une lenteur calculée (et peut-être fraternelle), fut inutile.

Par malheur, l’arme et la marine, sagement administrées sous le règne du nouveau roi, paraissaient en état de soutenir une guerre, et le désir de revanche sur l’Angleterre était grand. Franklin, représentant officieux des treize colonies révoltées, chauffait habilement l’opinion.

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