L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

L’invention de l’Angleterre

Guillaume iii 3L’agression contre la Hollande n’eut pas pour seule conséquence l’annexion forcée de la Franche-Comté. Elle favorisa aussi, de manière inattendue, l’émergence de la puissance commerciale de l’Angleterre.

Pour se défendre, les Provinces-Unies avaient en effet porté au pouvoir Guillaume d’Orange. Or, en 1677, ce prince épousa Marie Stuart, fille du futur Jacques II, qui monta sur le trône en 1685. Il tenta de rallier son beau-père à la ligue d’Augsbourg, mais, en 1687, il apparut que ce ne serait pas le cas. Les Provinces-Unies n’étaient pas encline à conserver un stathouder qui, en temps de paix, ressemblait un peu trop à un roi. Par contre, Marie était l’héritière du trône d’Angleterre.

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Français par le sang versé ?

Franche comteL’expansion de la France vers le nord suscitant l’opposition générale, les Provinces-Unies n’avaient eu aucun mal à réunir l’alliance de la Haye. Mais il fallait punir l’insolent. Et, cette fois, Colbert encouragea l’humeur belliqueuse du roi.

Les Provinces-Unies étaient en effet la première puissance économique d’Europe, et donc du monde. Ce petit pays de 2,5 millions d’habitants produisait plus de richesses (en valeur absolue) que la France, qui en comptait 18 millions. La flotte hollandaise assurait les quatre cinquièmes du commerce maritime mondial. On parlait d’« embarras de richesses », ce que personne n’aurait eu l’idée de dire à propos de la France. Pour mesurer la différence, il suffit de comparer les tableaux de Vermeer et ceux des frères Le Nain.

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La paix, c’est la guerre

DevolutionUne des clauses du traité des Pyrénées (1659) était le mariage du dauphin avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne comme son nom l’indique. Pour mériter cet honneur, le roi d’Espagne devait verser la coquette somme de 500 000 écus d’or, moyennant quoi le roi de France renonçait aux droits de l’infante sur les possessions de son père.

En édictant cette clause, Mazarin ne s’était pas seulement montré cupide, mais habile ; trop habile. Il arrive souvent qu’un traité de paix contienne une clause malencontreuse qui provoque ensuite une guerre. Mais, là, c’était fait exprès : le gage de paix était un facteur de guerre. Mazarin escomptait en effet que l’Espagne ne paierait pas la somme entière.

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Vocations et révocation

Revocation 2Bien qu’elle ait eu lieu après la révocation de l’édit de Nantes, l’affaire de la bulle Unigenitus viendra ici en premier, pour rappeler que les protestants ne furent pas les seuls à subir les persécutions du règne de Louis XIV : les catholiques en eurent leur large part.

Bien malin qui pourrait définir le jansénisme dans son principe. En tout cas, il se traduit pas une conception austère et même sévère de la religion, à laquelle un roi qui vivait en concubinage public avec une ou plusieurs maîtresse à la fois ne pouvait adhérer. De plus, le jansénisme rencontrait un vif succès parmi la gent parlementaire, espèce séditieuse qui prétendait borner son pouvoir absolu.

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Les cabales de Tartufe

Louis xiv messe2La compagnie du Saint-Sacrement fut fondée en 1630, année de la « journée des dupes » qui aboutit à l’exécution du maréchal de Marillac, figure du parti dévot. Pourtant, Richelieu approuva la fondation par le duc de Ventadour de cette association charitable dont près de la moitié des membres étaient des prêtres, tels St Vincent de Paul, Olier et Bossuet. Cette société était dans l’esprit de la réforme catholique et de l’essor de la piété domestique prônée par Bérulle.

C’est à Louis XIV qu’il reviendrait de la dissoudre en 1666, après la mort de la reine mère, autre figure du parti dévot. La raison de cette dissolution fut la prétendue « cabale des dévots » qui s’opposait au Tartuffe de Molière, que le roi ne permit de jouer en public qu’après la mort de sa mère, en 1669. Entre-temps, Molière avait écrit pour le consoler Amphitryon, où l’on voit Jupiter prendre la place du mari de la jeune Alcmène, et qui se termine par l’affirmation qu’il n’est pas déshonorant d’être cocufié par le premier des dieux.

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Etre roi, c’est divin !

Louis xiv apollon1reduitLe mercantilisme, qui vise à importer les denrées brutes et exporter les produits manufacturés, est une doctrine de bon sens. Le grand vice de Colbert est d’avoir organisé la vie économique au service non pas de la nation, mais de l’état. La confusion (fâcheuse) entre ces notions se résume dans l’expression « état-nation », dont on ne sait pas trop si elle décrit une réalité ou désigne un but, ou dans la phrase : « L’état, c’est moi. »

Quiconque est assis sur un trône se plaît à considérer que la richesse du roi et celle de la nation sont une seule et même chose. Mais le drainage des ressources vers les caisses du roi, comme la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains, devaient recevoir une justification élégante. C’est la théorie du « droit divin », élaborée au profit des Valois à l’occasion de la guerre de Cent Ans. De fait, Charles VII fut sacré en 1429, mais Henri VI le fut à son tour en 1431. Lequel était le bon ?

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Versailles et le désert français

Conseil du roi reduitLa concentration du pouvoir était l’aboutissement d’une longue évolution de la monarchie, qui avait peu à peu confisqué toutes les attributions qui revenaient non seulement à la noblesse, pourtant antérieure à la dynastie elle-même, mais aussi à tous les autres contre-pouvoirs possibles : parlements et cours souveraines, états généraux et provinciaux, villes, et même clergé.

« Je commande, et on obéit » : voilà comment Louis XIV résumait l’exercice du pouvoir absolu. Il est vrai qu’au cours de son long règne, il n’opta que six fois contre l’avis de ses ministres. Certes. Mais ceux-ci, au nombre de six (sauf quand Colbert cumulait la moitié des portefeuilles), ne formaient pas de véritable conseil, mais quatre conseils distincts. Et comme les ministres étaient de simples commis, révocables à loisir par celui à qui ils devaient tout, il était naturel que, loin de s’opposer à leur maître, ils eussent à cœur de prévenir ses désirs.

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La guerre des dentelles

Colbert reduitPour remplir les caisses, Colbert appliqua une doctrine élaborée par Laffémas de Beausemblant, qui lui a donné son nom : le mercantilisme, et mise en œuvre sous Henri IV. Le principe en est simple : faire entrer l’or et l’argent dans le pays grâce aux exportations ; l’empêcher d’en sortir en évitant d’importer autre chose que des matières premières. C’est l’origine de l’« économie politique », qui consiste à considérer toute richesse comme une masse imposable et taxable, et demeure à peu près la seule science économique qu’on enseigne aux futurs commis de l’état.

Pour remplir les caisses, Colbert appliqua une doctrine élaborée et mise en œuvre sous Henri IV par Laffémas de Beausemblant, qui lui a donné son nom : le mercantilisme. Le principe en est simple : faire entrer l’or et l’argent dans le pays grâce aux exportations ; l’empêcher d’en sortir en évitant d’importer autre chose que des matières premières. C’est l’origine de l’« économie politique », qui consiste à considérer toute richesse comme une masse imposable et taxable, et demeure à peu près la seule science économique qu’on enseigne aux futurs commis de l’état.

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L’écureuil et le serpent

Fouquet reduitLouis XIV maintint Fouquet dans les fonctions de surintendant des finances, qu’il occupait depuis 1653 et dans lesquelles, il est bon de le préciser, il avait fait merveille. Et le roi lui recommanda de se servir de Colbert. Les deux hommes avaient pour point commun d’avoir été au service de Mazarin. L’un gérait les comptes publics, l’autre était intendant de la fortune privée du cardinal. Fortune colossale, sans égale dans l’histoire de la prévarication.

Fouquet, qui porte d’argent au fouquet de gueules, et Colbert, qui porte d’or à la bisse d’azur, ont une autre différence : l’un est brillant, et l’autre est terne. Mais l’homme clef de l’affaire, c’est le tâcheron. Colbert, qui n’a aucune charge officielle, va occuper trois ans de sa vie à instruire le dossier de son rival. Ayant trempé jusqu’au cou dans les détournements de Mazarin, il sait de quoi il retourne. Si Fouquet était coupable, Colbert l’était aussi : sa propre fortune ne lui venait pas de son père, dont les affaires n’étaient pas florissantes.

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Louis XIV, emplumé et plumitif

Louis xiv reduitLe 10 mars 1661, lendemain même de la mort de Mazarin, Louis XIV convoqua le chancelier Séguier et tout son conseil à sept heures du matin, et déclara : « Je vous ai fait assembler avec mes ministres et mes secrétaires d’état pour vous dire que jusqu’à présent j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu monsieur le cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m’aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. »On est bien loin du « roi en son conseil » du temps de Louis IX ! Les partisans de la monarchie absolue tentent d’expliquer que le mot « absolu » ne veut pas dire absolu, mais impartial : ne dépendant de personne, le roi ne serait aux mains d’aucune faction. Mais l’idée de Louis XIV est moins subtile. Ce qui n’est pas étonnant car, adulé dès son plus jeune âge, le roi a reçu une instruction négligée qui ne l’a pas ouvert aux conceptions les plus nuancées.

Mais laissons-lui la parole. Quelques passages des Instructions au dauphin sont éclairantes. Le roi se fait d’abord théologien : « Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu’on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à lui seul le droit d’examiner leur conduite. Sa volonté est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. » C’est la fameuse (et fumeuse) théorie de la monarchie de droit divin, théorie d’ailleurs toute politique et pas du tout théologique.

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