L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Les hermines se rebiffent

Lachalotais2reduitOn présente volontiers le roi comme un réformateur, dont le bon vouloir se heurtait à la mauvaise grâce des privilégiés. Mais il était lui-même un privilégié, investi d’un pouvoir héréditaire, qui cherchait, à l’instar de presque tous ses prédécesseurs depuis Philippe le Bel et Charles VII, à dépouiller les autres de leurs privilèges.

Le gouffre du déficit était, en fait, le seul souci du roi. Il était d’ailleurs la plaie de la monarchie depuis des siècles ! Dans l’esprit du roi, la question de la répartition et de l’équilibre des pouvoirs n’était pas à l’ordre du jour. Mais elle était présente dans bien d’autres esprits, par exemple dans celui de Montesquieu lorsqu’il écrivit De l’esprit des lois. Et pourquoi, au lieu de traiter la question en général, ce magistrat n’écrivit-il pas plutôt un traité de droit constitutionnel ? C’est simple : parce que la France n’avait point de constitution.

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Le parlement dérobé

Lit de justice reduitChoiseul avait œuvré à l’expulsion des jésuites pour se concilier les parlements, qui s’étaient au contraire enhardis après cette victoire. En 1770, le roi finit par renvoyer son ministre, que remplaça un « triumvirat », composé de l’abbé Terray, du duc d’Aiguillon et du chancelier Maupeou, tous trois résolument hostiles aux parlements. Ceux-ci avaient eu raison des jésuites. Le roi allait-il à son tour avoir raison d’eux ?

Dans cette querelle qui devenait une lutte, qui avait raison, et qui avait tort ? On affirme souvent que le bon roi cherchait à établir la justice fiscale (comme l’instauration du vingtième par Machault d’Arnouville l’avait prouvé), tandis que les méchants parlements se cramponnaient à leurs privilèges. Mais, de la part du roi, la recherche de la justice fiscale n’était qu’un moyen, le but véritable étant l’augmentation des recettes. Or, l’autre moyen de combler le déficit aurait été d’endiguer les dépenses (qui n’étaient pas toutes consacrées au soulagement des misères du peuple, loin s’en faut), ce que le roi et ses ministres se montraient incapables de faire.

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Cherchez l’infâme

Jesuites1Au siècle précédent, les jésuites avaient été les plus fermes auxiliaires du roi dans sa longue lutte contre le jansénisme, lutte couronnée d’un tel succès… que les jansénistes étaient toujours là ! Ils l’étaient d’autant plus que cette version grise et tatillonne de la religion allait comme un gant aux parlementaires : elle seyait d’autant mieux aux magistrats austères que l’afficher était une manière de plus de s’opposer au roi.

Pour le malheur de la compagnie de Jésus, le P. de Sacy, général des jésuites, eut la funeste idée d’en appeler au parlement dans un procès intenté au P. Lavalette pour des opérations commerciales aventureuses aux Antilles, malgré l’interdiction de ses supérieurs. Les magistrats sautèrent sur l’occasion pour découvrir que la compagnie de Jésus « nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse ».

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Louis XV le bien-aimé

BoucherSi l’on a appelé Louis XV le « bien-aimé », c’est en raison de ses nombreuses et même innombrables amours, si toutefois on peut appeler ainsi la foule de ses maîtresses bénévoles ou mercenaires.

Pourtant, le roi fut aussi aimé de ses peuples, avant d’en être haï au point qu’on l’enterra nuitamment, au bout de vingt jours, par crainte d’émeutes. Lorsqu’il se rendait à Paris, escorté de milliers de gardes, cela paraissait un acte de courage : il était devenu dangereux pour lui de se rendre dans sa propre capitale ! Comment en était-on arrivé là ?

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Quelques arpents de neige

Acadie2Les « quelques arpents de neige » dont le roi de France fut dépossédé en 1757 par le traité de Paris n’étaient pas un désert, ils étaient peuplés. Or, l’Acadie était devenue britannique en vertu du traité d’Utrecht (1713). Au début de la guerre de sept ans, les Anglais, craignant que les Acadiens ne prissent les armes en faveur des Français, entreprirent de s’en débarrasser une bonne fois : c’est ce qu’on appelle le « grand dérangement », qui commença en juillet 1755.

L’Acadie comptait alors quinze mille habitants fort prospères. Leur bétail abondant fut confisqué pour le plus grand profit de la couronne britannique, les récoltes brûlés, et ils furent chassés de chez eux. Les deux tiers furent embarqués de force, principalement pour les colonies anglaises d’Amérique, certaines familles se voyant dispersées et les enfants parfois enlevés pour être élevés dans la douce religion protestante. Ceux qui parvenaient à s’enfuir et à se cacher dans les forêts étaient pourchassés et massacrés. Une partie des survivants s’enfuirent vers la Louisiane, où ils formèrent la colonie des Cajuns (déformation d’Acadiens).

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Sept ans de malheur

Sept ans reduitLa guerre de sept ans commença en 1754 par un incident de frontière dont l’initiative revient au lieutenant-colonel Washington, qui était encore anglais. Il représentait les colons de Virginie, dont les intérêts coïncidaient avec ceux de la Cité de Londres. Si bien qu’en juin 1755, le gouvernement britannique entra dans la lutte en saisissant, sans déclaration de guerre, trois cents navires de commerce français et trois bâtiments de guerre.

Allié à l’Espagne, le roi de France pouvait encore lutter. Ou du moins l’aurait-il pu s’il ne s’était pas laissé entraîner dans une guerre sur le continent. Car, bien décidée à reprendre la Silésie au roi de Prusse, l’Autriche s’était rapprochée de la France. Or la Prusse, en dépit de ses promesses, avait délaissé la France – à qui elle devait pourtant beaucoup – pour s’allier à l’Angleterre (1756). La France entra alors dans la coalition réunie par l’Autriche contre Frédéric II.

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Pour le roi de Prusse

Succession d autriche reduitLa guerre de succession d’Autriche commença quand, dès la mort de l’empereur Charles VI, le roi de Prusse se jeta sur la Silésie. Pour ne pas être en reste, les armées françaises entrèrent en Allemagne sans déclaration de guerre pour soutenir les prétentions de l’électeur de Bavière (Wittelsbach) à la couronne impériale. Le maréchal de Belle-Isle prit Prague, et son candidat fut couronné en janvier 1742 sous le nom de Charles VII.

Marie-Thérèse fit front, soutenue par la Hongrie, dont elle était reine, et par l’Angleterre. Abandonnant la Silésie à Frédéric II, elle put chasser les armées franco-bavaroises de Bohême. Manque de chance pour la France, mais coup de chance pour la paix en Europe, Charles VII mourut. Marie-Thérèse put alors faire couronner son mari, le ci-devant duc de Lorraine, sous le nom de François Ier (1745). La succession impériale était résolue, mais un malheur s’était produit entre-temps : le cardinal de Fleury, mort en 1743, n’était plus là pour imposer la paix.

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Le style Fleury

FleuryLe seul fait notable du gouvernement du duc de Bourbon fut le mariage du roi. Pressé de marier celui-ci et d’assurer une descendance à ce jeune homme fragile, il renvoya l’infante (qui n’avait que sept ans) en Espagne et la remplaça en 1725 par Marie Leczinska, fil
le d’un roi de Pologne détrôné, et de sept ans plus âgée que Louis XV.

Mais, dès 1726, le duc fut renvoyé pour avoir voulu éloigner le précepteur du roi, Fleury. Celui-ci devint alors ministre d’état et cardinal, et premier ministre de fait. Il avait soixante-treize ans et resta au pouvoir encore dix-sept ans. Il rétablit les finances et œuvra en faveur de la paix intérieure et extérieure : c’est ce qui explique que son long ministère soit tombé dans un profond oubli.

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Bourbons contre Bourbons

Pontcallec3reduitOn l’a oublié, mais l’enfance de Louis XV fut une période pleine d’inquiétude. Ce roi qui allait régner soixante-dix ans était alors un enfant chétif. Que se passerait-il s’il disparaissait ? Le premier dans la liste de succession au trône était le duc d’Orléans, à qui sa qualité de régent donnait en outre un avantage décisif. Mais d’autres héritiers possibles étaient à la manœuvre.

Poussé par le cardinal Alberoni, Philippe V d’Espagne était en effet décidé à conserver ses droits sur la couronne de France ainsi qu’à reconquérir les anciennes possessions espagnoles d’Italie. Le prince de Cellamare, son ambassadeur, prit langue avec le duc du Maine en vue de renverser le régent. Le duc du Maine attisa la fronde des états de Bretagne contre le gouverneur de la province, le maréchal de Montesquiou. Si l’affaire réussissait, les troupes espagnoles pourraient en effet débarquer en Bretagne.

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Le système prend l’eau

QuincampoixLors de l’avènement de Louis XV, plus de deux années d’impôts étaient déjà dépensées, la dette dépassait les ressources fiscales : la banqueroute semblait inévitable, mais elle a des inconvénients : il est difficile d’emprunter ensuite. D’autant plus que les capitaux fuyaient vers la Hollande et l’Angleterre, fuite moins voyante que celle des forces vives provoquée par la révocation de l’édit de Nantes , mais non moins grave.

En 1716, le régent autorisa Law, financier écossais, à fonder une banque privée dont les actions étaient payables aux trois quarts en titres de créances sur l’état… dont les détenteurs n’avaient donc plus à être remboursés !

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