L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

L’important, c’est de participer

Trente ansRichelieu avait bien conscience que couper les têtes qui dépassent et pendre les contribuables récalcitrants ne suffit pas à assurer la gloire d’un souverain, qui repose moins sur l’activité des bourreaux que sur celle des soldats. Or, le dernier point de son programme était de « mettre le nom du roi au point où il devrait être parmi les nations étrangères ».

La première cause de la guerre de Trente Ans, qui ravageait l’Europe depuis 1618, était que Ferdinand II souhaitait rendre la couronne impériale héréditaire (ce qu’elle était en fait, mais non en droit). Héréditaire ! Les rois de France, qui n’avaient eu de cesse que de faire oublier l’origine élective de la monarchie capétienne, pouvaient-ils laisser faire une chose pareille ? La seconde cause était la volonté de l’empereur de restaurer le catholicisme dans tout l’empire. Voilà une prétention qu’un cardinal de l’Église catholique, encore tout humide des embruns du siège de la Rochelle, ne pouvait admettre !

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Je ne veux voir qu’une tête

Cinq marsLe second point du programme de Richelieu était de « rabaisser l’orgueil des grands ». Il ne faisait que suivre l’exemple de ses prédécesseurs. Sous les derniers Valois, les princes du sang avaient pris le pas sur les pairs de France. Et Henri IV, en légitimant ses bâtards, leur avait donné, à eux aussi, le pas sur les pairs. Tout pouvoir, toute dignité qui ne procédait pas du roi (même par la cuisse gauche) devint seconde et accessoire.

Pour examiner la manière dont le cardinal traitait les sujets du roi, nous passerons du billot au gibet, je veux dire : de la noblesse au bas peuple. S’attaquer à la noblesse n’avait pas pour but de libérer le peuple de ses oppresseurs, mais de supprimer des obstacles au pouvoir sans limite du roi. En faisant raser tous les châteaux qui ne pouvaient être gardés par l’armée royale, le roi priva la noblesse du droit de se défendre, mais aussi de défendre le peuple. Elle gardait le droit de porter l’épée, mais seulement pour faire joli ou pour la mettre au service du roi.

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Le cardinal botté

La rochelleVoici un point d’histoire par trop négligée : pourquoi Richelieu portait-il la moustache ? Parce qu’à l’origine, il n’était pas destiné à l’état ecclésiastique. Il ne l’embrassa que parce que son frère aîné se fit capucin, dédaignant le siège épiscopal de Luçon que le roi réservait à sa famille. Plus tard, ce même frère (prénommé Alphonse) refusera la pourpre cardinalice que son frère, qui disposait de quelque influence dans les hautes sphères, voulait lui faire attribuer.

Ce fut donc le futur cardinal qui s’assit sur ce siège. Il ne démérita d’ailleurs pas, ouvrant un séminaire et publiant un catéchisme dans ce diocèse qu’il désigna comme « le plus crotté de France », mais qui ne l’était devenu que parce qu’il était infesté de protestants.

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Le rouge est mis

Richelieu dupes reduitPendant qu’on passait la serpillière dans la cour du Louvre éclaboussée du sang de Concini, il y en avait un qui était bien embêté, c’était Richelieu.

L’évêque de Luçon, qui s’était fait remarquer comme porte-parole du clergé aux états généraux de 1614, était devenu aumônier de la reine mère, et il avait même été brièvement chargé des affaires étrangères. Eh oui ! Richelieu, futur défenseur implacable des prérogatives royales, avait commencé par faire partie de la bande à Concini. Il avait donc été enveloppé dans la disgrâce de la reine mère. Pas bon, ça. Comment se tirer de ce mauvais pas ?

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Maman s’est échappée !

Marie de medicis reduitCharles d’Albert, artisan de la chute de Concini, s’en fit attribuer l’immense fortune (rien ne se perd) et devint duc de Luynes. Il fut toutefois loin d’être un nouveau Concini : il n’avait même pas de voix prépondérante au conseil du roi. Au contraire, Louis XIII y rappela les anciens conseillers de son père, qu’on surnommait « les barbons ». Mais son avidité à accaparer les places et les faveurs ne tarda pas à coaliser contre lui les mécontentements : « La taverne est la même, disait-on, il n’y a de changé que le bouchon. »

Du coup, une nouvelle dissidence nobiliaire éclata en 1620, avec l’appui de la reine mère, chez qui la sottise n’empêchait pas l’énergie, et qui s’était évadée du château de Blois par une échelle de corde pour aller s’acoquiner contre son propre fils avec les Vendôme, bâtards d’Henri IV qu’elle avait tant honnis. La réaction de l’armée royale, commandée par le roi en personne, eut raison de cette rébellion qui se termina par le combat des Ponts-de-Cé.

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Concini, c’est fini

Concini2La monarchie absolue, c’est bien. Quand il y a un roi. Evidemment, si ce roi décide de faire la guerre, et qu’aucune institution ne peut l’empêcher de prélever l’argent nécessaire à des guerres que seul son caprice justifie, la seule solution est de l’assassiner. C’est ce que fit Ravaillac.

Par contre, quand quelqu’un d’autre gouverne à la place du roi, c’est ce dernier qui doit à son tour se transformer en assassin. Or, à la mort d’Henri IV, Louis XIII n’avait que neuf ans, et la reine se fit nommer régente par le parlement.

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Le sauveur de la France

Ravaillac reduitHenri IV avait passé trente-cinq ans de sa vie à guerroyer, et non sans talent. En 1598, le traité de Vervins mit fin aux guerres extérieures. Toutefois, en 1600, le roi s’offrit une petite guerre qui lui permit de chiper au duc de Savoie ses possessions au-delà du Rhône : la Bresse, le Bugey et le pays de Gex.

Puis l’occasion se présenta de reprendre la guerre contre l’Autriche, mets plus délectable, pour un roi de France, que n’importe quelle poule au pot. En 1609, les duchés de Clèves et de Juliers étant devenus vacants, l’empereur, leur suzerain, désirait leur donner des titulaires catholiques. Mais Henri IV estima préférable de les attribuer à des protestants. Il fit donc de grands préparatifs militaires financés, comme de juste, par un alourdissement des impôts.

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Poule au pot, cocotte à la casserole

Poule au pot 1L’image posthume du « bon roi Henri » fait oublier que ce roi fut, de son vivant, fort impopulaire, tout comme son ministre le duc de Sully. Celui-ci, qui était protestant, ce qui était normal pour un vieux compagnon du roi de Navarre, est connu pour son fameux adage : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », qui préfigure un slogan non moins célèbre : « La terre ne ment pas. »

Sully, en effet, tenait l’industrie en suspicion, ce qui mérite d’être souligné car les lecteurs inattentifs de l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme de Weber tiennent pour acquis que les catholiques seraient indolents et arriérés, tandis que les protestants, actifs et éclairés, auraient apporté au monde à peu près tout ce qu’il lui fallait pour entrer enfin dans la modernité.

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Un si bel édit

Edit de nantes reduitAvant le retour complet de la paix, Henri IV eut d’abord à combattre les Espagnols, ainsi que le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier chef ligueur à ne pas s’être soumis. Mais le cœur n’y était plus et, au bout de trois ans d’une guerre sans autre épisode notable que le combat de Fontaine-Française (1595), le traité de Vervins fut signé et le duc de Mercœur, dont le dernier bastion était Nantes, fit sa soumission (1598). Il est intéressant de noter que, dans ces combats, les protestants n’apportèrent qu’une aide très discrète à leur ancien chef devenu roi… mais aussi catholique.

Henri IV ne chercha pas à se venger de ses anciens adversaires. La soumission des gouverneurs de province fut achetée à prix d’or et les punitions se limitèrent à quelques exils temporaires. Magnanimité ou prudence politique, le résultat reste le même.

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Combien de conversions ?

Henri iv abjuration reduitIl est entendu que la vilaine Catherine de Médicis fut le grand fauteur de trouble des guerre de religion, auxquelles le bon roi Henri IV a mis fin. Voilà qui demande à être vu de plus près.

La Saint-Barthélemy (1572), qui dégénéra en massacre malgré les objurgations de la famille royale, avait un but : décapiter la faction armée des protestants. Massacre malheureux, tout comme l’échauffourée de Wassy, dont le duc de Guise se montra désolé, mais qui ne doit pas éclipser les innombrables massacres et profanations dont les huguenots se sont rendus coupables, dans des scènes qui préfigurent celles de la révolution de 1789, ni la figure sanguinaire du sinistre baron des Adrets.

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