L'Abominable Histoire de France

Lettres gothiques2bis

Ce blogue s’inspire librement des brèves chroniques prononcées dans l’émission Synthèse de Radio-Libertés à partir du 1er novembre 2016.

Sans-culottes avec des bottes

Sans culottes reduitLa garnison de Paris ne se composait que des gardes-françaises et des gardes suisses. Ces derniers, jusqu’au massacre des Tuileries en 1792, ne jouèrent aucun rôle, hormis le malheureux détachement chargé de défendre la Bastille. Celui des gardes-françaises fut au contraire décisif. C’est un détachement de ce régiment qui avait interdit l’accès des députés à l’hôtel des états généraux le 20 juin 1789, jour du serment du jeu de Paume. Ce fut leur dernier acte d’obéissance au roi.

N’ayant pris part à aucune campagne depuis la fin de la guerre de Sept Ans (1762), les gardes vivaient mêlés à la population de Paris, exerçant toutes sortes de professions dont, comme je l’ai signalé, celle de souteneur. Depuis 1788, le régiment se trouvait en état de rébellion latente, devenue ouverte le 12 juillet 1789. Et il prit part, avec ses canons, à la prise de la Bastille.

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Les malappris de la Bastille

Gardes francaises 12 juilLa popularité de Necker, quoique appuyée par les journaux qu’il soudoyait, était paradoxale. Dès l’ouverture des états généraux, le 5 mai, ce ministre s’était montré impolitique. Il n’avait parlé que de la question financière (mais n’était-il pas banquier avant tout?), déclarant dans son discours inaugural : « Quel pays, messieurs, que celui où, sans impôt, et avec de simples objets inaperçus, on peut faire disparaître un déficit qui a fait tant de bruit en Europe ! »

Etranges propos ! Si réduire le déficit était si facile, pourquoi avoir réuni les états généraux ? C’est en raison du refus des parlements d’enregistrer les impôts nouveaux qu’on y avait eu recours ! Necker ignorait donc délibérément la question des institutions. S’il avait tort, pourquoi le rappeler à cor et à cris ? Mais s’il avait raison, ses paroles sont une accusation contre les révolutionnaires qui, au lieu d’adopter ses remèdes, spolièrent les biens de l’Église et des émigrés.

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Les ordres dans le désordre

Jeu de paumeAprès l’élection des députés parisiens, sous la surveillance de la troupe, voici enfin les états généraux prêts à se réunir. La cérémonie d’ouverture eut lieu le 5 mai 1789. Necker, dans sa suffisante naïveté, s’imaginait que les 1 154 députés allaient s’empresser d’accepter les mesures fiscales, que le budget serait rétabli sans douleur et qu’il serait le sauveur de la France. L’enfant chéri des philosophes était en fait un niais politique.

Il oubliait ou ignorait que des forces puissantes étaient en marche, et depuis longtemps. « Les magistrats y auront leur part », disait l’abbé de Véri en 1775, parlant des troubles à venir. La plus solide des grandes institutions, le parlement, jouissait d’une grande popularité tant qu’il s’opposait en tout point au gouvernement et œuvrait en faveur de la convocation des états généraux.

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Formez vos bataillons !

ReveillonLors du refus du parlement de Bretagne d’enregistrer les édits fiscaux, en 1788, et lors de la journée des bricoles de 1789, le meneur des étudiants était un certain Moreau (1763-1813). Etudiant en droit depuis huit ans (mais il n’a pas encore sa licence), il a été élève de Lanjuinais, Le Chappelier, Gohier, futurs acteurs de la révolution. Son frère sera membre du tribunat et lui-même deviendra un fameux général de la révolution.

Il avait organisé les étudiants en milice – qui, en 1789, se transforma en garde nationale dont il devint capitaine. En mai 1789, il fut initié en franc-maçonnerie. « Malheur à la nation quand les partis opposés voudront s’étayer de troupes ! » écrivait l’abbé de Véri en 1775, ajoutant : « On en est plus voisin qu’on ne pense. » C’est ainsi en effet que se formèrent les troupes de la révolution, nullement issues de rassemblements populaires spontanés qui ne seront que des occasions, et non des causes, de la révolution.

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La journée des bricoles

Journee des bricoles reduitEn 1788, les mauvaises récoltes ont entraîné la cherté du prix du pain. D’autre part, un traité de commerce en 1786 a permis l’irruption de produits anglais et provoqué du chômage. Voilà des motifs de révolte, mais une suite de révoltes ne fait pas une révolution.

Les historiens ont l’habitude de désigner tout attroupement de gens en armes sous le nom de « peuple », pourvu qu’il se compose de partisans de la révolution. L’abus de ce mot rend les événements presque incompréhensibles, car il désigne, pour les besoins de la cause, tantôt les démagogues qui prétendent parler au nom du peuple, tantôt les escouades de sans-culottes, stipendiés par les clubs ou par le duc d’Orléans, qui répandent la terreur dans les rues. Tantôt aussi, plus rarement, les véritables gens du peuple, ouvriers et paysans. Mais qui n’agissent pas toujours dans le sens qu’on attendrait.

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usus et abusus

Justice localeIl est d’usage de faire précéder tout récit de la révolution d’une longue litanie des abus qui en auraient été la cause. Mais quels étaient ces abus réels ou supposés, et qui, au juste, voulait les supprimer ? D’abord le roi, car, du point de vue du gouvernement, il n’y avait qu’un seul abus : les exemptions fiscales dont jouissaient les privilégiés.

A l’ouverture de l’assemblée des notables, Calonne déclara : « C’est dans les abus même que se trouve ce fonds de richesses que l’état a le droit de réclamer. » Il en ressort que l’état estimait avoir en principe tous les droits sur les biens des particuliers. Sauf que les privilèges l’en empêchaient.

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Il pleut des tuiles !

Journee des tuiles reduitToutes les questions qui étaient pendantes à la mort de Louis XV le demeuraient. Que faire pour refermer l’abîme ouvert par Necker ? Etablir un impôt sur tous les revenus, proposa Calonne, ce qui était plus intelligent que l’impôt sur le capital foncier proposé par Turgot.

Mais la réforme fiscale pouvait-elle aller sans réforme politique ? Les parlements s’opposaient à toutes les tentatives d’établir une certaine égalité devant l’impôt. Ou, plus exactement, ils voulaient quelque chose en échange : des institutions politiques susceptibles de consentir à l’impôt. Calonne reprit le projet de Turgot, et voulut constituer une pyramide d’assemblées locales élues sans ternir compte de la distinction des trois ordres.

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L’oncle d’Amérique

Lafayette1La cause des emprunts de Necker fut la guerre d’Amérique. La nouvelle de la déclaration d’indépendance des treize colonies anglaises (1776) fut accueillie en France avec enthousiasme. Aussitôt, un jeune franc-maçon, La Fayette, alla mettre son épée de Washington, son frère en maçonnerie. Celui-là même qui, en 1757, avait provoqué la guerre de Sept Ans ! Le roi donna l’ordre d’arrêter La Fayette avant qu’il ne prît la mer, mais cet ordre, transmis avec une lenteur calculée (et peut-être fraternelle), fut inutile.

Par malheur, l’arme et la marine, sagement administrées sous le règne du nouveau roi, paraissaient en état de soutenir une guerre, et le désir de revanche sur l’Angleterre était grand. Franklin, représentant officieux des treize colonies révoltées, chauffait habilement l’opinion.

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Considérations helvétiques

NeckerIl était fini, le temps où un froncement de sourcils de la favorite du moment faisait et surtout défaisait les ministres. Aux affaires étrangères, Louis XVI nomma Vergennes, qui resta en place jusqu’en 1787. Il ne renia pas l’alliance autrichienne issue du « renversement des alliances », et défendue avec passion par la reine. Mais il fit en sorte qu’elle n’entraînât pas la France dans de nouvelles aventures militaires.

Joseph II eut beau venir en personne à Versailles et offrir à la France la cession de la Belgique, rien n’y fit : Vergennes refusa de soutenir ses projets de conquêtes en Allemagne et en Orient. Cette politique d’équilibre et ce refus de toute ambition territoriale lui attirèrent la confiance de tous les états secondaires, effrayés des ambitions de l’Autriche et de la Prusse, qui s’étaient notamment manifestées par le premier partage de la Pologne (1772).

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Ça va mal, mes aïeux !

Philosophes2Ce que les rois et les gouvernements en général font le mieux, c’est la guerre : ils ont été inventés pour ça (ce qui ne veut pas dire qu’ils la fassent toujours bien). Louis XIV avait été en guerre incessante à l’étranger, mais aussi contre son propre peuple : le Boulonnais s’était révolté en 1662, la Gascogne (révolte des Audijos) en 1663-1665, le Berry en 1664, le Roussillon en 1666-1670 (révolte des Angelets contre l’annexion de la province), la région de Montpellier (révolte du Roure) en 1670, la Guyenne et tout l’Ouest en 1674, la Bretagne (révolte des bonnets rouges) en 1675, le Quercy et le Périgord en 1707-1709, la Normandie et le Midi en 1713-1715, Lyon en 1714.

Toutes ces révoltes (sans parler de la guerre des camisards, ni de la résistance de la Franche-Comté) avaient eu pour cause les hausses d’impôts, dues aux dépenses de la guerre et de la cour. Lors de la répression, Colbert recommandait les galères, au détriment de la pendaison, afin de garnir les bancs de la magnifique marine qu’il développait. Mais les exploits des troupes envoyées pour mater la canaille ne font pas partie des scènes de bataille qui ornent les murs du palais de Versailles. Quel dommage !

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