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L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Cinq, quatre, trois, deux, un...

Bonaparte consul reduitSi l’on en croit la déclaration de 1789, « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. » Il faut en conclure que la prétendue constitution de l’an VIII, rédigée sous la dictée de Bonaparte, n’en était pas une. Le France était soumise à la dictature d’un seul homme, disposant de pouvoirs dont les rois n’auraient pas osé rêver (quoique...).

Les assemblées étaient trois : le sénat, dont les membres était nommés à vie et qui désignait les membres des autre assemblées, le tribunat, qui discutait les lois sans les voter, et le corps législatif, qui les votait sans les discuter. Et pourquoi pas quatre, puisque ces assemblées ne jouaient aucun rôle politique ? La quatrième assemblée était le conseil d’état, sorte de secrétariat au service du premier consul, puis de l’empereur.

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Opération nuit et brumaire

Brumaire reduitComme on l’a vu, Bonaparte avait fait ses preuves pour prétendre au titre de sauveur de la république. Burke avait prévu que la révolution finirait par le sabre ; il s’avérait que ce sabre serait celui d’un artilleur : n’était-il pas temps de remplacer la guillotine, appareil triste et monotone, par le canon, plus gai et plus héroïque ?

Comme l’équipée d’Egypte commençait à tourner mal, Bonaparte fit ce qu’aurait fait n’importe quel chef : il abandonna ses troupes à leur triste sort, sous le commandement de Kléber (qui fut assassiné peu après) et rentra en France en secret. Après une capitulation humiliante, ce qui restait de l’expédition fut rapatrié par la marine britannique (on peut lui dire merci).

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Pyramides de cadavres

Jaffa reduitSous le directoire, deux personnalités émergèrent : le vicomte de Barras et Bonaparte, tous deux nobles soit dit en passant. Barras, jouisseur cynique et corrompu, rallié à la révolution par intérêt, fut le seul directeur à durer jusqu’à la fin du régime. Il fit la carrière de Bonaparte, qu’il expédia en Italie afin de pouvoir entretenir plus à son aise la femme de ce dernier, qui était sa maîtresse.

Ce protégé de Robespierre s’était distingué dès 1793 en assiégeant Toulon défendu par la marine anglaise venue soutenir l’insurrection de la population contre un régime honni. Il avait confirmé ses talents en 1795 lors de l’insurrection de vendémiaire. Or, le directoire avait besoin de soldats pour mater le peuple français, mais aussi pour porter la bonne parole dans les pays voisins et les mettre en coupe réglée, car partout le déficit et la ruine régnaient.

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Le club des cinq au pouvoir

Vendemiaire reduitLa réaction thermidorienne avait abattu un tyran, afin d’en délivrer non pas le peuple, mais le système tyrannique lui-même, en protégeant les membres de la nouvelle oligarchie de la folie d’un des siens. Le système, verrouillé et centralisé plus que jamais, se donna en conseil d’administration composé de cinq directeurs.

Tous les cinq étaient d’anciens conventionnels, et tous régicides : Barras, La Revellière-Lépeaux, Reubell et Letourneur et Sieyès – mais ce dernier se retira et fut remplacé par Carnot. Ce directoire obéissait à deux assemblées, le conseil des Cinq-Cents et le conseil des Anciens, chambres en réalité jumelles, élues selon le même procédé fait pour assurer non pas l’expression de la volonté populaire, mais la pérennité du système.

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On n’est jamais si bien élu que par soi-même

Directoire1Après thermidor, les conventionnels, toujours au pouvoir, veillèrent jalousement sur l’héritage de la révolution. Héritage spirituel pour la nation, sans doute, mais aussi et surtout héritage matériel pour les députés eux-mêmes, comme pour le glacis oligarchique et ploutocratique qui s’était constitué autour d’eux sous forme d’une administration de plus en plus pléthorique. En 1800, le nombre de fonctionnaires des finances était trente fois plus élevé que prévu par la constituante… et les impôts alourdis d’un cinquième depuis 1789.

Le point de bascule de cette évolution fut la loi du 4 décembre 1793, qui plaça toutes les activités politiques locales sous la direction de la convention. Peu à peu, les sans-culottes vieillissants se reconvertirent dans le terrorisme bureaucratique et policier, tandis qu’une bonne partie des plus remuants étaient absorbés par la levée en masse qui, moins qu’un grand élan populaire, marqua le passage des massacreurs amateurs à la catégorie professionnelle (il y en eut 23 000 rien qu’à Paris).

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Thermidor, tout le monde descend

ThermidorPourquoi la convention, élue en 1792 et qui siégea jusqu’en octobre 1795, qui accepta, organisa et théorisa les crimes commis au nom de la liberté, se retourna-t-elle contre ses chefs en les accusant de ces mêmes crimes ? On peut penser que les acteurs eux-mêmes n’y comprirent rien.

La réaction de thermidor, qui, à l’issue de la séance du 27 juillet 1794, envoya à l’échafaud Robespierre et sa clique, ne fut pas l’œuvre de modérés mais des dernières factions survivantes au sein de l’assemblée. En mars, Robespierre s’était débarrassé des « enragés » d’Hébert, qui avaient établi le culte de la raison, mais pour proclamer le culte de l’être suprême dont il apparut comme le grand prêtre en une fête solennelle. En avril, ce fut le tour de Danton et des « indulgents », qui ne l’étaient que relativement mais estimaient, dans leur naïveté, que la fin du péril militaire justifiait celle de la terreur. Ceux qui restaient craignaient donc pour leur vie !

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Vive le son du canon !

Vend c3 a9e 20r c3 a9duitOn distingue d’ordinaire les guerres extérieures de la révolution et les guerres intérieures. Mais, en examinant le calendrier, on s’aperçoit qu’elles sont une seule et même opération, tantôt contre l’ennemi extérieur, réel ou supposé, tantôt contre le peuple français lui-même. Mais toujours au service de la junte au pouvoir.

Celle-ci a réussi à faire croire que les guerres extérieures avaient pour but le salut de la patrie : de même qu’on avait fait croire que l’assemblée était la « nation », on fit comme si le comité de salut public incarnait la « patrie ». La ficelle était grosse, mais reste assez solide, aujourd’hui encore, pour ligoter certains esprits (qui ne demandent qu’à l’être).

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Vox populi

Lyon 1793Depuis le début, le petit peuple paysan et ouvrier – bien différent des commerçants et artisans des villes, tel que Duplay, qui hébergeait Robespierre mais n’admettait pas ses ouvriers à sa table – n’avait été qu’un instrument au service des minorités agissantes. Les émeutes de la faim ou du chômage avaient servi de couverture aux opération de subversion et d’intimidation.

Or nulle part, depuis la rédaction des cahiers de doléances, la dislocation de l’ordre social ou l’établissement d’une constitution n’avaient fait partie des revendications populaires. Mieux : la révolution n’avait fait qu’alourdir la centralisation et la pesanteur fiscale qui, elles, étaient l’objet de plaintes.

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Le carnaval des assassins

Representant reduitDès les premiers instants, la révolution s’est imposée par l’intimidation et la terreur, sauf à ceux dont les discours ampoulés et délirants suffisaient à faire tourner la tête. Néanmoins, il est convenu de faire débuter la véritable terreur de la dictature de Robespierre.

A l’issue du simulacre d’élection de la convention, dont les arguments électoraux furent écrits en lettres de sang, l’assemblée se composait des brissotins ou girondins, extrémistes devenus modérés (par comparaison uniquement) ; des montagnards, surtout originaires de Paris et efficacement secondés par les escouades de sans-culottes ; enfin des députés du marais qui, dans l’espoir de sauver leur tête au sens propre, la perdirent souvent au figuré, ce qui explique les étonnants revirement de la convention.

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Les moulins de Valmy

Valmy reduitLa justification que les conventionnels donnèrent à la terreur était que la patrie était en danger, et que l’envahisseur trouvait des complicités chez les aristocrates et dans la personne même du roi, ainsi que dans le clergé, apparemment, puisque c’est lui qui fut la cible des plus ardentes persécutions.

Or, chose curieuse, la victoire de Valmy fut remportée par deux généraux appartenant à la noblesse : Kellermann et Dumouriez. Ce dernier, qui venait d’être successivement ministre des affaires étrangères et de la guerre, était partisan, tout comme La Fayette, de la monarchie constitutionnelle, et non pas de la république. Monarchie constitutionnelle qu’il caressera l’espoir de restaurer en 1793, avant de faire défection et de passer dans le camp impérial avec tout son état-major.

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