L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Le testament de M. Pompe

RegentLe règne de Louis XIV s’était ouvert par un procès inique ; il se termina par une testament illégal. Le roi s’inquiétait de sa succession : le grand dauphin, le duc de Bourgogne et le duc de Berry moururent coup sur coup en 1711 et 1712 ; il ne restait plus qu’un enfant de quatre ans.

Mais comment ça ? Il y avait au contraire une foule d’héritiers bien vivants. Le roi avait encore un petit-fils : Philippe V d’Espagne. Et la maison de Bourbon comprenait encore les princes de Condé et de Conti. Mais il y avait surtout le duc d’Orléans.

Il est vrai que persécuter la maison d’Orléans (il y en eut plusieurs) était une habitude de la part des rois : Louis XI avait forcé le duc d’Orléans à épouser sa fille Jeanne, qui était contrefaite, espérant qu’il n’en aurait pas d’enfant. Il était pourtant second dans la liste de succession, et succéda en effet à Charles VIII sous le nom de Louis XII.

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Ras-le-bol absolu

Hiver 1709Le règne d’un roi, c’est d’abord une période de l’histoire. On ne peut certes pas tenir le roi pour responsable des terribles hivers de la fin de son règne, tel celui de 1709 au cours duquel la Seine gela de Paris jusqu’à son embouchure.Mais, à l’inverse, ce n’est pas Louis XIV qui a donné du talent aux écrivains et aux artistes. Le premier protecteur de Molière fut Foucquet, et Le Vau, Le Nôtre et Le Brun, premiers grands artistes de son palais, ont d’abord été les auteurs de Vaux. On peut d’ailleurs remarquer que, par la suite, les artistes qui édifièrent la gigantesque meringue peinturlurée de Versailles furent des plus médiocres, alors que les services du Bernin furent dédaignés.

La condition pour obtenir des subsides était de chanter les louanges du roi à longueur de journée. Tâche fastidieuse que La Fontaine, autre protégé de Foucquet, dédaigna. Tout est grand, et de plus en plus : en 1664, la fête des Plaisirs de l’île enchantée réunit six cents invités ; à la fin du règne, ils sont trois mille. Mais le grand siècle étouffe grandement sous cette pompeuse grandeur.

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Le soleil se couche

Louis xiv mort1reduitLe 25 août 1715, le roi fut atteint par la gangrène. On lui amena le futur Louis XV, à qui il déclara : « Mignon, vous allez devenir le plus grand roi du monde ! J’ai trop aimé la guerre, ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les grandes dépenses. Prenez conseil en toute chose. Soulagez vos peuples, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même. »

Ces paroles sont contestées par les thuriféraires du grand roi. Mais ce n’est guère le défendre, car il faut lui faire crédit d’une fin chrétienne : « Dans les derniers temps, écrit Saint-Simon, il était uniquement occupé de Dieu, de son salut, de son néant. Il forma le spectacle le plus touchant : sentiment de ses péchés, confiance en Dieu… fondée sur sa miséricorde et sur le sang de Jésus-Christ. » Ce repentir et cette humilité n’étaient pas sans mérite, car le roi avait goûté toute sa vie « le poison abominable de la flatterie la plus insigne, qui le déifia dans le sein même du christianisme. Sans la crainte du diable, que Dieu lui laissa jusque dans ses plus grands désordres, il se serait fait adorer », et ajoute Saint-Simon, « il aurait trouvé des adorateurs ».

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Châteaux en Espagne

MalplaquetA la fin de la guerre de la ligue d’Augsbourg, Louis XIV s’était montré accommodant, car il tournait des yeux pleins de convoitise vers l’Espagne, dont le roi Charles II n’avait pas de descendant. Le truc qui avait servi lors de la guerre de dévolution servit une nouvelle fois : la dot de Marie-Thérèse n’ayant pas été versée, la clause de renonciation devenait caduque et les droits de feu la reine revenaient à un de ses descendants.

Les puissances européennes négocièrent le traité de Londres (1700), qui prévoyait un partage : à l’archiduc Charles, l’Espagne, les Pays-Bas et les colonies ; à la France, les possessions italiennes, en vue d’échanger le Milanais contre la Lorraine, Naples et la Sicile contre la Savoie. Tout cela était raisonnable et n’avait donc aucune chance d’advenir.

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De sac et de corde

Palatinat1reduitLes guerres de Hollande et de la ligue d’Augsbourg furent marqués par les deux sacs du Palatinat, qui se distinguent des exactions habituelles aux gens de guerre par le fait qu’ils ont été ordonnés par le commandement, et non le fruit de l’initiative individuelle.

Le premier sac du Palatinat fut ordonné par le maréchal de Turenne en 1674. Craignant d’être menacé en Alsace, il passa le Rhin à Philippsbourg dans l’espoir de battre les Impériaux avant que toutes leurs forces ne soient réunies. Mais il n’y parvint pas et, avant de se replier sur l’Alsace, il décida de pratiquer la politique de la terre brûlée, qui se fait d’habitude chez soi, mais cette, fois, ce fut chez les autres. En l’occurrence, chez le méchant électeur palatin qui avait eu le toupet de rompre son alliance avec le gentil roi de France pour rejoindre les méchants princes allemands… dont il faisait partie.

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Une paix envahissante

Augsbourg reduitAyant tenu tête à l’Europe coalisée contre lui, Louis XIV ne se sentit plus de joie, et se crut maître du monde. Il éplucha les traités de Westphalie et de Nimègue pour y chercher des motifs de guerre que les traités de paix recèlent forcément. Ils stipulaient en effet que les territoires cédés à la France l’étaient « avec leurs dépendances ».

En vertu de cette clause, et avec l’approbation des cours de justice française, il occupa donc le comté de Montbéliard, la Sarre et une partie du Luxembourg. Mais, faute de prétexte pour s’emparer de Strasbourg, il s’en empara sans aucun prétexte en 1681. Jalouse de son indépendance, cette ville libre avait refusé d’accueillir une garnison impériale. Mal lui en prit ! Et l’Alsace fut ainsi « rattachée » à un royaume dont elle n’avait jamais fait partie.

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L’invention de l’Angleterre

Guillaume iii 3L’agression contre la Hollande n’eut pas pour seule conséquence l’annexion forcée de la Franche-Comté. Elle favorisa aussi, de manière inattendue, l’émergence de la puissance commerciale de l’Angleterre.

Pour se défendre, les Provinces-Unies avaient en effet porté au pouvoir Guillaume d’Orange. Or, en 1677, ce prince épousa Marie Stuart, fille du futur Jacques II, qui monta sur le trône en 1685. Il tenta de rallier son beau-père à la ligue d’Augsbourg, mais, en 1687, il apparut que ce ne serait pas le cas. Les Provinces-Unies n’étaient pas encline à conserver un stathouder qui, en temps de paix, ressemblait un peu trop à un roi. Par contre, Marie était l’héritière du trône d’Angleterre.

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Français par le sang versé ?

Franche comteL’expansion de la France vers le nord suscitant l’opposition générale, les Provinces-Unies n’avaient eu aucun mal à réunir l’alliance de la Haye. Mais il fallait punir l’insolent. Et, cette fois, Colbert encouragea l’humeur belliqueuse du roi.

Les Provinces-Unies étaient en effet la première puissance économique d’Europe, et donc du monde. Ce petit pays de 2,5 millions d’habitants produisait plus de richesses (en valeur absolue) que la France, qui en comptait 18 millions. La flotte hollandaise assurait les quatre cinquièmes du commerce maritime mondial. On parlait d’« embarras de richesses », ce que personne n’aurait eu l’idée de dire à propos de la France. Pour mesurer la différence, il suffit de comparer les tableaux de Vermeer et ceux des frères Le Nain.

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La paix, c’est la guerre

DevolutionUne des clauses du traité des Pyrénées (1659) était le mariage du dauphin avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne comme son nom l’indique. Pour mériter cet honneur, le roi d’Espagne devait verser la coquette somme de 500 000 écus d’or, moyennant quoi le roi de France renonçait aux droits de l’infante sur les possessions de son père.

En édictant cette clause, Mazarin ne s’était pas seulement montré cupide, mais habile ; trop habile. Il arrive souvent qu’un traité de paix contienne une clause malencontreuse qui provoque ensuite une guerre. Mais, là, c’était fait exprès : le gage de paix était un facteur de guerre. Mazarin escomptait en effet que l’Espagne ne paierait pas la somme entière.

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Vocations et révocation

Revocation 2Bien qu’elle ait eu lieu après la révocation de l’édit de Nantes, l’affaire de la bulle Unigenitus viendra ici en premier, pour rappeler que les protestants ne furent pas les seuls à subir les persécutions du règne de Louis XIV : les catholiques en eurent leur large part.

Bien malin qui pourrait définir le jansénisme dans son principe. En tout cas, il se traduit pas une conception austère et même sévère de la religion, à laquelle un roi qui vivait en concubinage public avec une ou plusieurs maîtresse à la fois ne pouvait adhérer. De plus, le jansénisme rencontrait un vif succès parmi la gent parlementaire, espèce séditieuse qui prétendait borner son pouvoir absolu.

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