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L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Le carnaval des assassins

Representant reduitDès les premiers instants, la révolution s’est imposée par l’intimidation et la terreur, sauf à ceux dont les discours ampoulés et délirants suffisaient à faire tourner la tête. Néanmoins, il est convenu de faire débuter la véritable terreur de la dictature de Robespierre.

A l’issue du simulacre d’élection de la convention, dont les arguments électoraux furent écrits en lettres de sang, l’assemblée se composait des brissotins ou girondins, extrémistes devenus modérés (par comparaison uniquement) ; des montagnards, surtout originaires de Paris et efficacement secondés par les escouades de sans-culottes ; enfin des députés du marais qui, dans l’espoir de sauver leur tête au sens propre, la perdirent souvent au figuré, ce qui explique les étonnants revirement de la convention.

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Les moulins de Valmy

Valmy reduitLa justification que les conventionnels donnèrent à la terreur était que la patrie était en danger, et que l’envahisseur trouvait des complicités chez les aristocrates et dans la personne même du roi, ainsi que dans le clergé, apparemment, puisque c’est lui qui fut la cible des plus ardentes persécutions.

Or, chose curieuse, la victoire de Valmy fut remportée par deux généraux appartenant à la noblesse : Kellermann et Dumouriez. Ce dernier, qui venait d’être successivement ministre des affaires étrangères et de la guerre, était partisan, tout comme La Fayette, de la monarchie constitutionnelle, et non pas de la république. Monarchie constitutionnelle qu’il caressera l’espoir de restaurer en 1793, avant de faire défection et de passer dans le camp impérial avec tout son état-major.

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Massacre électoral

Massacres de septembre reduitLes brissotins avaient reproché au roi d’opposer son veto aux décrets de l’assemblée, et, après tout, de leur point de vue, il pouvait sembler anormal qu’on eût laissé sur le trône un roi qui ne tenait sa légitimité que du fait de descendre de ses ancêtres, qui n’étaient qu’une longue suite de tyrans. Mais tel n’était pas le cas de l’assemblée, élue conformément à une constitution si longtemps désirée, dit-on. Mais les révolutionnaires ne faisaient pas plus grand cas de cette assemblée « nationale », en qui résidait « toute souveraineté », que du tyran lui-même.

Une fois la constitution mise à la poubelle, conseil exécutif de six membres exerça provisoirement le gouvernement, mais c’est la commune et ses cohortes qui prit les choses en mains. Détenus quatre nuits aux Feuillants, le roi et sa famille furent enfermés dans la tour du Temple. Mais ils ne furent pas les seuls, car les prisons se remplissaient de suspects. Non pas, comme on pourrait le croire, en vue de sauver la patrie, mais pour préparer les élections.

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La défaite en chantant

Tuileries 1792 reduitDumouriez, ministre de la guerre, espérait que la guerre permettrait de restaurer la discipline dans l’armée, dont le roi était le chef, et de recouvrer quelque prestige. Burke avait prédit que la révolution finirait « par le sabre ». Si l’opération avait réussi, ce sabre aurait pu être dans la main d’un général fidèle à son roi, plutôt que dans celle d’un parvenu dévoré d’ambition.

Aux yeux des brissotins, l’avantage de la guerre était qu’elle permet de punir de mort la trahison, trahison dont ils accusaient les émigrés mais aussi les prêtres réfractaires. Autrement dit, tous ceux qui n’approuvaient pas les persécutions dont ils étaient victimes étaient considérés comme des traîtres !

Le 20 avril 1792, l’assemblée vota par acclamation la déclaration de guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », signifiant par là qu’elle s’attaquait aux tyrans qui les gouvernaient et non aux peuples de l’empire, dont elle espérait le soulèvement. Il n’en fut rien et l’offensive contre la Belgique se solda par la déroute d’une armée dont beaucoup d’officiers avaient émigré.

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Le roi n’est pas mort

Fusillade du champ de mars 1791reduitLa fuite à Varennes avait été préparée avec minutie et le moment était sans doute bien choisi. Mais rien ne se passa comme prévu : à la suite de péripéties tragi-comiques bien connues, le roi fut ramené à Paris sous bonne escorte.

Etait-ce la fin pour un roi qui, deux ans durant, avait tenu tête à la révolution ? L’échec de l’entreprise eut pour conséquence funeste la perte de confiance de ceux qui étaient restés attachés au roi, et l’émigration de nombreux officiers. Mais cet épisode provoqua aussi une scission au sein de l’assemblée et du club des Jacobins. Ce qui tend à prouver que le roi avait bien choisi son moment.

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Courage, fuyons !

Varennes reduitQui exerçait le pouvoir avant l’adoption de la constitution, en septembre 1791 ? Les députés aux états généraux s’étaient proclamés assemblée nationale, puis constituante, sans mandat des électeurs. Toutefois, le roi avait entériné le fait accompli, ce qui donnait à cette assemblée une certaine légitimité. Légitimité à rédiger une constitution. Pas à gouverner elle-même.

L’objet d’une constitution de borner le pouvoir, afin de protéger tout un chacun contre les entreprises de la puissance publique (ce que les parlements et les états provinciaux, supprimés par l’assemblée, s’efforçaient de faire, au grand dam des rois). Que pouvait-on donc attendre d’une constitution rédigée par une assemblée qui s’était au préalable proclamée nationale, c’est-à-dire détentrice unique de toute souveraineté et de toute légitimité, alors même que le roi était encore su le trône ? Rien, sinon qu’elle s’arrogeât la totalité du pouvoir ; car un pouvoir qui fixe ses propres bornes est totalitaire par essence. Même, et peut-être surtout, s’il est ou se dit démocratique.

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Le pouvoir en morceaux

Constitution1791bisDans le sillage du roi, l’assemblée vint s’installer à Paris, où elle siégea dans le manège des Tuileries. Les deux principaux organes du pouvoir se trouvaient ainsi sous la surveillance des gardes nationaux et des sectionnaires. C’est dans cette atmosphère chaleureuse, et même parfois surchauffée, que les constituants poursuivirent leurs travaux.

Il leur fallut pas moins de deux ans pour mener à bien l’œuvre dont ils s’étaient attribué la charge. Il est vrai qu’ils étaient en même temps occupés à détruire le système judiciaire et à dépouiller le clergé de ses biens et de ses prérogatives. Mais l’indigence de conception dont cette constitution fit preuve est confondante, notamment dans sa conception de la séparation des pouvoirs.

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Octobre rouge

Octobre 1789 reduitTout était prêt pour mener à bien la persécution des prêtres et du peuple français lui-même. L’ordre juridique ancien avait été remplacé par par un chiffon de papier. A travers toute la France, des municipalités s’étaient proclamées, dotées de gardes nationaux et de sectionnaires, et elles prenaient leurs ordres auprès des clubs de Paris.

Toutefois, le roi et l’assemblée, qui se trouvaient toujours à Versailles, jouissaient encore d’une certaine liberté. En septembre, le roi hésitait encore à sanctionner les décrets issus de la nuit du 4 août. A l’assemblée elle-même, un parti conservateur commençait à se former. Cependant, Paris connaissait une disette que La Fayette a qualifié dans ses Mémoires de « moitié réelle, moitié factice ».

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La liberté ou la mort

Constitution civile reduitL’abolition des privilèges avait remplacé les droits ancestraux par d’autres qui n’avaient pas plus de valeur que les futurs assignats. Et la constitution politique à laquelle la déclaration des droits de l’homme était censée servir de préambule fut tout naturellement précédée d’une constitution religieuse qui prouva que la volonté des constituants n’était pas d’affranchir, mais d’asservir.

Ainsi, dès novembre 1789, un décret mit les biens du clergé « à la disposition de la nation ». Etrange application du principe selon lequel la propriété était « inviolable et sacrée » ! Il faut dire que, depuis mai 1789, et en dépit des naïves déclaration de Necker, la situation financière n’avait fait qu’empirer. L’assemblée espérait tirer de la vente de ces biens de quoi combler le gouffre.

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La liberté au bout du fusil

Droits de l hommeAu réveil, le 4 août, les députés avaient la gueule de bois. Mais, soignant le mal par le mal, ils griffonnèrent en quinze jours une déclaration des droits destinée à précéder la constitution, qui fut adoptée du 20 au 26 août. Dix-sept articles pour remplacer les volumes de droit et de jurisprudence qui, jusqu’alors, permettaient à chacun de connaître et de défendre ses droits et ses biens.

Mais quelle était l’intention de ceux qui se targuaient de remplacer en quinze jours l’œuvre de plusieurs siècles ? Cette déclaration fait, de manière lancinante, référence à « la loi ». Mais de quelle loi s’agissait-il, puisque les droits qu’on venait d’abolir étaient, dit-on, le fruit d’antiques et tyranniques usurpations ? Quant aux institutions qui rendaient la justice, les parlements fondés par saint Louis, les états généraux fondés par Philippe le Bel, les présidiaux, la justice seigneuriale, elles ont disparu ou sont en voie de disparition.

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