L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Thermidor, tout le monde descend

ThermidorPourquoi la convention, élue en 1792 et qui siégea jusqu’en octobre 1795, qui accepta, organisa et théorisa les crimes commis au nom de la liberté, se retourna-t-elle contre ses chefs en les accusant de ces mêmes crimes ? On peut penser que les acteurs eux-mêmes n’y comprirent rien.

La réaction de thermidor, qui, à l’issue de la séance du 27 juillet 1794, envoya à l’échafaud Robespierre et sa clique, ne fut pas l’œuvre de modérés mais des dernières factions survivantes au sein de l’assemblée. En mars, Robespierre s’était débarrassé des « enragés » d’Hébert, qui avaient établi le culte de la raison, mais pour proclamer le culte de l’être suprême dont il apparut comme le grand prêtre en une fête solennelle. En avril, ce fut le tour de Danton et des « indulgents », qui ne l’étaient que relativement mais estimaient, dans leur naïveté, que la fin du péril militaire justifiait celle de la terreur. Ceux qui restaient craignaient donc pour leur vie !

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Vive le son du canon !

Vend c3 a9e 20r c3 a9duitOn distingue d’ordinaire les guerres extérieures de la révolution et les guerres intérieures. Mais, en examinant le calendrier, on s’aperçoit qu’elles sont une seule et même opération, tantôt contre l’ennemi extérieur, réel ou supposé, tantôt contre le peuple français lui-même. Mais toujours au service de la junte au pouvoir.

Celle-ci a réussi à faire croire que les guerres extérieures avaient pour but le salut de la patrie : de même qu’on avait fait croire que l’assemblée était la « nation », on fit comme si le comité de salut public incarnait la « patrie ». La ficelle était grosse, mais reste assez solide, aujourd’hui encore, pour ligoter certains esprits (qui ne demandent qu’à l’être).

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Vox populi

Lyon 1793Depuis le début, le petit peuple paysan et ouvrier – bien différent des commerçants et artisans des villes, tel que Duplay, qui hébergeait Robespierre mais n’admettait pas ses ouvriers à sa table – n’avait été qu’un instrument au service des minorités agissantes. Les émeutes de la faim ou du chômage avaient servi de couverture aux opération de subversion et d’intimidation.

Or nulle part, depuis la rédaction des cahiers de doléances, la dislocation de l’ordre social ou l’établissement d’une constitution n’avaient fait partie des revendications populaires. Mieux : la révolution n’avait fait qu’alourdir la centralisation et la pesanteur fiscale qui, elles, étaient l’objet de plaintes.

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Le carnaval des assassins

Representant reduitDès les premiers instants, la révolution s’est imposée par l’intimidation et la terreur, sauf à ceux dont les discours ampoulés et délirants suffisaient à faire tourner la tête. Néanmoins, il est convenu de faire débuter la véritable terreur de la dictature de Robespierre.

A l’issue du simulacre d’élection de la convention, dont les arguments électoraux furent écrits en lettres de sang, l’assemblée se composait des brissotins ou girondins, extrémistes devenus modérés (par comparaison uniquement) ; des montagnards, surtout originaires de Paris et efficacement secondés par les escouades de sans-culottes ; enfin des députés du marais qui, dans l’espoir de sauver leur tête au sens propre, la perdirent souvent au figuré, ce qui explique les étonnants revirement de la convention.

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Les moulins de Valmy

Valmy reduitLa justification que les conventionnels donnèrent à la terreur était que la patrie était en danger, et que l’envahisseur trouvait des complicités chez les aristocrates et dans la personne même du roi, ainsi que dans le clergé, apparemment, puisque c’est lui qui fut la cible des plus ardentes persécutions.

Or, chose curieuse, la victoire de Valmy fut remportée par deux généraux appartenant à la noblesse : Kellermann et Dumouriez. Ce dernier, qui venait d’être successivement ministre des affaires étrangères et de la guerre, était partisan, tout comme La Fayette, de la monarchie constitutionnelle, et non pas de la république. Monarchie constitutionnelle qu’il caressera l’espoir de restaurer en 1793, avant de faire défection et de passer dans le camp impérial avec tout son état-major.

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Massacre électoral

Massacres de septembre reduitLes brissotins avaient reproché au roi d’opposer son veto aux décrets de l’assemblée, et, après tout, de leur point de vue, il pouvait sembler anormal qu’on eût laissé sur le trône un roi qui ne tenait sa légitimité que du fait de descendre de ses ancêtres, qui n’étaient qu’une longue suite de tyrans. Mais tel n’était pas le cas de l’assemblée, élue conformément à une constitution si longtemps désirée, dit-on. Mais les révolutionnaires ne faisaient pas plus grand cas de cette assemblée « nationale », en qui résidait « toute souveraineté », que du tyran lui-même.

Une fois la constitution mise à la poubelle, conseil exécutif de six membres exerça provisoirement le gouvernement, mais c’est la commune et ses cohortes qui prit les choses en mains. Détenus quatre nuits aux Feuillants, le roi et sa famille furent enfermés dans la tour du Temple. Mais ils ne furent pas les seuls, car les prisons se remplissaient de suspects. Non pas, comme on pourrait le croire, en vue de sauver la patrie, mais pour préparer les élections.

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La défaite en chantant

Tuileries 1792 reduitDumouriez, ministre de la guerre, espérait que la guerre permettrait de restaurer la discipline dans l’armée, dont le roi était le chef, et de recouvrer quelque prestige. Burke avait prédit que la révolution finirait « par le sabre ». Si l’opération avait réussi, ce sabre aurait pu être dans la main d’un général fidèle à son roi, plutôt que dans celle d’un parvenu dévoré d’ambition.

Aux yeux des brissotins, l’avantage de la guerre était qu’elle permet de punir de mort la trahison, trahison dont ils accusaient les émigrés mais aussi les prêtres réfractaires. Autrement dit, tous ceux qui n’approuvaient pas les persécutions dont ils étaient victimes étaient considérés comme des traîtres !

Le 20 avril 1792, l’assemblée vota par acclamation la déclaration de guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », signifiant par là qu’elle s’attaquait aux tyrans qui les gouvernaient et non aux peuples de l’empire, dont elle espérait le soulèvement. Il n’en fut rien et l’offensive contre la Belgique se solda par la déroute d’une armée dont beaucoup d’officiers avaient émigré.

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Le roi n’est pas mort

Fusillade du champ de mars 1791reduitLa fuite à Varennes avait été préparée avec minutie et le moment était sans doute bien choisi. Mais rien ne se passa comme prévu : à la suite de péripéties tragi-comiques bien connues, le roi fut ramené à Paris sous bonne escorte.

Etait-ce la fin pour un roi qui, deux ans durant, avait tenu tête à la révolution ? L’échec de l’entreprise eut pour conséquence funeste la perte de confiance de ceux qui étaient restés attachés au roi, et l’émigration de nombreux officiers. Mais cet épisode provoqua aussi une scission au sein de l’assemblée et du club des Jacobins. Ce qui tend à prouver que le roi avait bien choisi son moment.

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Courage, fuyons !

Varennes reduitQui exerçait le pouvoir avant l’adoption de la constitution, en septembre 1791 ? Les députés aux états généraux s’étaient proclamés assemblée nationale, puis constituante, sans mandat des électeurs. Toutefois, le roi avait entériné le fait accompli, ce qui donnait à cette assemblée une certaine légitimité. Légitimité à rédiger une constitution. Pas à gouverner elle-même.

L’objet d’une constitution de borner le pouvoir, afin de protéger tout un chacun contre les entreprises de la puissance publique (ce que les parlements et les états provinciaux, supprimés par l’assemblée, s’efforçaient de faire, au grand dam des rois). Que pouvait-on donc attendre d’une constitution rédigée par une assemblée qui s’était au préalable proclamée nationale, c’est-à-dire détentrice unique de toute souveraineté et de toute légitimité, alors même que le roi était encore su le trône ? Rien, sinon qu’elle s’arrogeât la totalité du pouvoir ; car un pouvoir qui fixe ses propres bornes est totalitaire par essence. Même, et peut-être surtout, s’il est ou se dit démocratique.

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Le pouvoir en morceaux

Constitution1791bisDans le sillage du roi, l’assemblée vint s’installer à Paris, où elle siégea dans le manège des Tuileries. Les deux principaux organes du pouvoir se trouvaient ainsi sous la surveillance des gardes nationaux et des sectionnaires. C’est dans cette atmosphère chaleureuse, et même parfois surchauffée, que les constituants poursuivirent leurs travaux.

Il leur fallut pas moins de deux ans pour mener à bien l’œuvre dont ils s’étaient attribué la charge. Il est vrai qu’ils étaient en même temps occupés à détruire le système judiciaire et à dépouiller le clergé de ses biens et de ses prérogatives. Mais l’indigence de conception dont cette constitution fit preuve est confondante, notamment dans sa conception de la séparation des pouvoirs.

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