L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Et maintenant, il faut banquer !

BilletOn dit le code civil fut le meilleur moyen de répandre les idées de la révolution à travers l’Europe. Ce qui démontre le bien-fondé de mes propos précédents. Mais, pour répandre la bonne parole, il est utile d’avoir un livre à la main, mais plus efficace d’avoir un sabre dans l’autre.

La guerre est la fille légitime de la tyrannie et, en fille reconnaissante, elle légitime en retour la tyrannie. Mais la guerre coûte cher. Aussi l’un des premiers actes du premier consul ne fut-il pas la promulgation du code civil, mais la fondation de la banque de France.

En février 1800, le retour de l’ordre ayant permis un rétablissement presque miraculeux des finances publiques, les plus gros banquiers de Paris furent invités à s’associer pour fonder une banque à capitaux privés, mais chargée de faire certaines opérations pour le trésor public et dotée du privilège d’émettre du papier-monnaie.

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Au pas de la loi

Code civilAprès dix ans de révolution sanglante, les coupeurs de tête aspiraient à un repos bien mérité. Une chape de plomb remplaça donc les balles coulées dans le même métal. Toutefois, le régime consulaire, déguisé par la suite en empire carnavalesque, appartenait bel et bien à la révolution.

Mais les anciens sans-culottes, qui avaient pris de l’âge, étaient las de manier le sabre, la pique et la baïonnette, tâches fatigantes et parfois dangereuses. Pour jouir en paix du fruit de leurs crimes, ils se nichèrent douillettement au sein des corps administratifs chargés de quadriller le pays. Les anciens organes démocratiques qui existaient sous l’ancien régime se muèrent en corps désignés par le pouvoir.

 

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Cinq, quatre, trois, deux, un...

Bonaparte consul reduitSi l’on en croit la déclaration de 1789, « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. » Il faut en conclure que la prétendue constitution de l’an VIII, rédigée sous la dictée de Bonaparte, n’en était pas une. Le France était soumise à la dictature d’un seul homme, disposant de pouvoirs dont les rois n’auraient pas osé rêver (quoique...).

Les assemblées étaient trois : le sénat, dont les membres était nommés à vie et qui désignait les membres des autre assemblées, le tribunat, qui discutait les lois sans les voter, et le corps législatif, qui les votait sans les discuter. Et pourquoi pas quatre, puisque ces assemblées ne jouaient aucun rôle politique ? La quatrième assemblée était le conseil d’état, sorte de secrétariat au service du premier consul, puis de l’empereur.

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Opération nuit et brumaire

Brumaire reduitComme on l’a vu, Bonaparte avait fait ses preuves pour prétendre au titre de sauveur de la république. Burke avait prévu que la révolution finirait par le sabre ; il s’avérait que ce sabre serait celui d’un artilleur : n’était-il pas temps de remplacer la guillotine, appareil triste et monotone, par le canon, plus gai et plus héroïque ?

Comme l’équipée d’Egypte commençait à tourner mal, Bonaparte fit ce qu’aurait fait n’importe quel chef : il abandonna ses troupes à leur triste sort, sous le commandement de Kléber (qui fut assassiné peu après) et rentra en France en secret. Après une capitulation humiliante, ce qui restait de l’expédition fut rapatrié par la marine britannique (on peut lui dire merci).

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Pyramides de cadavres

Jaffa reduitSous le directoire, deux personnalités émergèrent : le vicomte de Barras et Bonaparte, tous deux nobles soit dit en passant. Barras, jouisseur cynique et corrompu, rallié à la révolution par intérêt, fut le seul directeur à durer jusqu’à la fin du régime. Il fit la carrière de Bonaparte, qu’il expédia en Italie afin de pouvoir entretenir plus à son aise la femme de ce dernier, qui était sa maîtresse.

Ce protégé de Robespierre s’était distingué dès 1793 en assiégeant Toulon défendu par la marine anglaise venue soutenir l’insurrection de la population contre un régime honni. Il avait confirmé ses talents en 1795 lors de l’insurrection de vendémiaire. Or, le directoire avait besoin de soldats pour mater le peuple français, mais aussi pour porter la bonne parole dans les pays voisins et les mettre en coupe réglée, car partout le déficit et la ruine régnaient.

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Le club des cinq au pouvoir

Vendemiaire reduitLa réaction thermidorienne avait abattu un tyran, afin d’en délivrer non pas le peuple, mais le système tyrannique lui-même, en protégeant les membres de la nouvelle oligarchie de la folie d’un des siens. Le système, verrouillé et centralisé plus que jamais, se donna en conseil d’administration composé de cinq directeurs.

Tous les cinq étaient d’anciens conventionnels, et tous régicides : Barras, La Revellière-Lépeaux, Reubell et Letourneur et Sieyès – mais ce dernier se retira et fut remplacé par Carnot. Ce directoire obéissait à deux assemblées, le conseil des Cinq-Cents et le conseil des Anciens, chambres en réalité jumelles, élues selon le même procédé fait pour assurer non pas l’expression de la volonté populaire, mais la pérennité du système.

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On n’est jamais si bien élu que par soi-même

Directoire1Après thermidor, les conventionnels, toujours au pouvoir, veillèrent jalousement sur l’héritage de la révolution. Héritage spirituel pour la nation, sans doute, mais aussi et surtout héritage matériel pour les députés eux-mêmes, comme pour le glacis oligarchique et ploutocratique qui s’était constitué autour d’eux sous forme d’une administration de plus en plus pléthorique. En 1800, le nombre de fonctionnaires des finances était trente fois plus élevé que prévu par la constituante… et les impôts alourdis d’un cinquième depuis 1789.

Le point de bascule de cette évolution fut la loi du 4 décembre 1793, qui plaça toutes les activités politiques locales sous la direction de la convention. Peu à peu, les sans-culottes vieillissants se reconvertirent dans le terrorisme bureaucratique et policier, tandis qu’une bonne partie des plus remuants étaient absorbés par la levée en masse qui, moins qu’un grand élan populaire, marqua le passage des massacreurs amateurs à la catégorie professionnelle (il y en eut 23 000 rien qu’à Paris).

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Thermidor, tout le monde descend

ThermidorPourquoi la convention, élue en 1792 et qui siégea jusqu’en octobre 1795, qui accepta, organisa et théorisa les crimes commis au nom de la liberté, se retourna-t-elle contre ses chefs en les accusant de ces mêmes crimes ? On peut penser que les acteurs eux-mêmes n’y comprirent rien.

La réaction de thermidor, qui, à l’issue de la séance du 27 juillet 1794, envoya à l’échafaud Robespierre et sa clique, ne fut pas l’œuvre de modérés mais des dernières factions survivantes au sein de l’assemblée. En mars, Robespierre s’était débarrassé des « enragés » d’Hébert, qui avaient établi le culte de la raison, mais pour proclamer le culte de l’être suprême dont il apparut comme le grand prêtre en une fête solennelle. En avril, ce fut le tour de Danton et des « indulgents », qui ne l’étaient que relativement mais estimaient, dans leur naïveté, que la fin du péril militaire justifiait celle de la terreur. Ceux qui restaient craignaient donc pour leur vie !

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Vive le son du canon !

Vend c3 a9e 20r c3 a9duitOn distingue d’ordinaire les guerres extérieures de la révolution et les guerres intérieures. Mais, en examinant le calendrier, on s’aperçoit qu’elles sont une seule et même opération, tantôt contre l’ennemi extérieur, réel ou supposé, tantôt contre le peuple français lui-même. Mais toujours au service de la junte au pouvoir.

Celle-ci a réussi à faire croire que les guerres extérieures avaient pour but le salut de la patrie : de même qu’on avait fait croire que l’assemblée était la « nation », on fit comme si le comité de salut public incarnait la « patrie ». La ficelle était grosse, mais reste assez solide, aujourd’hui encore, pour ligoter certains esprits (qui ne demandent qu’à l’être).

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Vox populi

Lyon 1793Depuis le début, le petit peuple paysan et ouvrier – bien différent des commerçants et artisans des villes, tel que Duplay, qui hébergeait Robespierre mais n’admettait pas ses ouvriers à sa table – n’avait été qu’un instrument au service des minorités agissantes. Les émeutes de la faim ou du chômage avaient servi de couverture aux opération de subversion et d’intimidation.

Or nulle part, depuis la rédaction des cahiers de doléances, la dislocation de l’ordre social ou l’établissement d’une constitution n’avaient fait partie des revendications populaires. Mieux : la révolution n’avait fait qu’alourdir la centralisation et la pesanteur fiscale qui, elles, étaient l’objet de plaintes.

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